Érection de la Grande Loge Royal York à l’Amitié à Berlin, 11 juin 1798 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le 11 juin 1798, à Berlin, la vieille loge francophone Royale York de l’Amitié se scinde en quatre loges filles afin de se constituer en Grande Loge. Sous l’impulsion du réformateur Ignaz Aurelius Fessler et avec la protection du roi Frédéric-Guillaume III, naît ainsi la Grande Loge Royal York zur Freundschaft, qui rejoint les deux autres grandes obédiences berlinoises. Quelques mois plus tard, un édit royal réserve aux trois Grandes Loges de Berlin le monopole de la maçonnerie en Prusse : une configuration qui structurera la maçonnerie allemande jusqu’en 1935.

Date : 11 juin 1798
Lieu : Berlin, Allemagne

Le contexte : une loge française dans la Prusse de Frédéric II

Érection de la Grande Loge Royal York à l’Amitié à Berlin, 11 juin 1798
Source : Wikimedia Commons – Henry Robert Morland / Richard Houston – Public domain

L’origine de la loge remonte aux artistes et savants français attirés à Berlin par Frédéric II. Une loge L’Amitié aurait existé dès 1752, mais sa fondation n’est pas documentée. La première date sûre est le 5 mai 1760, création de la loge française Aux trois Colombes, rebaptisée en 1761 De l’Amitié aux trois Colombes et rattachée à la Grande Loge nationale mère Aux trois Globes. Les travaux s’y tiennent en français, langue de la cour et de l’Académie.

Un prince anglais donne son nom à la loge

Le 27 juillet 1765, le prince Édouard-Auguste, duc d’York et d’Albany, frère cadet du roi George III, de passage à Berlin, est reçu dans la loge et en devient le protecteur. Celle-ci prend en son honneur le nom de Loge Royale d’York de l’Amitié. Deux ans plus tard, refusant de suivre les Trois Globes dans le système de la Stricte Observance templière, elle se tourne vers la Grande Loge de Londres, qui ne lui délivre qu’une patente, sans rituel imposé. Elle rejoint ensuite en 1774 la Grande Loge nationale d’Allemagne, avant de rompre avec elle en 1778.

Sous la conduite de Jean-Pierre Delagoanère, Vénérable puis Grand Maître, la loge acquiert en 1779 un terrain dans la Dorotheenstraße et essaime : douze loges filles sont fondées en 1784. Le rituel passe progressivement à l’allemand dans les années 1790, l’ouverture et la clôture restant en français.

L’événement : la naissance d’une Grande Loge

La réforme décisive est l’œuvre d’Ignaz Aurelius Fessler, ancien capucin devenu philosophe et pédagogue, qui remanie les rituels et rédige une constitution fondamentale achevée le 3 août 1797. Le 4 janvier 1798, le roi Frédéric-Guillaume III accepte d’accorder sa protection. Le 11 juin 1798, la loge mère se divise en quatre loges : Friedrich Wilhelm zur gekrönten Gerechtigkeit, Zur siegenden Wahrheit, Urania zur Unsterblichkeit et Pythagoras zum flammenden Stern. Ces quatre ateliers forment la base de la nouvelle Grande Loge, reconnue peu après par les deux autres Grandes Loges prussiennes.

La portée : l’une des trois « vieilles Grandes Loges » prussiennes

Érection de la Grande Loge Royal York à l’Amitié à Berlin, 11 juin 1798
Source : Wikimedia Commons – János Rombauer – CC BY-SA 4.0

Le 20 octobre 1798, un édit royal n’autorise plus en Prusse que les travaux maçonniques placés sous l’une des trois Grandes Loges de Berlin : les Trois Globes, la Grande Loge nationale d’Allemagne et Royal York. Ce statut privilégié, dans un royaume soucieux de surveiller les associations après la Révolution française, fait de ces trois obédiences les « vieilles Grandes Loges prussiennes », majoritairement chrétiennes et attachées à la monarchie. Fessler, lui, quitte la Grande Loge en 1802 après de vives controverses.

Au XIXe siècle, la Grande Loge reste un acteur majeur. Le Grand Maître Hermann Settegast tente en 1889-1890 de supprimer les hauts grades et d’ouvrir la loge aux juifs ; ayant échoué, il la quitte. Pendant la Première Guerre mondiale, l’obédience abandonne le nom de « Royal York » pour protester contre l’entrée en guerre du Royaume-Uni.

Disparition et renaissance

En 1932, la Grande Loge compte environ 11 500 membres dans 104 loges. Le 11 avril 1933, elle tente de survivre au nazisme en se transformant en « Ordre chrétien allemand À l’Amitié », en vain : la dissolution est ordonnée et la cérémonie de clôture a lieu le 16 juillet 1935. Le 27 mars 1946, d’anciens membres réunis dans la mairie de Schöneberg la refondent ; August Horneffer en devient Grand Maître. Elle participe ensuite à la reconstruction de la maçonnerie allemande dans le cadre des Grandes Loges unies d’Allemagne.

Postérité et mémoire

Aujourd’hui, la Große Loge Royal York zur Freundschaft travaille toujours à Berlin avec ses quatre loges historiques, au sein de la Grande Loge des Anciens Maçons libres et acceptés d’Allemagne. Son nom bilingue, son passé francophone et le souvenir du duc d’York rappellent la dimension cosmopolite de la maçonnerie des Lumières dans la capitale prussienne.

Repères chronologiques

  • 5 mai 1760 : fondation de la loge française Aux trois Colombes à Berlin.
  • 27 juillet 1765 : réception du duc d’York, qui donne son nom à la loge.
  • 1784 : fondation de douze loges filles.
  • 4 janvier 1798 : protection accordée par Frédéric-Guillaume III.
  • 11 juin 1798 : division en quatre loges et érection en Grande Loge.
  • 20 octobre 1798 : édit royal réservant la maçonnerie prussienne aux trois Grandes Loges berlinoises.
  • 16 juillet 1935 : clôture forcée sous le régime nazi ; 27 mars 1946 : refondation.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Grande Loge, Loge Mère, Stricte observance templière (Rite maçonnique), Hauts Grades Supérieurs au troisième degré.

Glossaire de la franc-maçonnerie

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