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Le 27 décembre 1770, à Berlin, le médecin militaire prussien Johann Wilhelm Kellner von Zinnendorf réunit les loges qu’il a fondées et décide de constituer la Große Landesloge der Freimaurer von Deutschland, la Grande Loge nationale des francs-maçons d’Allemagne. Fondée sur le système suédois, en rupture avec la Stricte Observance templière, elle obtient en 1773 la reconnaissance de la Grande Loge de Londres, puis en 1774 une lettre de protection de Frédéric II. Elle demeure, sous le nom de Freimaurerorden, l’une des grandes composantes de la maçonnerie allemande.
Date : 27 décembre 1770
Lieu : Berlin, Prusse (Allemagne)
Une Allemagne maçonnique éclatée

Dans les années 1760, la franc-maçonnerie des États allemands est dominée par la Stricte Observance templière du baron von Hund, qui rattache l’Ordre aux Templiers et multiplie les grades chevaleresques. À Berlin, la loge mère Aux Trois Globes, protégée par la monarchie prussienne depuis l’initiation de Frédéric II en 1738, a adhéré à ce système. Les querelles de filiation, de rituels et de finances sont vives, et nombre de frères cherchent une autre légitimité, plus sûre et mieux documentée.
Zinnendorf, un médecin en quête de « vraie » maçonnerie
Né à Halle le 10 août 1731, Johann Wilhelm Kellner von Zinnendorf est initié le 13 mars 1757 dans la loge Philadelphia aux Trois Bras d’or de cette ville. Médecin-chef des armées prussiennes, il appartient ensuite aux loges de Breslau et de Berlin, et devient en 1764 préfet de la Stricte Observance pour la Marche de Brandebourg et la Poméranie. Déçu par le système templier, il rompt avec lui à la fin de 1766. Il se tourne vers la Suède : par l’intermédiaire de son ami Baumann, il reçoit de Karl Friedrich Eckleff, à Stockholm, des rituels, une patente et des instructions, livrés à Berlin le 14 septembre 1766.
Sur cette base, il crée en 1768 la loge de Saint-Jean Minerva à Potsdam, puis en 1769 la loge Aux Trois Clefs d’or à Berlin et la loge de Saint-André Indissolubilis. Ces ateliers forment le noyau de la future obédience.
La décision du 27 décembre 1770
Le 27 décembre 1770, jour de la Saint-Jean d’hiver, les représentants des loges zinnendorfiennes décident de se constituer en Grande Loge nationale. Le projet est plus modeste que prévu : Zinnendorf espérait réunir douze loges, il n’en compte que sept loges de Saint-Jean et une loge de Saint-André. Lui-même se contente du titre de Grand Maître national adjoint, laissant la première place à des personnalités plus en vue. La nouvelle Grande Loge travaille selon le Rite suédois, système chrétien à grades successifs, qu’elle pratique encore aujourd’hui sous une forme légèrement adaptée.
Reconnaissance anglaise et protection royale
La date donnée par certaines chronologies, qui placent la fondation « sous le protectorat » de Frédéric II, demande à être nuancée. La légitimité vient d’abord de Londres : le 30 novembre 1773, une lettre officielle de la Grande Loge d’Angleterre reconnaît la Große Landesloge comme Grande Loge des États allemands. Ce n’est que le 16 juillet 1774 que Frédéric II signe une lettre de protection garantissant à l’obédience son patronage royal. Certaines sources maçonniques allemandes évoquent toutefois une protection accordée dès 1771 : la chronologie exacte reste discutée.
Une obédience conquérante et contestée

Le succès est rapide : environ 34 loges vers 1778, 62 en 1782. Zinnendorf, au tempérament réputé difficile, se heurte à la Stricte Observance, qui l’accuse à tort de malversations, puis au duc Ernest II de Saxe-Gotha, Grand Maître national en 1775-1776. Il reprend lui-même la grande maîtrise en 1780 et meurt le 8 juin 1782, pendant une tenue, dans les bras de son successeur Castillon. Un traité d’amitié signé en 1819 réconcilie l’obédience avec la Grande Loge de Suède.
Des empereurs à la persécution nazie
Au XIXe siècle, la Große Landesloge devient l’une des trois Grandes Loges « vieilles-prussiennes » ; les empereurs Guillaume Ier et Frédéric III en sont membres. En 1872 est fondée la Zirkelkorrespondenz, revue toujours publiée. Après 1933, l’obédience tente d’échapper au régime en se rebaptisant Ordre chrétien allemand des Templiers et en gommant son vocabulaire maçonnique. Rien n’y fait : le ministère de l’Intérieur impose la dissolution des loges en juillet 1935 et la maison de l’Ordre à Berlin est confisquée.
Postérité et mémoire
Reconstituée après 1945, la Große Landesloge participe à la création des Grandes Loges unies d’Allemagne. Elle revendique aujourd’hui environ 3 500 membres, répartis en dix loges provinciales, avec un siège à Berlin-Dahlem. Elle se présente sous le nom de Freimaurerorden, l’Ordre des francs-maçons, et reste la principale gardienne du Rite suédois en dehors de la Scandinavie.
Repères chronologiques
- 1738 : initiation du prince héritier Frédéric de Prusse, futur Frédéric II.
- 14 septembre 1766 : Zinnendorf reçoit les documents du système suédois.
- 27 décembre 1770 : décision de fonder la Grande Loge nationale à Berlin.
- 30 novembre 1773 : reconnaissance par la Grande Loge d’Angleterre.
- 16 juillet 1774 : lettre de protection de Frédéric II.
- 8 juin 1782 : mort de Zinnendorf.
- 1935 : dissolution forcée sous le régime nazi.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Rite suédois (Rite maçonnique), Stricte observance templière (Rite maçonnique), Grande Loge, Grand Maître.

