Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
Vous avez un code promo ?

Né à Arras le 31 janvier 1869 et mort à Paris le 20 avril 1949, Albert Lantoine est un poète, romancier et historien français de la franc-maçonnerie. Proche des milieux symbolistes, ami de Verlaine, il devient l’un des grands érudits de l’entre-deux-guerres et le bibliothécaire de la Grande Loge de France. Son Histoire de la franc-maçonnerie française et sa Lettre au Souverain Pontife (1937) en font une figure majeure de la maçonnologie de son temps.
Un poète de la Belle Époque

Albert Lantoine publie ses premiers vers à dix-huit ans dans L’Écho des Rosati, à Arras. Monté à Paris, il fréquente les cercles littéraires de la fin du siècle et rencontre Paul Verlaine, auquel il consacrera plus tard Paul Verlaine et quelques-uns (1920). Il donne des recueils et des récits, de Pierre d’Iris (Lemerre, 1889) à Elisçuah (1896) et La Caserne (1899).
En 1895, il épouse Blanche Côté, aquarelliste ; après la disparition de celle-ci en 1915, il se remarie avec Marguerite Dessubré, libraire du « Bibliomane ».
Du Droit humain à la Grande Loge de France
Lantoine est initié au Droit humain, dans la loge n° 1, le même jour que son épouse. Il rejoint ensuite la Grande Loge symbolique écossaise, où il préside en 1903 la loge La Jérusalem écossaise, et participe en 1913 à la fondation de la Grande Loge mixte symbolique.
Son nom reste surtout attaché à la Grande Loge de France, dont il est le bibliothécaire jusqu’en 1939. Il y fonde et dirige la loge Le Portique et s’élève dans le Rite écossais ancien et accepté jusqu’au 33e degré.
L’historien de la maçonnerie française
À partir de 1925, Lantoine publie chez Émile Nourry une Histoire de la franc-maçonnerie française en plusieurs volumes, La Franc-Maçonnerie chez elle, La Franc-Maçonnerie dans l’État et Le Rite écossais ancien et accepté. Sans appareil universitaire, mais nourrie par sa connaissance des archives, l’œuvre est l’une des premières grandes synthèses françaises sur le sujet.
Il s’attaque aussi aux légendes : il tient la fameuse charte de Larmenius, censée relier les hauts grades aux Templiers, pour un document de circonstance. Il consacre un essai à John Toland, « précurseur de la franc-maçonnerie » (1927), et un recueil de méditations symboliques, Hiram couronné d’épines (1926).
La Lettre au pape et les années sombres

En 1937 paraît aux Éditions du Symbolisme, avec une préface d’Oswald Wirth, sa Lettre au Souverain Pontife, adressée au pape Pie XI et plaidant pour un apaisement entre l’Église et la franc-maçonnerie. Suivent Les Lézardes du Temple (1939) et Les Sociétés secrètes actuelles en Europe et en Amérique (PUF, 1940).
Sous l’Occupation, la Gestapo saisit sa bibliothèque et ses manuscrits. Après la Libération, ulcéré par les questions qu’on lui pose sur son attitude pendant la guerre, il cesse toute activité maçonnique. Finis Latomorum paraît à titre posthume en 1950.
Principaux ouvrages
- Pierre d’Iris, Lemerre, 1889
- Paul Verlaine et quelques-uns, Le Livre mensuel, 1920
- Histoire de la franc-maçonnerie française, plusieurs volumes, Émile Nourry, à partir de 1925
- Hiram couronné d’épines, Émile Nourry, 1926
- Un précurseur de la franc-maçonnerie : John Toland (1670-1722), Émile Nourry, 1927
- Lettre au Souverain Pontife, Éditions du Symbolisme, 1937
- Les Lézardes du Temple, Éditions du Symbolisme, 1939
- Les Sociétés secrètes actuelles en Europe et en Amérique, PUF, 1940
- Finis Latomorum, Éditions de l’Hermite, 1950 (posthume)
Le lettré de la maçonnerie écossaise
Albert Lantoine incarne une figure de maçon lettré, venu de la poésie à l’histoire, qui a su donner à la Grande Loge de France une mémoire écrite et une bibliothèque. Ses synthèses historiques ont été dépassées par la recherche universitaire, mais elles ont ouvert la voie et restent appréciées pour leur style et leur esprit critique à l’égard des légendes. Sa Lettre au Souverain Pontife demeure un document marquant des relations entre la maçonnerie et l’Église dans l’entre-deux-guerres.
À lire sur 450.fm : Pourquoi des écrivains et des chroniqueurs Francs-maçons écrivent-ils sous pseudo ?, Rencontre au miroir du temps avec Oswald Wirth, Quand le maillet s’éternise, la transmission s’inquiète.
Voir aussi dans le glossaire : Templiers (antimaçonnisme), Hiram.

