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Selon une tradition abondamment reprise, Simón Bolívar aurait été initié franc-maçon à Cadix en 1803, dans une loge liée à Francisco de Miranda, parfois appelée « Gran Reunión Americana » ou « Lautaro ». Les historiens spécialistes, notamment José Antonio Ferrer Benimeli et F. W. Seal-Coon, ont montré que cette version ne repose sur aucun document : la loge Lautaro de Cadix n’a été fondée qu’en 1811. En revanche, des pièces d’archives attestent que le futur Libertador fut reçu compagnon puis maître dans la loge écossaise Saint-Alexandre d’Écosse, à Paris, fin 1805. Cette date illustre la distance entre la légende maçonnique et l’histoire documentée.
Date : 1803 (date traditionnelle, non documentée ; appartenance attestée à Paris fin 1805)
Lieu : Cadix, Espagne
Un jeune créole en Europe

Né à Caracas en 1783 dans une riche famille créole, Simón Bolívar séjourne une première fois en Espagne à la fin des années 1790. Il épouse à Madrid María Teresa del Toro, rentre avec elle au Venezuela, où elle meurt de fièvre en 1803. Veuf à vingt ans, il repart pour l’Europe. C’est dans ce contexte qu’une partie de l’historiographie place son passage par Cadix, grand port de liaison avec l’Amérique, et son initiation.
La version cadixienne et ses variantes
Les récits divergent dès l’origine. Pour certains auteurs, Bolívar aurait été initié à Cadix en 1803 ; d’autres placent la cérémonie fin 1803 dans la société des Caballeros Racionales ; d’autres encore dans une loge Lautaro dirigée par Francisco de Miranda, avant une élévation au grade de maître à Carúpano, au Venezuela. Michel Vaucaire rapporte qu’en 1806 Bolívar aurait retrouvé son diplôme maçonnique et évoqué une visite à une loge de Cadix, faite « par curiosité plutôt que par conviction ».
Les travaux critiques ont démonté ces versions. Seal-Coon, dans un article publié en 1977 par la loge de recherche Quatuor Coronati, les juge contradictoires et sans appui documentaire. Ferrer Benimeli souligne que la première loge maçonnique de Cadix date de janvier 1807 et que la loge Lautaro y fut fondée en 1811 par Carlos de Alvear. Quant aux sociétés de Miranda, souvent présentées comme des loges, elles relevaient de sociétés secrètes politiques empruntant certaines formes maçonniques.
Ce que disent les archives : Paris, 1805
Les seuls documents probants concernent Paris. Un manuscrit de la loge Saint-Alexandre d’Écosse, de rite écossais, consigne l’élévation de Bolívar au grade de compagnon, en urgence car il est sur le point de voyager, et le qualifie de récemment initié ; il porte huit signatures, dont la sienne, authentifiée en 1956. Un tableau de la loge pour l’année maçonnique 5804-5805 le mentionne comme « officier espagnol, maître maçon ». Les historiens concluent qu’il a reçu les trois grades en peu de temps, fin 1805, sans pouvoir fixer le jour exact : le 27 décembre 1805 est parfois proposé.
Les attributions ultérieures sont plus fragiles : rien ne prouve son appartenance à la loge Protectora de las Virtudes de Barcelona, au Venezuela, fondée en 1810, ni à la loge Orden y Libertad de Lima. Le 33e degré conféré en 1824 par Joseph Cerneau à quatre-vingt-quatre maçons, dont Bolívar, ne semble pas avoir été accepté par l’intéressé.
Le Libertador et l’interdiction de 1828

Devenu le chef de la lutte pour l’indépendance de l’Amérique du Sud, Bolívar prend ses distances avec l’ordre. Le 8 novembre 1828, alors qu’il exerce un pouvoir dictatorial en Grande-Colombie, il interdit toutes les sociétés secrètes ; une trentaine de loges ferment au Venezuela, en Colombie, au Panama et en Équateur. Les historiens y voient surtout une mesure contre les conspirations liées à son rival Santander, puisque la maçonnerie comptait des partisans dans les deux camps. Dans une lettre du 5 février 1829, Bolívar invite d’ailleurs à cesser la dureté envers la maçonnerie.
Postérité et mémoire
La figure du Bolívar franc-maçon occupe une place centrale dans l’imaginaire des maçonneries latino-américaines, qui associent l’ordre à la conquête des indépendances. De nombreuses loges portent son nom, et un tablier et un sautoir attribués au Libertador sont conservés au musée de la Grande Loge de New York, sans authenticité établie. Les travaux de Ferrer Benimeli rappellent que l’appartenance de Bolívar fut réelle mais brève, et que la version cadixienne relève du mythe.
Repères chronologiques
- 24 juillet 1783 : naissance de Simón Bolívar à Caracas.
- 1803 : mort de son épouse ; initiation à Cadix selon une tradition non documentée.
- Fin 1805 : Bolívar reçu compagnon puis maître à la loge Saint-Alexandre d’Écosse à Paris.
- 1er janvier 1807 : il s’embarque pour La Guaira.
- 1811 : fondation de la loge Lautaro de Cadix par Carlos de Alvear.
- 8 novembre 1828 : décret interdisant les sociétés secrètes en Grande-Colombie.
- 17 décembre 1830 : mort de Bolívar à Santa Marta.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Initiation, Compagnon, Maître des Banquets, José Antonio Ferrer Benimeli (Auteur).

