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Le 23 mai 1799, sous le Directoire, le Grand Orient de France ratifie le concordat d’union signé deux jours plus tôt avec l’ancienne Grande Loge de France, dite parfois de Clermont. Depuis le schisme de 1773, la maçonnerie française était partagée entre deux autorités rivales. Œuvre d’Alexandre Roëttiers de Montaleau, Grand Vénérable du Grand Orient, l’accord met fin à vingt-cinq ans de division : la Grande Loge le ratifie le 9 juin et l’union est solennellement célébrée le 22 juin 1799. Le Grand Orient, qui reprend les pouvoirs de son ancienne rivale, sort de la Révolution comme l’autorité maçonnique quasi unique du pays.
Date : 23 mai 1799 (4 prairial an VII)
Lieu : Paris, France
Deux obédiences rivales depuis 1773

Au XVIIIe siècle, la maçonnerie française s’organise autour d’une Grande Loge, longtemps dirigée par le comte de Clermont. Après la mort de celui-ci en 1771, une crise interne aboutit à la formation, le 24 juin 1773, du Grand Orient de France, placé sous la grande maîtrise du duc de Chartres, futur Philippe Égalité. Une partie des maîtres de loge parisiens refuse la réforme et maintient une Grande Loge distincte. Les deux corps coexistent jusqu’à la Révolution, chacun constituant ses propres loges.
La maçonnerie dans la tourmente révolutionnaire
La Révolution porte un coup très dur aux loges. Le 22 février 1793, Philippe Égalité renonce à la grande maîtrise, estimant qu’une république ne doit pas tolérer d’assemblées secrètes. Sous la Terreur, la plupart des ateliers cessent leurs travaux. Roëttiers de Montaleau fonde en février 1793 la loge du Centre des Amis, qui poursuit une activité discrète, et met à l’abri une partie des archives du Grand Orient ; il est lui-même emprisonné de novembre 1793 à janvier 1794.
Les travaux reprennent après la chute de Robespierre. Au printemps 1796, une assemblée reconstituée élit Roëttiers Grand Vénérable, ce qui fait de lui le chef effectif du Grand Orient, la charge de Grand Maître restant vacante. Il s’attache alors à renouer avec les loges survivantes et à réunir les deux corps maçonniques d’avant 1789.
Le concordat de mai-juin 1799
Les commissaires des deux obédiences signent un concordat d’union le 21 mai 1799. Le Grand Orient le ratifie le 23 mai 1799, date retenue par la chronologie Kronobase ; la Grande Loge l’approuve à son tour en assemblée extraordinaire le 9 juin. Par ce traité, le Grand Orient reprend les pouvoirs de l’ancienne Grande Loge de France, dont les loges rejoignent son obédience.
L’union est célébrée le 22 juin 1799 au cours d’une fête qui réunit environ cinq cents maçons, en présence notamment de Cambacérès, futur archichancelier de l’Empire. Cette date est souvent présentée comme celle de la réunification elle-même, notamment par la BnF.
Alexandre Roëttiers de Montaleau

Né à Paris le 22 novembre 1748 et mort dans la même ville le 30 janvier 1808, Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau appartient à une dynastie de graveurs et de médailleurs. Auditeur puis conseiller-maître à la Chambre des comptes, il est nommé directeur de la Monnaie de Paris en 1791. Considéré comme le sauveur du Grand Orient pendant la Révolution, il organise aussi la publication en 1801 du Régulateur du Maçon, qui fixe les rituels des trois grades du Rite français. En 1805, il devient le représentant particulier de Joseph Bonaparte, nommé Grand Maître.
Portée et conséquences
L’union de 1799 ouvre une période de croissance spectaculaire : environ soixante-dix loges civiles en 1800, cent quatorze en 1802, trois cents en 1803, six cent soixante-sept en 1810 selon les chiffres réunis par la BnF. Le régime napoléonien s’appuie sur ce Grand Orient réunifié et le place sous la tutelle de ses proches. L’unité reste toutefois relative : dès 1804, l’arrivée du Rite Écossais Ancien et Accepté recrée une dualité qui marquera durablement la maçonnerie française.
Postérité et mémoire
Le Grand Orient de France considère cette union comme l’un des actes fondateurs de sa légitimité. Certains membres de l’ancienne Grande Loge refusèrent toutefois de s’y rallier, et le nom de Grande Loge de France fut repris en 1894 par l’obédience écossaise aujourd’hui connue sous ce nom, sans continuité institutionnelle directe avec celle de 1799.
Repères chronologiques
- 24 juin 1773 : formation du Grand Orient de France.
- 22 février 1793 : Philippe Égalité renonce à la grande maîtrise.
- Printemps 1796 : Roëttiers de Montaleau élu Grand Vénérable.
- 21 mai 1799 : signature du concordat d’union par les commissaires.
- 23 mai 1799 : ratification par le Grand Orient.
- 22 juin 1799 : fête de l’union à Paris.
- 5 décembre 1804 : accord entre le Grand Orient et la Grande Loge générale écossaise.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Lalande, Helvétius et les débuts de la réforme du Grand Orient de France, 1771 (date historique).

