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La Sainte Arche royale est un grade de la franc-maçonnerie anglo-saxonne, présent sous diverses formes dans tous les grands systèmes maçonniques. Apparue au milieu du XVIIIe siècle dans les îles Britanniques, elle est attestée pour la première fois en Irlande en 1743. En Angleterre, elle forme un ordre distinct, travaillé en chapitres qui ne confèrent qu’un seul grade, l’Exaltation, sous l’autorité du Suprême Grand Chapitre fondé en 1817. Pratiquée surtout dans les îles Britanniques et le Commonwealth, elle l’est plus marginalement en Europe continentale.
Une apparition au milieu du XVIIIe siècle

Les origines exactes du grade restent inconnues, mais un vocabulaire de l’« Arche royale » circule dans la littérature maçonnique dès les années 1720. La première mention vérifiable date du 27 décembre 1743 à Youghal, en Irlande, où une « Royal Arch » est portée en procession par deux maçons. En 1744, Fifield Dassigny, dans un ouvrage publié à Dublin, évoque le grade de manière critique et le dit pratiqué à Dublin, Londres et York par des frères ayant passé la chaire d’une loge.
En 1746, Laurence Dermott est admis dans un chapitre dublinois. Il considérera plus tard l’Arche royale comme un quatrième grade de la maçonnerie bleue. En 1749, la Grande Loge d’Irlande accorde des patentes de « Royal Arch Lodges ».
Anciens contre Modernes : l’enjeu de l’Arche royale
La fondation en 1751 de la Grande Loge des Anciens, opposée à la Grande Loge de 1717 dite des Modernes, fait de l’Arche royale un enjeu identitaire : les Anciens la défendent, les Modernes s’en méfient. En 1766 naît pourtant, avec l’exaltation de Lord Blayney, l’« Excellent Grand and Royal Arch Chapter », considéré comme le premier Grand Chapitre d’Angleterre, auquel participe le Grand Secrétaire des Modernes James Heseltine. Les Anciens créent leur propre Grand Chapitre en 1774.
L’Union de 1813, qui donne naissance à la Grande Loge unie d’Angleterre, repose sur un compromis : l’Arche royale est reconnue, mais comme un ordre distinct. Le Suprême Grand Chapitre des maçons de l’Arche royale d’Angleterre est constitué en 1817.
Structure, chapitres et officiers
En Angleterre et au pays de Galles, les maçons de l’Arche royale se réunissent en chapitres, parrainés par une loge dont ils partagent le numéro. Le candidat doit être maître maçon depuis au moins quatre semaines. Les chapitres confèrent un grade unique, celui de maçon de l’Arche royale, par la cérémonie d’Exaltation, et installent chaque année leurs trois Principaux.
Les principaux officiers d’un chapitre anglais sont les suivants :
- les trois Principaux, Zorobabel, Aggée et Josué, qui gouvernent conjointement ;
- les Scribes E. (Esdras) et N. (Néhémie) ;
- le Principal Sojourner et ses deux assistants ;
- le trésorier, le directeur des cérémonies, l’organiste, les stewards et le Janitor.
Le Suprême Grand Chapitre est gouverné depuis Freemasons’ Hall, à Londres, par trois Grands Principaux ; les régions sont dirigées par des Grands Surintendants.
Esprit et symbolique du retour à Jérusalem
Le grade repose sur une allégorie tirée de l’Ancien Testament : le retour de la captivité de Babylone et la reconstruction de Jérusalem et de son Temple. En déblayant le sol du Temple de Salomon, le candidat fait des découvertes qui prolongent la quête de la maîtrise, centrée sur ce qui avait été perdu.
Son emblème est le triple tau. En Irlande, le rituel suit un autre récit, la restauration du premier Temple sous le roi Josias, en usage depuis 1864, et comprend le « Passage des voiles ».
Une pratique qui varie selon les juridictions

En Écosse, le Suprême Grand Chapitre royal de l’Arche d’Écosse gouverne aussi la maçonnerie de la Marque et le grade d’Excellent Maître, préalables à l’exaltation. En Irlande, le candidat doit être maître depuis un an et avoir reçu le grade de Maître de la Marque. En Angleterre, le modèle d’un ordre autonome prévaut aussi dans une grande partie de l’Europe, de l’Australasie et du Commonwealth.
Aux États-Unis, ainsi qu’au Canada, au Brésil ou en Israël, l’Arche royale s’inscrit dans le Rite d’York, dont les chapitres confèrent quatre grades : Maître de la Marque, Passé Maître virtuel, Très Excellent Maître et Maçon de l’Arche royale. Wikipédia distingue d’ailleurs la Sainte Arche royale anglaise de ce Rite de l’Arche royale, issu de la même souche. Dans le Rite écossais ancien et accepté, le thème est porté par les 13e et 14e degrés.
Le débat sur l’« achèvement du troisième grade »
Le compromis de 1813 et la formule des Constitutions anglaises, selon laquelle la maçonnerie ancienne et pure se compose de trois grades « et pas davantage », ont longtemps conduit à présenter l’Arche royale comme l’achèvement du grade de maître plutôt que comme un quatrième grade. L’Angleterre se distinguait ainsi de la plupart des autres juridictions.
En décembre 2003, puis le 10 novembre 2004, les instances anglaises révisent cette position : l’Arche royale devient un grade distinct, présenté comme le prolongement de la maçonnerie bleue. D’autres réformes ont jalonné son histoire, comme l’abandon en 1823 de l’obligation d’avoir été vénérable, ou la suppression en 1835 du « Passage des voiles » en Angleterre.
Pour approfondir
- Freemasons’ Book of the Royal Arch, Bernard E. Jones, Harrap, édition révisée par Harry Carr, 1966
- Harry Carr’s World of Freemasonry, Harry Carr, Lewis Masonic, 1984
- The Genesis of Freemasonry, Douglas Knoop et G. P. Jones, Manchester University Press, 1947
- A Serious and Impartial Enquiry into the Cause of the Present Decay of Free-Masonry in the Kingdom of Ireland, Fifield Dassigny, Dublin, 1744
- History of Royal Arch Masonry, Ray Denslow et Everett C. Turnbull, Kessinger
En résumé
Née en Irlande et en Angleterre au milieu du XVIIIe siècle, la Sainte Arche royale a été au cœur de la querelle entre Anciens et Modernes. Ordre distinct en Angleterre depuis 1817, elle confère un grade unique centré sur la reconstruction du Temple et reste l’un des piliers de la maçonnerie anglo-saxonne.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.
Voir aussi dans le glossaire : Chapitre, Exaltation.

