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Le 1er août 1909, à Constantinople, un an après la révolution jeune-turque, vingt-neuf francs-maçons, musulmans et non musulmans, fondent le Grand Orient ottoman, première obédience nationale et indépendante de l’Empire. Son premier grand maître est Mehmed Talat, ministre de l’Intérieur et figure du Comité Union et Progrès. Dotée d’une constitution inspirée du Grand Orient de Belgique, la jeune obédience obtient rapidement la reconnaissance de plusieurs puissances maçonniques européennes et américaines. Elle incarne l’espoir d’un empire constitutionnel où toutes les communautés travailleraient ensemble.
Date : 1909 (fondation le 1er août 1909)
Lieu : Constantinople (Istanbul), Empire ottoman
Après la révolution de 1908

Le 23 juillet 1908, le sultan Abdülhamid II doit rétablir la Constitution sous la pression du Comité Union et Progrès et de l’armée de Macédoine. Les loges, qui avaient servi de refuge aux opposants sous la protection des capitulations, sortent de l’ombre. Au printemps 1909, le Suprême Conseil du rite écossais pour l’Empire ottoman, fondé en 1861 par Halim Pacha, est réveillé : il va permettre la création d’une obédience symbolique nationale.
La fondation du 1er août 1909
La réunion fondatrice se tient le 1er août 1909 ; son procès-verbal est daté du 9 août. Elle rassemble 29 frères : 12 musulmans et 17 non-musulmans. Neuf musulmans et treize non-musulmans sont élus aux offices de la Grande Loge. La déclaration fondatrice est rédigée en français ; la constitution suit, en français et en turc. Quatre loges turques, associées à des loges italiennes, françaises, espagnoles et égyptiennes, forment le noyau de la nouvelle obédience.
Les acteurs
Le premier grand maître est Mehmed Talat, alors ministre de l’Intérieur, futur grand vizir. Autour de lui figurent Osman Talat, secrétaire, le docteur Rıza Tevfik, orateur, et Mişel A. Noradunkyan, orateur adjoint, qui travaillera aux premiers rituels turcs. Les grands maîtres successifs du Grand Orient seront des ministres ou des premiers ministres, signe de la proximité de l’obédience avec le pouvoir unioniste.
Une constitution venue de Belgique

La première constitution est empruntée, pour une période limitée, au Grand Orient de Belgique, avec lequel un frère est délégué pour discuter des rituels. La version française entre en vigueur le 20 novembre 1909, la version turque le 28 décembre 1909 ; les règlements généraux des loges suivent en février et mars 1910. Dès son article 6, la constitution prévoit l’ouverture de loges en Syrie, en Irak et en Tripolitaine.
La reconnaissance internationale
Kronobase indique qu’en 1909 le Grand Orient ottoman est reconnu par les principales obédiences maçonniques. Les sources consultées confirment que plusieurs grandes loges européennes et américaines le reconnaissent rapidement, sans dresser la liste précise de ces reconnaissances. Les obédiences de tradition latine, proches de son modèle belge, l’accueillent volontiers ; les grandes loges britanniques, en revanche, n’établiront de relations avec la maçonnerie turque que bien plus tard, après sa reconsécration par la Grande Loge d’Écosse en 1965.
Postérité
Le Grand Orient patente au total 66 loges, en Turquie mais aussi en Égypte, en Syrie, en Irak, en Grèce, au Liban et en Palestine. En 1935, sous la pression du gouvernement kémaliste, il annonce la cessation de ses activités. La maçonnerie turque renaît après 1948 ; la Grande Loge de Turquie, héritière revendiquée de 1909, compte aujourd’hui environ 200 loges.
Repères chronologiques
- 1861 : fondation du Suprême Conseil ottoman par Halim Pacha.
- 23 juillet 1908 : révolution jeune-turque.
- Printemps 1909 : réveil du Suprême Conseil.
- 1er août 1909 : fondation du Grand Orient ottoman.
- 20 novembre 1909 : entrée en vigueur de la constitution en français.
- 1935 : cessation des activités.
- 1965 : reconsécration de la Grande Loge de Turquie par la Grande Loge d’Écosse.
Voir aussi dans le glossaire : Grand Orient, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Suprême Conseil.

