Initiation d’Adolphe Crémieux au Bienfait anonyme de Nîmes, 1818 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

En 1818, un jeune avocat nîmois de vingt-deux ans, Adolphe Crémieux, est initié à la loge Le Bienfait anonyme, à l’Orient de Nîmes, sous les auspices du Grand Orient de France. C’est le début d’un parcours maçonnique de plus de soixante ans qui le conduira à la tête du Suprême Conseil de France. Avocat libéral, défenseur des droits des Juifs, deux fois ministre de la Justice, signataire en 1870 du décret qui porte son nom, Crémieux incarne mieux que quiconque l’alliance entre engagement maçonnique, républicanisme et combat pour l’égalité civique au XIXe siècle.

Date : 1818
Lieu : Nîmes, France

Un jeune juif nîmois sous la Restauration

Initiation d’Adolphe Crémieux au Bienfait anonyme de Nîmes, 1818
Source : Wikimedia Commons – Patania, dessinateur – CC0

Isaac-Jacob Crémieux, dit Adolphe, naît à Nîmes le 30 avril 1796 dans une famille aisée de « Juifs du pape », originaire de Carpentras. Il grandit dans une France où l’émancipation des Juifs, acquise en 1791, reste fragile. Devenu avocat, il se fait vite remarquer au barreau de Nîmes par son éloquence et son libéralisme, dans un Midi où les tensions politiques et religieuses de la Restauration restent vives.

L’initiation au Bienfait anonyme

C’est en 1818 que Crémieux est reçu franc-maçon à la loge Le Bienfait anonyme de Nîmes, relevant du Grand Orient de France. Pour un jeune juif ambitieux, la loge offre un espace de sociabilité où se côtoient notables protestants, catholiques libéraux et israélites, sur un pied d’égalité alors rare dans la société. Le nom même de l’atelier renvoie à la bienfaisance discrète, valeur cardinale de la maçonnerie de l’époque.

D’une loge à l’autre : un parcours de soixante ans

Installé à Paris après la révolution de Juillet, Crémieux s’affilie en 1830 à la loge Aide-toi, le Ciel t’aidera. Son engagement se prolonge dans le Rite écossais ancien et accepté : il entre au Suprême Conseil de France en 1866, puis en devient le Souverain Grand Commandeur en 1868 ou 1869 selon les sources, fonction qu’il exerce jusqu’à sa mort.

L’avocat et l’homme d’État

Avocat en vue sous la monarchie de Juillet, il prononce l’éloge de l’abbé Grégoire et plaide pour la réhabilitation du maréchal Ney. Vice-président du Consistoire central des israélites de France dès 1834, il préside l’Alliance israélite universelle, fondée en 1860, de 1863 à 1867 puis de 1868 à sa mort. Ministre de la Justice du gouvernement provisoire de 1848, il fait abolir la peine de mort en matière politique et contribue à l’abolition de l’esclavage.

Ministre de la Justice du gouvernement de la Défense nationale en 1870, il signe le 24 octobre le décret qui accorde la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie, connu sous le nom de décret Crémieux. Le texte exclut les populations musulmanes, ce qui en fait aujourd’hui encore un objet de débats historiques.

Portée pour la franc-maçonnerie

Initiation d’Adolphe Crémieux au Bienfait anonyme de Nîmes, 1818
Source : Wikimedia Commons – Nadar – Public domain

Le parcours de Crémieux illustre l’ouverture de la maçonnerie française aux Juifs dès le début du XIXe siècle et le rôle des loges comme écoles de la vie publique. Sa présence à la tête du Suprême Conseil, au moment où celui-ci prépare le convent de Lausanne de 1875, en fait aussi un acteur de l’histoire internationale du Rite écossais.

Postérité et mémoire

Mort à Paris le 10 février 1880, Crémieux repose au cimetière du Montparnasse. Son nom reste attaché à de nombreuses rues françaises, et un colloque lui a été consacré au Sénat en 2014. Pour les francs-maçons, il demeure l’exemple d’un frère qui fit passer les principes d’égalité et de fraternité dans la loi.

Le Bienfait anonyme et la maçonnerie nîmoise

Nîmes est, au début du XIXe siècle, une ville où cohabitent une forte communauté protestante, une majorité catholique et une communauté juive ancienne. Les loges y jouent un rôle de lieu neutre où ces élites se rencontrent. L’initiation de Crémieux au Bienfait anonyme s’inscrit dans cette sociabilité méridionale, et c’est dans la Maçonnerie que le jeune avocat noue une partie des relations qui accompagneront sa carrière parisienne.

Repères chronologiques

  • 30 avril 1796 : naissance à Nîmes.
  • 1818 : initiation au Bienfait anonyme (GODF), Nîmes.
  • 1830 : affiliation à la loge Aide-toi, le Ciel t’aidera, à Paris.
  • 1848 : ministre de la Justice du gouvernement provisoire.
  • 1868 ou 1869 : Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France.
  • 24 octobre 1870 : décret Crémieux.
  • 10 février 1880 : mort à Paris.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Initiation, Suprême Conseil, Adolphe Crémieux (Personnalité).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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