Ordre du royal secret (Rite maçonnique)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’Ordre du royal secret, appelé aussi Rite de perfection ou Rite du royal secret, est un système de hauts grades élaboré au XVIIIe siècle à partir des grades écossais français. Développé par Étienne Morin, qui l’implante aux Antilles dans les années 1760, puis transmis en Amérique du Nord par Henry Andrew Francken, il compte 25 grades répartis en sept classes, le dernier étant celui de Sublime Prince du Royal Secret. Il constitue la principale composante du Rite écossais ancien et accepté, fondé à Charleston en 1801. Ses origines exactes restent débattues.

Le rite est étroitement lié à Étienne Morin (vers 1717-1771), négociant établi aux Antilles, actif dans la maçonnerie écossaise à Bordeaux, en Martinique et à Saint-Domingue. Morin reçoit à Paris une patente signée d’officiers de la première Grande Loge de France, le nommant « Grand Inspecteur pour toutes les parties du Monde ». L’original n’a jamais été retrouvé : seules des copies plus tardives subsistent, que Morin aurait pu enjoliver pour asseoir sa prééminence sur les loges de hauts grades des îles. Il n’atteint les loges des Antilles britanniques qu’en 1763 et y implante le rite à partir de 1765.

Henry Andrew Francken (vers 1720-1795), d’origine néerlandaise, installé à la Jamaïque en 1757, fait partie des fondateurs du Grand Chapitre des Princes du Royal Secret constitué par Morin à Kingston. En 1767, il se rend à New York et fonde une loge de perfection à Albany, en invoquant les pouvoirs reçus de Morin. Il transmet aussi à Moses Michael Hays le pouvoir de constituer d’autres corps de hauts grades. Ses manuscrits, dont l’un est daté de 1771 et un autre de 1783, exposant les degrés du 4e au 25e, sont les plus anciens rituels connus du rite.

Le rite était organisé en sept classes, des grades symboliques jusqu’au Royal Secret :

  • 1re classe : Apprenti, Compagnon, Maître
  • 2e classe : Maître secret, Maître parfait, Secrétaire intime, Intendant des bâtiments, Prévôt et juge
  • 3e classe : Chevalier élu des Neuf, Chevalier élu des Quinze, Élu illustre chef des douze tribus
  • 4e classe : Grand maître architecte, Chevalier de la Royale Arche, Grand élu ancien maître parfait
  • 5e classe : Chevalier de l’Épée, Prince de Jérusalem, Chevalier d’Orient et d’Occident, Chevalier Rose-Croix, Grand pontife ou Maître ad vitam
  • 6e classe : Grand patriarche, Grand maître de la Clef de la maçonnerie, Prince du Liban chevalier de la Royale Hache
  • 7e classe : Souverain prince adepte du Grand Consistoire, Illustre chevalier commandeur de l’Aigle blanc et noir, Commandeur du Royal Secret ou Prince sublime

L’Ordre du royal secret rassemble et ordonne la floraison des grades écossais apparus en France dans les années 1740-1760 : grades de vengeance (Élus), grades de l’architecture et du Temple, grades chevaleresques et Rose-Croix. Sa logique est celle d’une progression vers la perfection, couronnée par un grade de commandement, le Royal Secret, qui confère autorité sur l’ensemble du système.

Le rite revendique une fondation en 1762, date associée à des Constitutions dites de Bordeaux, dont l’authenticité et la datation sont discutées par les historiens. À Charleston, en Caroline du Sud, John Mitchell et Frederick Dalcho fondent en 1801 un Suprême Conseil qui reprend les 25 grades, les complète et les porte à 33, en s’appuyant sur les Grandes Constitutions de 1786 attribuées à Frédéric II de Prusse. Le Rite de perfection devient ainsi le noyau du Rite écossais ancien et accepté, introduit en France en 1804 par le comte de Grasse-Tilly.

La patente de Morin, sa date et son contenu, le rôle respectif de Morin et de Francken et la date de 1762 restent l’objet de discussions, toujours vives en 2015. La redécouverte progressive des manuscrits Francken, dont quatre exemplaires étaient connus à cette date et ont été réunis au Musée de la franc-maçonnerie à Paris, a renouvelé l’étude. Aucun corps ne pratique aujourd’hui l’Ordre du royal secret comme rite autonome : il survit à travers les degrés du REAA.

  • Histoire du rite écossais ancien et accepté en France, vol. 1, Jacques Simon, Dervy, coll. « Bibliothèque de la Franc-Maçonnerie »
  • Le Rite écossais ancien et accepté, Yves-Max Viton, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2012
  • Rose Croix: A History of the Ancient and Accepted Rite for England and Wales, A. C. F. Jackson, Lewis Masonic
  • L’effet Morin, André Kervella, 2010
  • Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Éric Saunier (dir.), Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 2008

Système de transition entre les grades écossais français du milieu du XVIIIe siècle et le REAA, l’Ordre du royal secret illustre la circulation atlantique de la maçonnerie, de Paris et Bordeaux aux Antilles puis à l’Amérique du Nord. Ses 25 grades, conservés dans les manuscrits Francken, forment la colonne vertébrale du rite écossais moderne, même si ses origines restent entourées d’incertitudes.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.

Voir aussi dans le glossaire : Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, André Kervella (Auteur), Éric Saunier (historien), Yves-Max Viton (Auteur).

Glossaire de la franc-maçonnerie
Ordre du royal secret
Source : Wikimedia Commons – Alison Andrus – Public domain
Glossaire de la franc-maçonnerie

L’Ordre du royal secret, appelé aussi Rite de perfection ou Rite du royal secret, est un système de hauts grades élaboré au XVIIIe siècle à partir des grades écossais français. Développé par Étienne Morin, qui l’implante aux Antilles dans les années 1760, puis transmis en Amérique du Nord par Henry Andrew Francken, il compte 25 grades répartis en sept classes, le dernier étant celui de Sublime Prince du Royal Secret. Il constitue la principale composante du Rite écossais ancien et accepté, fondé à Charleston en 1801. Ses origines exactes restent débattues.

Le rite est étroitement lié à Étienne Morin (vers 1717-1771), négociant établi aux Antilles, actif dans la maçonnerie écossaise à Bordeaux, en Martinique et à Saint-Domingue. Morin reçoit à Paris une patente signée d’officiers de la première Grande Loge de France, le nommant « Grand Inspecteur pour toutes les parties du Monde ». L’original n’a jamais été retrouvé : seules des copies plus tardives subsistent, que Morin aurait pu enjoliver pour asseoir sa prééminence sur les loges de hauts grades des îles. Il n’atteint les loges des Antilles britanniques qu’en 1763 et y implante le rite à partir de 1765.

Henry Andrew Francken (vers 1720-1795), d’origine néerlandaise, installé à la Jamaïque en 1757, fait partie des fondateurs du Grand Chapitre des Princes du Royal Secret constitué par Morin à Kingston. En 1767, il se rend à New York et fonde une loge de perfection à Albany, en invoquant les pouvoirs reçus de Morin. Il transmet aussi à Moses Michael Hays le pouvoir de constituer d’autres corps de hauts grades. Ses manuscrits, dont l’un est daté de 1771 et un autre de 1783, exposant les degrés du 4e au 25e, sont les plus anciens rituels connus du rite.

Le rite était organisé en sept classes, des grades symboliques jusqu’au Royal Secret :

  • 1re classe : Apprenti, Compagnon, Maître
  • 2e classe : Maître secret, Maître parfait, Secrétaire intime, Intendant des bâtiments, Prévôt et juge
  • 3e classe : Chevalier élu des Neuf, Chevalier élu des Quinze, Élu illustre chef des douze tribus
  • 4e classe : Grand maître architecte, Chevalier de la Royale Arche, Grand élu ancien maître parfait
  • 5e classe : Chevalier de l’Épée, Prince de Jérusalem, Chevalier d’Orient et d’Occident, Chevalier Rose-Croix, Grand pontife ou Maître ad vitam
  • 6e classe : Grand patriarche, Grand maître de la Clef de la maçonnerie, Prince du Liban chevalier de la Royale Hache
  • 7e classe : Souverain prince adepte du Grand Consistoire, Illustre chevalier commandeur de l’Aigle blanc et noir, Commandeur du Royal Secret ou Prince sublime

L’Ordre du royal secret rassemble et ordonne la floraison des grades écossais apparus en France dans les années 1740-1760 : grades de vengeance (Élus), grades de l’architecture et du Temple, grades chevaleresques et Rose-Croix. Sa logique est celle d’une progression vers la perfection, couronnée par un grade de commandement, le Royal Secret, qui confère autorité sur l’ensemble du système.

Le rite revendique une fondation en 1762, date associée à des Constitutions dites de Bordeaux, dont l’authenticité et la datation sont discutées par les historiens. À Charleston, en Caroline du Sud, John Mitchell et Frederick Dalcho fondent en 1801 un Suprême Conseil qui reprend les 25 grades, les complète et les porte à 33, en s’appuyant sur les Grandes Constitutions de 1786 attribuées à Frédéric II de Prusse. Le Rite de perfection devient ainsi le noyau du Rite écossais ancien et accepté, introduit en France en 1804 par le comte de Grasse-Tilly.

La patente de Morin, sa date et son contenu, le rôle respectif de Morin et de Francken et la date de 1762 restent l’objet de discussions, toujours vives en 2015. La redécouverte progressive des manuscrits Francken, dont quatre exemplaires étaient connus à cette date et ont été réunis au Musée de la franc-maçonnerie à Paris, a renouvelé l’étude. Aucun corps ne pratique aujourd’hui l’Ordre du royal secret comme rite autonome : il survit à travers les degrés du REAA.

  • Histoire du rite écossais ancien et accepté en France, vol. 1, Jacques Simon, Dervy, coll. « Bibliothèque de la Franc-Maçonnerie »
  • Le Rite écossais ancien et accepté, Yves-Max Viton, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2012
  • Rose Croix: A History of the Ancient and Accepted Rite for England and Wales, A. C. F. Jackson, Lewis Masonic
  • L’effet Morin, André Kervella, 2010
  • Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Éric Saunier (dir.), Le Livre de Poche, coll. « La Pochothèque », 2008

Système de transition entre les grades écossais français du milieu du XVIIIe siècle et le REAA, l’Ordre du royal secret illustre la circulation atlantique de la maçonnerie, de Paris et Bordeaux aux Antilles puis à l’Amérique du Nord. Ses 25 grades, conservés dans les manuscrits Francken, forment la colonne vertébrale du rite écossais moderne, même si ses origines restent entourées d’incertitudes.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à ce rite.

Voir aussi dans le glossaire : Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, André Kervella (Auteur), Éric Saunier (historien), Yves-Max Viton (Auteur).

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