Encyclique Humanum Genus de Léon XIII, 20 avril 1884 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 20 avril 1884, depuis Rome, le pape Léon XIII adresse aux évêques du monde catholique l’encyclique Humanum Genus, entièrement consacrée à la franc-maçonnerie. Reprenant l’image augustinienne des deux cités, il y voit le principal adversaire de l’Église et condamne son naturalisme, la souveraineté populaire, la séparation de l’Église et de l’État et l’école laïque. Publiée dans un contexte de conflit aigu entre la papauté et les États libéraux, cette lettre est la plus ample des condamnations pontificales de la maçonnerie et nourrira durablement l’antimaçonnisme catholique.

Date : 20 avril 1884
Lieu : Rome, Vatican

Une papauté sur la défensive

Encyclique Humanum Genus de Léon XIII, 20 avril 1884
Source : Wikimedia Commons – Unknown authorUnknown author – Public domain

Lorsque Léon XIII, élu en 1878, publie Humanum Genus, la papauté a perdu ses États : la prise de Rome en 1870 a achevé l’unité italienne au détriment du pouvoir temporel des papes. En Italie comme en France, des gouvernements libéraux, où siègent de nombreux francs-maçons, sécularisent l’école, instituent le mariage civil et le divorce. Pour Rome, ces réformes procèdent d’un même dessein, dont la franc-maçonnerie serait l’inspiratrice.

Une condamnation ancienne

L’encyclique s’inscrit dans une longue lignée. Léon XIII rappelle que Clément XII fut le premier, en 1738, à condamner la société maçonnique par la bulle In eminenti apostolatus specula. Il cite ensuite Benoît XIV, qui confirma cette constitution, Pie VII et sa constitution Ecclesiam a Jesu Christo, Léon XII, qui en rassembla les actes dans Quo graviora, puis Pie VIII, Grégoire XVI et Pie IX, qui reprirent la condamnation à plusieurs reprises.

Le contenu de l’encyclique

Le texte s’ouvre sur la distinction de saint Augustin : « Deux amours ont donné naissance à deux cités ». L’humanité serait partagée entre le règne de Dieu et un camp adverse auquel la maçonnerie prêterait son concours. Le pape lui reproche son naturalisme, qui rejette la révélation et nie les effets du péché originel, sa morale indépendante, sa défense de l’État sans Dieu et de l’égalité de toutes les religions, son action en faveur du mariage civil, du divorce et de l’enseignement laïque, enfin le secret et les serments qui lient ses membres.

Les remèdes proposés

Léon XIII demande aux évêques de démasquer la franc-maçonnerie par la prédication et les lettres pastorales, d’instruire les fidèles et de rappeler l’interdiction d’adhérer. Il recommande le Tiers-Ordre de saint François, le rétablissement, sous le patronage des évêques, de corporations ouvrières chrétiennes et le soutien aux œuvres comme la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Il insiste sur l’éducation de la jeunesse, qui doit être protégée des écoles liées aux sociétés secrètes, et invite à la prière, notamment à la Vierge et à saint Michel.

Réception et conséquences

Encyclique Humanum Genus de Léon XIII, 20 avril 1884
Source : Wikimedia Commons – Authentic portrait from the Vatican album of the Ecumenical Council. – Public domain

L’encyclique connaît une diffusion considérable et devient la référence doctrinale de l’antimaçonnisme catholique de la fin du XIXe siècle. Son appel à « arracher le masque » de la maçonnerie encourage une abondante littérature de dénonciation, dont la mystification montée par Léo Taxil à partir de 1885 constitue l’exemple le plus spectaculaire. Côté maçonnique, notamment au Grand Orient de France, la condamnation conforte le camp anticlérical et durcit le conflit entre les deux France.

Postérité

La ligne de Humanum Genus se prolonge au XXe siècle : le Code de droit canonique de 1917 (canon 2335) prévoit l’excommunication des catholiques affiliés à des sociétés maçonniques. Le Code de 1983 ne nomme plus la maçonnerie, mais la Déclaration sur les associations maçonniques publiée la même année par la Congrégation pour la doctrine de la foi, sous le cardinal Ratzinger, affirme que le jugement négatif de l’Église demeure inchangé. Le texte de l’encyclique reste consultable sur le site du Saint-Siège.

Le saviez-vous ?

Humanum Genus est la quatorzième des quelque quatre-vingt-cinq encycliques de Léon XIII. Le même pontife publiera en 1891 Rerum Novarum, texte fondateur de la doctrine sociale de l’Église, dont l’appel aux associations ouvrières chrétiennes figure déjà, en germe, parmi les remèdes proposés contre la maçonnerie en 1884.

Repères chronologiques

  • 28 avril 1738 : bulle In eminenti apostolatus specula de Clément XII.
  • 1825 : constitution Quo graviora de Léon XII.
  • 20 septembre 1870 : prise de Rome par les troupes italiennes.
  • 20 avril 1884 : encyclique Humanum Genus.
  • 1885-1897 : mystification antimaçonnique de Léo Taxil.
  • 1917 : canon 2335 du Code de droit canonique.
  • 26 novembre 1983 : Déclaration sur les associations maçonniques.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Alchimie et soupçon antimaçonnique (antimaçonnisme), Bulle In eminenti apostolatus specula de Clément XII, 28 avril 1738 (date historique), Affaire Léo Taxil (antimaçonnisme), Léo Taxil (Auteur).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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