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Filippo Buonarroti, dit Philippe Buonarroti, naît à Pise le 11 novembre 1761 et meurt à Paris le 16 septembre 1837. Descendant de la famille de Michel-Ange, naturalisé français sous la Révolution, ami de Robespierre puis compagnon de Babeuf, il est le principal théoricien de la Conjuration des Égaux. Franc-maçon, fondateur de loges à Genève et à Bruxelles, il bâtit pendant quarante ans un réseau de sociétés secrètes révolutionnaires calqué sur le modèle maçonnique.
Un patricien toscan gagné à la Révolution

Issu d’une famille patricienne de Toscane, Buonarroti devient avocat en 1782 après avoir suivi l’enseignement de professeurs lecteurs de Rousseau, Mably et Morelly. Dès 1789, il gagne la France puis la Corse, où il publie le Giornale Patriottico di Corsica et administre les biens nationalisés du clergé. Expulsé par les paolistes, il se rapproche des Bonaparte, obtient la citoyenneté française en 1793 et devient, en 1794, agent national dans les territoires conquis sur le Piémont, à Oneille.
Le théoricien de la Conjuration des Égaux
Arrêté en 1795 comme robespierriste, il rencontre Gracchus Babeuf à la prison du Plessis. Libéré, il préside un temps le club du Panthéon, puis entre au directoire secret de la Conjuration des Égaux, dont il est le principal théoricien. Condamné à la déportation par la Haute Cour de Vendôme, il est détenu à Cherbourg, à Oléron, puis à Sospel jusqu’en 1806.
Installé à Genève grâce à Fouché, il est mêlé à la conspiration du général Malet en 1812, expulsé, puis s’établit à Bruxelles en 1823. En 1828, il y publie Conspiration pour l’Égalité dite de Babeuf, qui transmet l’héritage babouviste à la génération de Blanqui, Raspail et Louis Blanc. Il meurt à Paris, aveugle et pauvre, en 1837.
Des loges aux sociétés secrètes

Buonarroti aurait rejoint une loge dès 1786. À Genève, il est membre de la loge Les Amis sincères et participe en 1808 à la fondation de la loge Les Sublimes Maîtres Parfaits, réservée à des maçons déjà reçus, au sein de laquelle il réunit un cercle intérieur de révolutionnaires. À Sospel, il est en contact avec Pierre-Joseph Briot, membre des Bons Cousins charbonniers, dont le rituel contribue à la naissance de la carbonaria italienne.
Selon l’historien Arthur Lehning, il construit un réseau clandestin international sur le modèle maçonnique, où les grades supérieurs demeurent inconnus des inférieurs. Après 1830, il fonde plusieurs loges, notamment à Bruxelles, milite activement dans la Charbonnerie et intervient à la Société des droits de l’homme.
Principales œuvres
- Giornale Patriottico di Corsica, 1790-1791
- Histoire des sociétés secrètes de l’armée, 1815
- Conspiration pour l’Égalité dite de Babeuf, 1828
- Observations sur Maximilien Robespierre
- La Conjuration de Corse, posthume, 1997
La franc-maçonnerie comme matrice conspirative
Buonarroti occupe une place à part dans l’histoire maçonnique : il ne fut pas un dignitaire d’obédience, mais l’homme qui fit de la structure initiatique et graduée des loges l’outil d’une action révolutionnaire clandestine. Son influence sur la Charbonnerie, les sociétés républicaines des années 1830 et jusqu’à Bakounine en fait un acteur majeur de la rencontre, au XIXe siècle, entre sociétés secrètes, franc-maçonnerie et mouvement révolutionnaire.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à Philippe Buonarroti.
Voir aussi dans le glossaire : Revue internationale des sociétés secrètes (antimaçonnisme), Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Loge Bleue ou Loge Symbolique..

