Allocution Multiplices inter de Pie IX contre la franc-maçonnerie, 25 septembre 1865 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 25 septembre 1865, devant les cardinaux réunis en consistoire à Rome, le pape Pie IX prononce l’allocution Multiplices inter. Il y condamne une nouvelle fois la franc-maçonnerie et les sociétés du même genre, qu’il accuse de conspirer contre l’Église et les pouvoirs légitimes, et rappelle la longue série des condamnations pontificales depuis 1738. Moins d’un an après le Syllabus, le texte s’inscrit dans le combat d’un pontife qui voit son pouvoir temporel menacé par l’unité italienne, largement portée par des maçons.

Date : 25 septembre 1865
Lieu : Rome, États pontificaux

Le contexte : un pape assiégé

Allocution Multiplices inter de Pie IX contre la franc-maçonnerie, 25 septembre 1865
Source : Wikimedia Commons – François Désiré Gosselin – Public domain

En 1865, Pie IX règne depuis 1846. Le pape libéral des débuts est devenu, après la révolution romaine de 1848, l’adversaire résolu du libéralisme. L’unité italienne, proclamée en 1861, a réduit les États pontificaux au Latium ; Rome n’est plus protégée que par une garnison française. Or les artisans du Risorgimento, à commencer par Giuseppe Garibaldi, sont souvent liés aux loges. Le 8 décembre 1864, l’encyclique Quanta cura et le Syllabus des erreurs modernes ont dressé l’inventaire des doctrines rejetées par l’Église.

Une allocution consistoriale

L’allocution consistoriale est un discours prononcé par le pape devant le collège des cardinaux, puis publié. Le titre Multiplices inter, tiré des premiers mots latins du texte, avait déjà été utilisé par Pie IX pour un bref de 1851 ; il le sera encore en 1870. Le 25 septembre 1865, le pontife consacre son propos à la maçonnerie, qu’il qualifie de société perverse, et dont il constate qu’elle a grandi au lieu de disparaître, au point d’agir désormais au grand jour.

Le contenu du texte

Pie IX rappelle d’abord les condamnations de ses prédécesseurs : Clément XII, qui interdit dès 1738 aux catholiques d’entrer dans les loges sous peine d’excommunication ; Benoît XIV, qui confirma cette sentence en 1751 ; Pie VII, qui frappa le carbonarisme ; Léon XII, qui condamna en 1825 les sociétés secrètes. Il soutient que le secret et le serment exigés des initiés suffisent à prouver la nocivité de l’association, évoquant une société qui fuit le jour et la lumière. Il oppose à ce mystère la transparence des œuvres catholiques, chez lesquelles rien n’est caché.

Le pape réfute enfin l’idée que ces condamnations perdraient leur force dans les pays où le pouvoir civil tolère les loges. Il enjoint aux fidèles de considérer ces sociétés comme proscrites, demande à leurs membres de les quitter et appelle les évêques à la vigilance, en plaçant l’Église sous la protection de la Vierge et des apôtres Pierre et Paul.

Portée pour la franc-maçonnerie

Allocution Multiplices inter de Pie IX contre la franc-maçonnerie, 25 septembre 1865
Source : Wikimedia Commons – Augusto Rinaldini – Public domain

L’allocution ne crée pas de peine nouvelle, mais elle réaffirme solennellement l’incompatibilité entre catholicisme et maçonnerie au moment où celle-ci joue un rôle politique majeur en Italie, en France et en Amérique latine. Elle nourrit en retour l’anticléricalisme des loges, particulièrement vif dans les années qui suivent. Quatre ans plus tard, la constitution Apostolicae Sedis (1869) range l’adhésion aux sectes maçonniques parmi les cas d’excommunication réservés au pape.

Postérité

Multiplices inter s’insère dans une longue chaîne de textes pontificaux, de la bulle In eminenti de 1738 à l’encyclique Humanum genus de Léon XIII en 1884. Les historiens y voient un jalon de la guerre des deux France et de l’affrontement entre l’Église et l’État libéral. L’interdiction faite aux catholiques d’adhérer à la maçonnerie demeure aujourd’hui, réaffirmée par Rome en 1983 et encore en 2023.

Le saviez-vous ?

Le titre Multiplices inter a servi trois fois sous Pie IX : pour un bref de 1851, pour l’allocution de 1865, puis pour une bulle de 1870. Seul le texte de 1865 est entièrement consacré à la maçonnerie. Dans l’argumentation pontificale, le secret maçonnique est central : une société honnête, explique le pape, n’aurait rien à cacher, tandis que le serment et les châtiments promis aux parjures trahiraient une intention coupable. Cette critique du secret reviendra dans la plupart des textes antimaçonniques ultérieurs, jusqu’à Humanum genus.

Repères chronologiques

  • 28 avril 1738 : bulle In eminenti apostolatus de Clément XII.
  • 1751 : bulle Providas Romanorum de Benoît XIV.
  • 8 décembre 1864 : encyclique Quanta cura et Syllabus.
  • 25 septembre 1865 : allocution Multiplices inter.
  • 12 octobre 1869 : constitution Apostolicae Sedis.
  • 20 avril 1884 : encyclique Humanum genus de Léon XIII.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Anticléricalisme (antimaçonnisme), Excommunication (antimaçonnisme), Revue internationale des sociétés secrètes (antimaçonnisme), Bulle In eminenti apostolatus specula de Clément XII, 28 avril 1738 (date historique).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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