Arrestation de John Coustos par l’Inquisition à Lisbonne, 1743 (date historique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

En 1743, à Lisbonne, l’Inquisition portugaise arrête le joaillier John Coustos, fondateur d’une loge dans la ville, ainsi que ses frères Jacques Mouton et Thomas Braslé. Interrogés et soumis à la torture pour leur faire livrer les secrets de la maçonnerie, ils deviennent les premières victimes célèbres de la répression religieuse fondée sur la bulle de 1738. Coustos, condamné aux galères, est libéré en 1744 grâce à l’intervention britannique et publie en 1746 un récit qui fait le tour de l’Europe. Kronobase évoque des maçons brûlés vifs : les sources consultées ne le confirment pas.

Date : 1743
Lieu : Lisbonne, Portugal

Le Portugal de Jean V

Arrestation de John Coustos par l’Inquisition à Lisbonne, 1743
Source : Wikimedia Commons – Jean Ranc – Public domain

Sous le long règne de Jean V (1706-1750), le Portugal, enrichi par l’or du Brésil, est une monarchie profondément catholique où l’Inquisition conserve une grande puissance. Les autos-da-fé y demeurent des cérémonies publiques. La bulle In eminenti de Clément XII, publiée le 28 avril 1738, donne aux inquisiteurs un fondement pour poursuivre les francs-maçons, perçus comme suspects d’hérésie en raison de leur secret et de leur ouverture aux protestants.

John Coustos, maçon cosmopolite

Né à Berne en 1703, John Coustos est un joaillier et lapidaire installé en Angleterre, membre de la Grande Loge de Londres vers 1728-1729. À Paris, il a donné son nom à la loge Coustos-Villeroy, où fut reçu en 1737 le Suédois Carl Fredrik Scheffer. Ses affaires le conduisent ensuite à Lisbonne, où il fonde une loge réunissant surtout des étrangers.

Dénonciation et arrestation

En 1743, la loge est dénoncée. Un ami de Coustos, joaillier et surveillant de la loge, est d’abord arrêté sous un faux prétexte de vol de diamants. Quelques jours plus tard, Coustos est saisi dans un café, battu et conduit dans les prisons de l’Inquisition. Ses frères Jacques Mouton et Thomas Braslé, joailliers français, sont arrêtés eux aussi. La date précise, souvent donnée en mars 1743, n’a pas pu être confirmée par les sources consultées.

La torture

Les inquisiteurs cherchent à obtenir les secrets de la maçonnerie et la liste des membres. Coustos décrit plusieurs séances de torture : les cordes serrées autour des membres, la dislocation des épaules, puis la torture de la chaîne, à plusieurs semaines d’intervalle. Les sources allemandes parlent de neuf séances pour les trois hommes. Thomas Braslé meurt des suites des sévices subis. Coustos refuse de révéler ses serments.

La condamnation et la libération

Lors d’un auto-da-fé tenu à Lisbonne, Coustos est condamné à quatre ans de galères. Sujet du roi d’Angleterre, il obtient sa libération en octobre 1744 sur réclamation du ministre britannique, grâce à l’intercession de George II, à condition de quitter le pays. Il regagne Londres en décembre 1744. Wikipédia en anglais évoque l’exécution de trois maçons portugais, information que les autres sources consultées ne mentionnent pas.

Un livre qui forge une mémoire

En 1746, Coustos publie à Londres chez W. Strahan, imprimeur du roi, The Sufferings of John Coustos for Free-Masonry, dédié au comte de Harrington. Réédité, notamment à Birmingham en 1790 et en Amérique sous le titre Unparalleled Sufferings of John Coustos, illustré de gravures montrant les supplices, le livre devient un classique de la mémoire des persécutions maçonniques et un document sur les pratiques inquisitoriales.

Repères chronologiques

  • 1703 : naissance de John Coustos à Berne.
  • 1737 : la loge Coustos-Villeroy à Paris, surveillée par la police.
  • 28 avril 1738 : bulle In eminenti de Clément XII.
  • 1743 : arrestation de Coustos, Mouton et Braslé à Lisbonne.
  • 1744 : condamnation aux galères lors d’un auto-da-fé, puis libération en octobre.
  • 1746 : publication de The Sufferings of John Coustos à Londres.
  • 1751 : constitution Providas Romanorum de Benoît XIV.

Le saviez-vous ?

Selon l’historienne Marsha Keith Schuchard, Coustos aurait servi d’agent secret pour le Premier ministre britannique Robert Walpole, en surveillant les loges françaises de Londres entre 1730 et 1732. Cette hypothèse reste discutée. La première édition de son récit, en 1746, compte environ quatre cents pages.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Accusation de satanisme (antimaçonnisme), Inquisition symbolique (antimaçonnisme), Serment, Bulles pontificales (antimaçonnisme).

Glossaire de la franc-maçonnerie

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