Installation de la loge Les Trois Haches au Havre, 4 juillet 1794 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

En juillet 1794, quelques semaines avant la chute de Robespierre, une nouvelle loge est installée au Havre : Les Trois Haches, qui prendra au début du Premier Empire le nom de « 3 H » sous lequel elle est encore connue. Alors que la Terreur a mis en sommeil l’immense majorité des ateliers français, le grand port normand fait figure d’exception : sa maçonnerie, très liée au monde des armateurs et des officiers de marine, reste active. L’atelier, ouvertement jacobin à ses débuts, illustre la manière dont certaines loges ont survécu à la Révolution en épousant son vocabulaire politique.

Date : 4 juillet 1794
Lieu : Le Havre, Seine-Maritime, France

Le contexte : une maçonnerie maritime

Installation de la loge Les Trois Haches au Havre, 4 juillet 1794
Source : Wikimedia Commons – Noël, Michel Arthur Georges (1859-….). Photographe – Public domain

La franc-maçonnerie apparaît au Havre vers 1738, une dizaine d’années après son arrivée en France. Au XVIIIe siècle, deux loges reconnues par le Grand Orient de France, La Fidélité et L’Aménité, structurent la vie maçonnique locale. Selon les Musées d’art et d’histoire du Havre, environ deux tiers des quelque deux cents maçons havrais de l’époque sont officiers de marine ou négociants armateurs. Les loges entretiennent des correspondances avec l’Europe du Nord et les Antilles : c’est un modèle de « maçonnerie maritime ».

La Révolution bouleverse ce paysage. Le Grand Maître Philippe d’Orléans, devenu Philippe Égalité, renie la maçonnerie en février 1793 ; la Terreur disloque la plupart des ateliers et le Grand Orient suspend ses travaux en 1794. Selon la BnF, il ne reste qu’une petite vingtaine de loges actives en France en 1797, contre plus de six cents à la veille de 1789.

L’événement : une loge née en pleine Terreur

C’est dans ce climat que la loge Les Trois Haches est installée au Havre. La chronologie Kronobase en fixe la création au 4 juillet 1794 ; la notice de la BnF consacrée aux francs-maçons et à la Révolution précise qu’elle fut installée un mois avant le 9 Thermidor, c’est-à-dire avant la chute de Robespierre du 27 juillet 1794, ce qui concorde avec cette date. Les musées du Havre se bornent à l’année 1794.

L’atelier adopte d’emblée une posture politique assumée : la BnF le décrit comme un corps ouvertement jacobin, soutien de la Société populaire locale. Les historiens y voient une forme de « subversion de la sociabilité » : en se coulant dans les formes révolutionnaires, la loge se protège de la répression qui frappe alors les sociétés jugées suspectes.

Une ville maçonniquement active sous la Révolution

Contrairement à la plupart des villes de province, Le Havre reste un foyer maçonnique durant toute la décennie révolutionnaire. Une seconde loge, Les Vrais Amis, est ouverte en 1796. La BnF signale même qu’après son arrestation en l’an II, Jean-Baptiste Allegre, ancien Vénérable de La Fidélité, constitua une loge au sein de la prison : un épisode singulier qui dit l’attachement des frères à leurs travaux. En 1798, Les Trois Haches se divise toutefois, précisément sur la question de sa politisation croissante.

Du nom des Trois Haches aux « 3 H »

Installation de la loge Les Trois Haches au Havre, 4 juillet 1794
Source : Wikimedia Commons – Descamps – Public domain

Au début du Premier Empire, la loge abandonne l’intitulé révolutionnaire des Trois Haches pour celui de « 3 H », selon les musées du Havre. Les jetons maçonniques frappés en 1813 pour l’« Orient du Havre, loge des 3 H », aujourd’hui recherchés par les numismates, en portent la trace. La chronologie Kronobase développe le sigle en « Harmonia, Honor, Humanitas » ; cette lecture, que les sources muséales consultées ne mentionnent pas, n’a pu être vérifiée ici.

La portée : une loge témoin de deux siècles d’histoire havraise

Au XIXe siècle, l’identité maritime de la maçonnerie havraise s’efface un temps puis renaît à partir des années 1830, portée par la sociologie des 3 H et par la création de L’Olivier écossais n° 38, l’une des premières loges reconnues par le Suprême Conseil de France. Les loges havraises concurrencent alors l’Église dans le champ de la bienfaisance et contribuent, par l’éducation populaire, à la diffusion des idées républicaines.

Postérité et mémoire

La loge des 3H travaille toujours au Havre, au sein du Grand Orient de France, et revendique cette longue filiation. En 2019, l’exposition Le Havre, les francs-maçons et la mer, XVIIIe-XIXe siècle, présentée à l’abbaye de Graville du 11 mai au 30 septembre, avec le concours scientifique d’Éric Saunier et du Musée de la franc-maçonnerie, a remis en lumière cette histoire, des Trois Haches révolutionnaires à la maçonnerie portuaire du XIXe siècle.

Repères chronologiques

  • Vers 1738 : premières traces de franc-maçonnerie au Havre.
  • 22 février 1793 : Philippe Égalité renonce à la grande maîtrise du Grand Orient.
  • Juillet 1794 : installation de la loge Les Trois Haches, un mois avant le 9 Thermidor.
  • 27 juillet 1794 (9 Thermidor an II) : chute de Robespierre.
  • 1796 : ouverture de la loge Les Vrais Amis au Havre.
  • 1798 : scission des Trois Haches sur la question politique.
  • Début du Premier Empire : la loge prend le nom de « 3 H ».

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Maître de loge ou Maître en chaire, Sautoir de Vénérable Maître, Orient, Éric Saunier (historien).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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