Autonomie de la loge Les Libres Penseurs du Pecq, 9 janvier 1882 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 9 janvier 1882, au Pecq, près de Saint-Germain-en-Laye, la loge Les Libres Penseurs, qui relève de la Grande Loge symbolique écossaise, proclame son autonomie. Le geste n’a rien d’une querelle administrative : il vise à permettre à l’atelier de faire ce que son obédience lui refuse, initier une femme. Cinq jours plus tard, la loge reçoit la journaliste et militante féministe Maria Deraismes. Cette déclaration d’indépendance, provisoire, ouvre la voie à la première initiation féminine dans une loge « masculine » française et, à terme, à la naissance de la maçonnerie mixte.

Date : 9 janvier 1882
Lieu : Le Pecq, Yvelines, France

Une obédience qui hésite

Autonomie de la loge Les Libres Penseurs du Pecq, 9 janvier 1882
Source : Wikimedia Commons – Moonik – CC BY-SA 3.0

Fondée en 1880 par douze loges dissidentes du Suprême Conseil de France, la Grande Loge symbolique écossaise (GLSE) se veut démocratique et avancée. Certaines de ses loges acceptent le principe de l’initiation des femmes, mais l’obédience reste divisée. En 1881, la proposition de Georges Martin et Paul Goumain-Cornille d’admettre des femmes est rejetée.

Jusque-là, les femmes ne connaissent la maçonnerie qu’à travers les loges d’adoption, rattachées à des loges masculines dont elles portent généralement le nom. Les Constitutions d’Anderson ne prévoient pas leur admission comme francs-maçonnes à part entière.

La déclaration du 9 janvier 1882

Pour contourner le refus de l’obédience, la loge Les Libres Penseurs du Pecq choisit une voie radicale : le 9 janvier 1882, elle déclare son autonomie. En se plaçant hors de la GLSE, elle s’affranchit de la règle commune et se réserve le droit de recevoir qui elle veut.

Le motif est connu de tous : initier Maria Deraismes, femme de lettres et figure du combat pour les droits des femmes, soutenue par le docteur Georges Martin. La cérémonie a lieu le samedi suivant, le 14 janvier 1882, en présence de nombreux dignitaires maçonniques.

Le Pecq, un village des bords de Seine

Le Pecq est alors un bourg de Seine-et-Oise, au pied de la terrasse de Saint-Germain-en-Laye, aujourd’hui dans les Yvelines. Que l’événement se soit joué dans une petite loge de banlieue plutôt qu’à Paris tient au choix d’un atelier acquis à la cause : Les Libres Penseurs, dont le nom dit l’orientation rationaliste, offrent un terrain favorable.

Pourquoi l’autonomie ?

Autonomie de la loge Les Libres Penseurs du Pecq, 9 janvier 1882
Source : Wikimedia Commons – Unknown authorUnknown author – Public domain

Dans une obédience, une loge n’est pas libre de déroger aux règles communes : l’admission des candidats, les rituels et les conditions d’initiation sont fixés par la Grande Loge. En se déclarant autonome, c’est-à-dire en cessant provisoirement de relever de la GLSE, l’atelier du Pecq se donne la liberté juridique d’initier qui il veut, tout en exposant ses membres au risque d’être considérés comme irréguliers. Le procédé montre que les partisans de la mixité ne cherchent pas la rupture définitive : ils veulent créer un fait accompli qui pèse sur le débat interne.

Sanction et retour au bercail

La GLSE ne laisse pas faire. La loge est suspendue jusqu’à ce qu’elle prenne ses distances avec la nouvelle initiée. Environ cinq mois plus tard, elle présente un tableau de ses membres d’où le nom de Maria Deraismes a disparu ; l’affaire est close et l’atelier réintégré dans l’obédience.

L’autonomie de janvier 1882 n’aura donc été qu’une parenthèse. Mais elle a rendu possible un acte irréversible : une femme a été initiée selon le rituel ordinaire d’une loge masculine. Le précédent reste inscrit dans les mémoires.

Une étape vers la mixité

Constatant que les loges masculines ne suivront pas, Georges Martin et Maria Deraismes fondent onze ans plus tard, le 4 avril 1893, la Grande Loge symbolique écossaise mixte de France Le Droit Humain. L’épisode du Pecq est aujourd’hui célébré par le Droit Humain comme l’acte fondateur de la franc-maçonnerie mixte.

Repères chronologiques

  • 10 juin 1774 : le Grand Orient de France reconnaît les loges d’adoption.
  • 1880 : fondation de la Grande Loge symbolique écossaise.
  • 1881 : la GLSE refuse l’initiation des femmes.
  • 9 janvier 1882 : la loge Les Libres Penseurs du Pecq proclame son autonomie.
  • 14 janvier 1882 : initiation de Maria Deraismes.
  • 1882 : suspension puis réintégration de la loge.
  • 4 avril 1893 : fondation du Droit Humain.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Loge Mère, Obédience, Loge d’Adoption.

Glossaire de la franc-maçonnerie

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