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Slaheddine Baccouche, né le 14 août 1883 à Tunis et mort dans la même ville le 24 décembre 1959, est un homme politique tunisien de l’époque du protectorat français. Issu d’une famille de l’élite beylicale, caïd à Sousse et à Bizerte, il est grand vizir de Tunis à deux reprises, de 1943 à 1947 puis de 1952 à 1954, sous Lamine Bey. L’historien Khalifa Chater, qui a dépouillé des archives maçonniques parisiennes, le signale comme membre de la loge Veritas, parmi les rares notables tunisiens présents dans les loges du protectorat.
Une famille de l’élite beylicale

Slaheddine Baccouche est le fils du général Mohamed Baccouche, originaire du cap Bon, ministre et conseiller beylical, et de Mamiya Ben Ayed, issue d’une famille de l’aristocratie caïdale. Il épouse lui-même Amina Ben Ayed. L’écrivain Hachemi Baccouche est son neveu.
Comme d’autres héritiers des familles du makhzen, il fait carrière dans l’administration territoriale beylicale et occupe plusieurs postes de caïd, notamment à Sousse et à Bizerte.
Un premier grand vizirat après la déposition de Moncef Bey
Le 15 mai 1943, après la libération de la Tunisie et la déposition de Moncef Bey, exilé à Laghouat, le résident général Alphonse Juin le désigne comme grand vizir du nouveau souverain, Lamine Bey. Son gouvernement marque le retour à l’administration du protectorat telle qu’elle fonctionnait avant la guerre.
Sous ce premier cabinet, Mohamed Salah Mzali devient le premier titulaire d’un ministère des Affaires sociales, et un ministre tunisien exerce pour la première fois ses fonctions sans le visa de l’agent de contrôle français. Jugé sans envergure par Mzali lui-même, Baccouche est remplacé le 19 juillet 1947 par Mustapha Kaak.
Le second gouvernement, 1952-1954
En mars 1952, le résident général Jean de Hauteclocque fait arrêter et interner à Kébili les membres du gouvernement Chenik. Privé de soutien, Lamine Bey signe le décret nommant de nouveau Baccouche grand vizir, le 26 ou le 28 mars selon les sources ; le cabinet n’est formé qu’après des semaines de tractations, plusieurs personnalités sollicitées ayant refusé d’y entrer.
Ce gouvernement, auquel le bey ne reconnaît que des attributions administratives, traverse une période d’embrasement : manifestations, attentats, assassinat du syndicaliste Farhat Hached en décembre 1952 par la Main rouge, projet de réformes rejeté par le bey en septembre 1952, élections municipales boycottées par le Néo-Destour. Après le rappel de Hauteclocque, Lamine Bey lui demande de céder la place, et Mohamed Salah Mzali lui succède le 2 mars 1954 ; la date de 1953 parfois avancée pour la fin de ce mandat est erronée.
Un notable face au mouvement national
Slaheddine Baccouche est souvent compté, avec Mustapha Kaak, Abdelkader Belkhodja et Hédi Raïs, parmi les notables tunisiens opposés au mouvement national. Après l’indépendance, des lois sur les biens mal acquis et sur l’indignité nationale visent les membres des ministères Baccouche et Mzali, poursuivis devant la Haute Cour en 1959 ; les sources consultées ne détaillent pas le sort personnel de Baccouche, mort en décembre de la même année.
Un membre de la loge Veritas
Longtemps décrite comme peu documentée, son appartenance maçonnique est mentionnée par l’historien tunisien Khalifa Chater dans une étude sur la franc-maçonnerie en Tunisie de 1930 à 1956, fondée sur des archives du Grand Orient de France et de la Grande Loge : « Autre membre des familles caïdales makhzen, Salah Eddine Baccouche faisait partie de la loge Veritas. »
L’auteur ne précise ni la date de son initiation, ni ses fonctions, ni l’obédience exacte de l’atelier, dont il mentionne un état sous le titre « Volonté et Veritas réunis ». Il souligne que les loges du protectorat, recrutées surtout parmi les fonctionnaires et colons français, comptaient très peu de Tunisiens, souvent issus des familles du makhzen, et que ces derniers se tenaient à distance du Néo-Destour.
Un cas révélateur de la maçonnerie coloniale
Le parcours de Slaheddine Baccouche éclaire la place ambiguë de la franc-maçonnerie française dans la Tunisie du protectorat : implantée dans les milieux administratifs, elle accueillait quelques notables tunisiens liés au pouvoir beylical, plus proches de l’ordre colonial que du mouvement national, alors que, selon Khalifa Chater, les dirigeants du Destour et du Néo-Destour n’apparaissent pas dans les archives maçonniques. Son cas reste à approfondir à partir des fonds d’obédiences.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia consacré à Slaheddine Baccouche.
Voir aussi dans le glossaire : Loge Bleue ou Loge Symbolique., Obédience.

