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Né à Uzès (Gard) le 20 décembre 1926 et mort à Brignoles (Var) le 28 mai 2014, Maurice Agulhon est l’un des grands historiens français de la France contemporaine, professeur à la Sorbonne puis au Collège de France. Inventeur, pour les historiens, de la notion de « sociabilité », il a montré comment confréries, cercles et loges ont façonné la vie collective du Midi. Son livre Pénitents et francs-maçons de l’ancienne Provence (1968) reste une référence majeure pour l’histoire sociale de la franc-maçonnerie.
De Uzès à la rue d’Ulm

Maurice Agulhon passe son enfance dans le Gard, à Pujaut, puis fait ses études secondaires au lycée Frédéric-Mistral d’Avignon. Après les classes préparatoires au lycée du Parc à Lyon (1943-1946), il entre à l’École normale supérieure en 1946 et obtient l’agrégation en 1950. Il enseigne brièvement à Toulon, puis au lycée Thiers de Marseille (1952-1954), avant d’être détaché au CNRS de 1954 à 1957.
Comme nombre de normaliens de sa génération, il adhère au Parti communiste par la cellule de l’École, avant d’évoluer vers la social-démocratie. Cet engagement nourrit son intérêt durable pour la politisation des milieux populaires.
Une carrière universitaire au sommet
Assistant puis enseignant à la faculté des lettres d’Aix (1957-1969), il soutient en 1969 à la Sorbonne, sous la direction d’Ernest Labrousse, une thèse consacrée au Var : Un mouvement populaire au temps de 1848. Histoire des populations du Var dans la première moitié du XIXe siècle. Il enseigne ensuite à l’université de Provence (1969-1972), à Paris I Panthéon-Sorbonne (1972-1986), puis au Collège de France de 1986 à 1997.
Chevalier (1989) puis officier (1998) de la Légion d’honneur, officier des Arts et des Lettres et des Palmes académiques, il est également membre de l’Academia Europaea (1993).
Pénitents et francs-maçons : la sociabilité méridionale
Publié chez Fayard en 1968, Pénitents et francs-maçons de l’ancienne Provence est issu d’une thèse complémentaire de 1966, d’abord intitulée La Sociabilité méridionale. Agulhon y rapproche deux formes d’association que tout semble opposer : les confréries de pénitents, héritées de la Réforme catholique, et les loges maçonniques du XVIIIe siècle.
Sa thèse est que l’une et l’autre expriment un même goût provençal pour la vie associative, et que la loge, en offrant un cadre égalitaire et électif, a pu prendre le relais de la confrérie dans les élites urbaines. Le livre a introduit la franc-maçonnerie dans le champ de l’histoire sociale universitaire, loin de l’apologie comme du complotisme.
Du cercle bourgeois à Marianne

Agulhon prolonge cette réflexion avec Le Cercle dans la France bourgeoise (1977), qui étudie les cercles et associations du XIXe siècle comme lieux d’apprentissage de la politique. Avec La République au village (1970), il décrit la diffusion des idées démocratiques dans les campagnes varoises.
Son autre grand chantier porte sur la symbolique républicaine : la trilogie Marianne au combat, Marianne au pouvoir et Les Métamorphoses de Marianne retrace l’histoire de l’allégorie de la République, un terrain où allégories, emblèmes et rituels civiques intéressent directement les lecteurs familiers du symbolisme maçonnique.
Principaux ouvrages
- Pénitents et francs-maçons de l’ancienne Provence, Fayard, 1968
- La République au village, Plon, 1970
- Une ville ouvrière au temps du socialisme utopique, Mouton, 1970
- La Vie sociale en Provence intérieure, Clavreuil, 1971
- 1848 ou l’apprentissage de la République, Seuil, 1973
- Le Cercle dans la France bourgeoise, Armand Colin, 1977
- Marianne au combat (1789-1880), Flammarion, 1979
- Marianne au pouvoir (1880-1914), Flammarion, 1989
- Coup d’État et République, Presses de Sciences Po, 1997
- De Gaulle. Histoire, symbole, mythe, Hachette, 2000
- Les Métamorphoses de Marianne, Flammarion, 2001
- Histoire et politique à gauche, Perrin, 2005
Un historien qui a fait entrer la loge à l’université
Maurice Agulhon n’était pas un historien de la franc-maçonnerie au sens strict, mais il lui a donné ce qui lui manquait souvent : une place légitime dans l’histoire sociale. En pensant la loge comme une forme parmi d’autres de la sociabilité, aux côtés des confréries, des cercles et des chambrées, il a ouvert la voie aux travaux universitaires qui, depuis les années 1970, étudient les ateliers comme des lieux de formation des élites et de la culture démocratique. Pénitents et francs-maçons de l’ancienne Provence demeure une lecture indispensable pour qui s’intéresse aux loges méridionales du siècle des Lumières.
À lire sur 450.fm : La mystérieuse Marianne noire convoquée par la Grande Loge Féminine de France , Connaissez-vous réellement le sens des 3 Points ∴ ?, « La Franc-Maçonnerie à Toulon, des origines à nos jours ».
Voir aussi dans le glossaire : Loge, Lumières (trois), Atelier.

