Création de la Grande Loge de France par décret du Suprême Conseil, 7 novembre 1894 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 7 novembre 1894, à Paris, le Suprême Conseil de France, autorité du Rite écossais ancien et accepté, promulgue un décret qui regroupe ses loges symboliques en une fédération nommée Grande Loge de France. Après des décennies de contestation, les ateliers bleus obtiennent le droit de s’administrer eux-mêmes, par des représentants élus. Préparée par la pression des loges du Nord et par les négociations avec la Grande Loge symbolique écossaise, cette décision donne naissance à ce qui est aujourd’hui la deuxième obédience française par ses effectifs, et la principale obédience écossaise du pays.

Date : 7 novembre 1894
Lieu : Paris, France

Des loges bleues sous la tutelle des hauts grades

Création de la Grande Loge de France par décret du Suprême Conseil, 7 novembre 1894
Source : Wikimedia Commons – Jacob Ernst Marcus / Anthonie Joseph Helant – CC0

Au XIXe siècle, en France, les loges qui pratiquent le Rite écossais ancien et accepté relèvent du Suprême Conseil, collège de dignitaires du 33e degré qui gouverne à la fois les hauts grades et les trois grades d’apprenti, de compagnon et de maître. Une Grande Loge centrale rassemble ces ateliers, mais son autonomie reste limitée. Dans une société de plus en plus républicaine, beaucoup de maçons jugent anormal que des loges soient dirigées par une autorité non élue.

La contestation éclate en 1880 : douze loges quittent le giron du Suprême Conseil et fondent la Grande Loge symbolique écossaise. En 1884, le Suprême Conseil compte environ 3 500 frères, la nouvelle obédience dissidente 1 265. Dès 1887, l’idée d’une réunification autour d’une obédience symbolique démocratique est dans l’air.

La pression des loges du Nord

En 1894, la crise s’accélère. Les huit loges du Nord, à l’initiative de Wellhoff, ancien vénérable de la loge Le Libre Examen de Lille, réclament un convent annuel. Faute de réponse rapide, elles annoncent qu’elles s’administreront elles-mêmes et qu’elles réuniront un congrès régional avant la fin de novembre. Le Suprême Conseil, menacé de sécession, choisit d’accompagner le mouvement plutôt que de le subir.

Le 21 juin 1894, il accepte le principe d’une administration autonome des loges symboliques. Le 22 août, il leur accorde l’indépendance administrative et délègue ses pouvoirs à une commission élue. Le 8 octobre, les députés de la Grande Loge symbolique écossaise votent de leur côté le principe de la fusion, à l’unanimité moins trois voix.

Le décret et le congrès de novembre 1894

Le 7 novembre 1894, le décret du Suprême Conseil, pris en vertu de l’article 6 des Grandes Constitutions, est lu à l’ouverture du congrès des loges : il crée la fédération Grande Loge de France. Réuni du 7 au 9 novembre, le congrès approuve l’autonomie par 50 voix contre 8, avec 2 abstentions. Le 8 novembre, deux concessions sont faites aux plus avancés : la Grande Loge décidera elle-même de l’ouverture et de la fermeture des loges, et la formule « À la Gloire du Grand Architecte de l’Univers » n’est pas imposée.

L’organisation entre en vigueur le 1er janvier 1895. Le 23 février 1895, une assemblée générale officialise la création ; le 25 février, le conseil fédéral élit Étienne-Antoine Guillemaud premier grand maître. Adolphe Magnien lui succède dès septembre 1895.

La fusion avec la Grande Loge symbolique écossaise

Création de la Grande Loge de France par décret du Suprême Conseil, 7 novembre 1894
Source : Wikimedia Commons – Archivesgldf – CC BY-SA 4.0

Le projet visait près d’une centaine de loges et quelque 5 200 frères. Un protocole d’accord est conclu en octobre 1895 et approuvé le 18 décembre 1896 par 72 délégués. Une partie des loges de la Grande Loge symbolique écossaise rejoint l’obédience entre 1896 et 1899 ; d’autres disparaissent ou passent au Grand Orient de France. Deux ateliers refusent, Diderot et La Philosophie sociale, qui maintiennent une petite obédience mixte jusqu’en 1911.

De la fédération à l’obédience souveraine

L’autonomie de 1894 n’est pas encore une indépendance totale : les loges travaillent « sous les auspices » du Suprême Conseil. En 1904, celui-ci délègue à la Grande Loge de France la pleine administration des trois premiers degrés. L’obédience passe d’environ 3 000 membres en 1894 à 8 400 en 1912, et compte 149 loges en 1914. En 1911, elle acquiert un ancien couvent franciscain au 8 rue Puteaux, dans le 17e arrondissement de Paris, qui reste son siège.

Postérité

Aujourd’hui, la Grande Loge de France revendique plus de 33 000 membres répartis dans quelque 930 loges. Elle pratique les trois premiers degrés du Rite écossais ancien et accepté, les hauts grades relevant du Suprême Conseil de France. L’obédience fait remonter sa filiation à des structures plus anciennes, comme la Grande Loge centrale de 1822, mais c’est bien le décret de 1894 qui lui donne son nom et son autonomie.

Repères chronologiques

  • 12 juillet 1822 : création de la Grande Loge centrale auprès du Suprême Conseil.
  • 1880 : fondation de la Grande Loge symbolique écossaise.
  • 21 juin 1894 : le Suprême Conseil accepte le principe de l’autonomie.
  • 7 novembre 1894 : décret créant la Grande Loge de France.
  • 25 février 1895 : élection d’Étienne-Antoine Guillemaud, premier grand maître.
  • 1904 : pleine administration des trois premiers degrés.
  • 1911 : acquisition du 8 rue Puteaux.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Musée de la Grande Loge de France (Musée maçonnique), Suprême Conseil, Loge Bleue ou Loge Symbolique., Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique).

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