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Né le 26 septembre 1886 à Saint-Aignan-Grandlieu (Loire-Inférieure) et mort le 16 janvier 1960 à Clairac (Lot-et-Garonne), Gaston Martin fut professeur d’histoire à l’université de Bordeaux, député radical-socialiste et franc-maçon du Grand Orient de France. Spécialiste de Nantes, de la traite négrière et de la Révolution, il a signé La Franc-maçonnerie française et la préparation de la Révolution (1925) et un Manuel d’histoire de la franc-maçonnerie française qui fit longtemps autorité. Il fut révoqué et interné sous Vichy.
De l’école normale à l’université

Gaston Martin débute comme instituteur, devient professeur d’école normale puis inspecteur de l’enseignement primaire. Mobilisé dans l’infanterie pendant la Grande Guerre, il est blessé trois fois et décoré de la croix de guerre.
Agrégé et docteur ès lettres, il enseigne l’histoire et la géographie au lycée de Toulouse avant de devenir professeur d’histoire moderne et contemporaine à la faculté des lettres de Bordeaux. Sa thèse, Carrier et sa mission à Nantes (1924), inaugure une œuvre largement consacrée à l’histoire nantaise et révolutionnaire.
L’historien de la traite et de la Révolution
Gaston Martin est l’un des pionniers de l’histoire de la traite atlantique en France. L’Ère des négriers (1714-1774) (1931), Négriers et bois d’ébène (1934) puis l’Histoire de l’esclavage dans les colonies françaises (1948) éclairent le rôle de Nantes dans le commerce des esclaves. En 1932, l’Académie française lui décerne le prix Thérouanne pour ses travaux sur Nantes au XVIIIe siècle.
Il publie aussi sur Marat, les Jacobins, la Révolution de 1848 et Jacques Cartier, ainsi qu’une Doctrine coloniale de la France en 1789 (1935). Membre du Parti radical, il est élu député de Lot-et-Garonne en 1932 dans la circonscription d’Agen ; il siège notamment à la commission d’enquête sur l’affaire Stavisky, avant d’être battu en 1936.
Les loges à la veille de 1789
Membre du Grand Orient de France, Gaston Martin appartient successivement aux loges L’Encyclopédique à Toulouse, La Vraie Fraternité à Agen et Espérance et Fraternité à Clairac, dont il est vénérable en 1947-1948 ; avant la guerre, il exerce aussi des responsabilités au sein de l’obédience. Son livre La Franc-maçonnerie française et la préparation de la Révolution (1925, rééd. PUF 1926) soutient que les loges ont été un laboratoire des idées et des pratiques démocratiques qui allaient triompher en 1789.
Son Manuel d’histoire de la franc-maçonnerie française (PUF, 1929, plusieurs fois réédité) offre l’une des premières synthèses universitaires sur le sujet, tandis que son Essai d’une interprétation symbolique des grades intermédiaires (1932) montre son intérêt pour le symbolisme des hauts grades. Ses thèses sur le rôle révolutionnaire des loges ont été nuancées par l’historiographie ultérieure, mais elles ont durablement structuré le débat.
Révoqué et interné sous Vichy
Les responsabilités maçonniques de Gaston Martin le désignent aux persécutions du régime de Vichy. Révoqué de l’enseignement, il est placé en internement administratif à partir de 1943 au camp d’Évaux-les-Bains, dans la Creuse. Après la Libération, il reprend ses travaux et ses activités maçonniques à Clairac, où il meurt en 1960.
Principaux ouvrages
- Carrier et sa mission à Nantes, PUF, 1924
- La Franc-maçonnerie et la préparation de la Révolution de 1789 en France et spécialement en Bretagne, Charles Falandry, 1925 ; PUF, 1926
- Manuel d’histoire de la franc-maçonnerie française, PUF, 1929 (rééd. 1932, 1934)
- L’Ère des négriers (1714-1774), Alcan, 1931 ; Karthala, 1993
- Essai d’une interprétation symbolique des grades intermédiaires, Charles Falandry, 1932
- Négriers et bois d’ébène, Arthaud, 1934
- La Doctrine coloniale de la France en 1789, Sirey, 1935
- J.-P. Marat : l’œil et l’ami du peuple, Rieder, 1938
- Les Jacobins, PUF, 1945
- Histoire de l’esclavage dans les colonies françaises, PUF, 1948
- La Révolution de 1848, PUF, 1948
Un historien engagé de la maçonnerie républicaine
Gaston Martin incarne la figure du maçon républicain de la IIIe République : universitaire, élu radical, défenseur de la laïcité et victime des lois antimaçonniques de Vichy. Ses ouvrages ont fait entrer l’histoire de la franc-maçonnerie à l’université et posé, avec une franche sympathie pour l’Ordre, la question toujours débattue de ses liens avec la Révolution. Ses travaux sur la traite négrière, pionniers, rappellent en outre que l’historien maçon savait regarder en face les zones d’ombre du siècle des Lumières.
À lire sur 450.fm : La Révolution française est-elle un complot franc-maçon ? …ou les théories du complot maçonnique.
Voir aussi dans le glossaire : Bicentenaire de la Révolution française (antimaçonnisme), Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Haine de la laïcité (antimaçonnisme).

