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Dorothée Chellier, née à Alger en 1860 et morte à Nice en 1935, est une médecin française, considérée comme la première femme médecin de l’Algérie française. Docteure en médecine en 1894, elle mène entre 1895 et 1899 plusieurs missions officielles auprès des femmes des Aurès, de Kabylie et d’Oranie. Elle compte parmi les toutes premières femmes initiées à l’Ordre maçonnique mixte international Le Droit humain, avant de s’affilier en 1911 à la loge Eugène Piron, à Nice.
Une pionnière des études médicales

Née en Algérie de parents français, Dorothée Chellier figure parmi les premières femmes à étudier la médecine en France. Elle commence comme officier de santé, titre supprimé en 1892, puis devient interne provisoire et aide d’anatomie. Élève du professeur André Chantemesse, elle soutient sa thèse à Paris et obtient son doctorat en 1894, à trente-quatre ans, ce qui la place parmi les toutes premières femmes docteurs en médecine après Madeleine Brès.
Arabophone, elle a déjà ouvert à Alger un dispensaire gratuit pour les femmes et les enfants. En avril 1895, elle examine Louis Pasteur à l’Institut Pasteur, peu avant le départ de sa première mission.
Les missions auprès des femmes d’Algérie
Elle obtient du gouverneur général Jules Cambon l’autorisation de visiter les femmes indigènes, et ces tournées deviennent des missions officielles. La première la conduit dans les Aurès du 4 mai au 16 juin 1895 : elle y reçoit une quarantaine de patientes par jour, observe les matrones et leurs pratiques d’accouchement, prend des mesures anthropométriques et des photographies.
Suivent la Kabylie puis à nouveau l’Aurès en 1896, alors qu’elle souffre du paludisme, la Kabylie, l’Oranie et Tanger en 1897, et de nouveau la Kabylie en 1899. Chaque voyage donne lieu à des rapports ou à des publications, la dernière datant de 1907.
Des projets restés lettre morte
Elle rend compte de ses observations à son maître Chantemesse et au gouverneur général. Jules Cambon est cependant remplacé par M. Lépine, puis par M. Laferrière. Elle propose d’installer quatre sages-femmes françaises en des points stratégiques pour suivre les femmes enceintes ; elles sont finalement affectées dans des hôpitaux des Sœurs blanches que les femmes indigènes ne fréquentent pas. En 1899, elle adresse au gouverneur Laferrière le projet d’un dispensaire-hôpital doté d’une école de maternité, avec site, budget et plan d’architecte : il est rejeté, tandis qu’un médecin, le docteur Rouvier, critique publiquement ses ambitions.
Son journal de mission a été publié en 2015 par l’historienne Claire Fredj historienne à l’université Paris-Nanterre, sous le titre Femme médecin en Algérie. Journal de Dorothée Chellier (1895-1899) (Belin), avec une préface d’Anne-Marie Moulin. Ce journal, qui relate ses quatre voyages, est annoté de manière à replacer son action dans l’histoire de la médecine coloniale, et a fait l’objet d’une émission de France Culture.
Parmi les premières sœurs du Droit humain
Dorothée Chellier est initiée dans l’Ordre maçonnique mixte international Le Droit humain, fondé en 1893 autour de Maria Deraismes : en juillet 1894 selon la revue Médecine/Sciences, en 1895 selon l’article Wikipédia, en tout cas juste avant son départ pour l’Algérie. Elle compte ainsi parmi les toutes premières femmes initiées dans cet ordre. La recension de Médecine/Sciences suggère que l’appui de Jules Cambon, lui-même franc-maçon, a pu faciliter ses missions.
Installée à Nice après son retour, elle s’affilie en 1911 à la loge Eugène Piron. Elle y est reçue par la sœur Blanche Mesnage, présidente de la loge, qui salue dans son discours d’accueil l’action humanitaire menée lors de ses missions.
Une figure fondatrice de la maçonnerie mixte
Médecin pionnière, voyageuse et observatrice attentive des femmes d’Algérie, Dorothée Chellier appartient à la première génération du Droit humain. Son parcours montre comment la maçonnerie mixte naissante a accueilli des femmes engagées dans la conquête des professions savantes, faisant de la loge un lieu de reconnaissance de leur action.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à Dorothée Chellier.
Voir aussi dans le glossaire : Initiation.

