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En 1895, alors qu’il vit depuis trois ans dans le Vermont, aux États-Unis, Rudyard Kipling démissionne de la loge Independence with Philanthropy n° 391 d’Allahabad, en Inde, à laquelle il s’était affilié en 1888. Ce geste administratif, longtemps resté discret, marque la fin de son appartenance formelle à la maçonnerie indienne. Paradoxalement, c’est au même moment, loin des loges, que l’écrivain compose ses grands textes maçonniques, dont le poème The Mother-Lodge, nostalgique hommage à la fraternité de ses débuts.
Date : 1895
Lieu : Allahabad (Prayagraj), Inde ; Brattleboro, Vermont, États-Unis
Le contexte : d’Allahabad au Vermont

Initié en 1886 dans la loge Hope and Perseverance n° 782 de Lahore, Kipling est muté à l’automne 1887 au Pioneer, le grand quotidien d’Allahabad, dans les Provinces du Nord-Ouest. Il assiste dès le 22 décembre 1887 à la tenue d’installation de la loge locale, Independence with Philanthropy n° 391, de constitution anglaise, et s’y affilie le 17 avril 1888.
En mars 1889, il quitte l’Inde pour Londres, où il devient en quelques mois un écrivain célèbre. En janvier 1892, il épouse l’Américaine Caroline Balestier et s’installe près de Brattleboro, dans le Vermont, où il fait construire la maison de Naulakha. C’est là qu’il écrit notamment les deux Livres de la jungle (1894-1895).
L’événement : une démission à distance
La loge d’Allahabad le porte sur la liste des frères absents dès mars 1889, comme c’est l’usage pour un membre éloigné. En 1895, alors qu’il réside aux États-Unis, Kipling remet sa démission. Kronobase date ce départ du 31 décembre 1895 ; les études maçonniques consultées se bornent à l’année. La mention « États-Unis » de certaines chronologies renvoie au lieu de résidence de l’écrivain, non à celui de la loge, qui est en Inde.
Les raisons précises ne sont pas documentées. Le contexte suggère une démarche pratique : plus de six ans d’éloignement, aucune perspective de retour en Inde et une vie désormais partagée entre l’Amérique et l’Angleterre.
La loge Independence with Philanthropy
Allahabad, au confluent du Gange et de la Yamuna, est l’un des grands centres administratifs de l’Inde britannique, siège d’une haute cour et d’une importante communauté de fonctionnaires, de militaires et de juristes. Sa loge n° 391, rattachée à la Grande Loge unie d’Angleterre, en reflète la composition. Pour Kipling, elle reste toutefois une loge d’adoption : son attachement affectif va à la loge de Lahore, sa loge mère.
Portée : l’écrivain maçon hors des loges

La démission de 1895 ne signifie pas un rejet de la maçonnerie. C’est dans le Vermont, en 1894, que Kipling écrit The Mother-Lodge, publié dans le recueil The Seven Seas en 1896 : il y évoque une loge où se côtoient frères de toutes religions et de toutes conditions. Ses autres textes maçonniques, comme My New-Cut Ashlar ou les nouvelles de la loge imaginaire Faith and Works n° 5837, réunies dans Debits and Credits (1926), entretiennent son image de poète de la fraternité.
Postérité et mémoire
Kipling quitte les États-Unis en 1896 et s’établit en Angleterre. Il renoue avec l’Ordre au XXe siècle : poète lauréat de la loge Canongate Kilwinning n° 2 d’Édimbourg en 1905, membre de l’Authors’ Lodge à Londres, il est surtout fondateur des loges Builders of the Silent Cities, n° 12 à Saint-Omer sous la Grande Loge nationale française (1922) et n° 4948 à Londres (1925), liées aux cimetières militaires de la Grande Guerre. Prix Nobel de littérature en 1907, il meurt en 1936.
Repères chronologiques
- Avril 1886 : initiation à Lahore dans la loge Hope and Perseverance n° 782.
- 22 décembre 1887 : première visite à la loge Independence with Philanthropy d’Allahabad.
- 17 avril 1888 : affiliation à cette loge.
- Mars 1889 : départ de l’Inde ; inscription sur la liste des frères absents.
- 1892 : installation dans le Vermont.
- 1895 : démission de la loge d’Allahabad.
- 1922 : fondation de la loge Builders of the Silent Cities n° 12 à Saint-Omer.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Affiliation, Démission, Loge Mère.

