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Jean Bossu, né le 16 mars 1911 à Reims et mort le 23 septembre 1985 à Épinal, est un journaliste de tendance libertaire et un historien français. Son nom reste attaché à une œuvre unique : le « fichier Bossu », vaste répertoire nominatif des francs-maçons français constitué tout au long de sa vie. Légué à la Bibliothèque nationale de France et aujourd’hui numérisé, il demeure un outil irremplaçable pour les historiens et les généalogistes.
Une jeunesse entre Reims, les Vosges et Chambéry
Jean Louis Irbain Bossu est le fils de Louis Bossu (1857-1929), procureur de la République, et de Marie Way (1878-1954), compositrice de musique pour piano et violon. Issue d’une famille de la bourgeoisie vosgienne implantée à Jainvillotte depuis le XVIIe siècle, il fait ses études secondaires à Chambéry, où il a pour professeur Daniel-Rops, puis suit une année de droit à Dijon.
Un journaliste libertaire et anticlérical
Dès l’âge de dix-huit ans, Jean Bossu s’engage dans le journalisme et la pensée libertaire. Il collabore à L’Idée libre, la revue fondée par André Lorulot, dont il devient le rédacteur littéraire, ainsi qu’à L’Est illustré à Nancy. Il signe vers 1930 une brochure sur Michel Bakounine et participe à l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure, notamment pour les articles « Sabbat » et « Sorcellerie ».
Mobilisé dans l’armée de l’Air pendant la Seconde Guerre mondiale, il y fonde la revue Rase-mottes. En 1946, il collabore à L’Homme et la vie de Manuel Devaldès, puis devient après la Libération journaliste à La Liberté de l’Est à Épinal, où il signe des milliers de reportages régionaux. Il réanime la Société d’histoire de la Révolution de 1848 et participe au Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (le Maitron).

Le « fichier Bossu », une œuvre de toute une vie
Patiemment, de fiche en fiche, Jean Bossu recense les francs-maçons français à partir des tableaux de loges, des archives et des imprimés. Le résultat est le plus grand fichier nominatif de francs-maçons jamais constitué en France : environ 130 000 fiches selon la Bibliothèque nationale de France, qui le juge « réputé exhaustif, en l’état des sources existantes, jusqu’en 1850 ».
À sa mort, il lègue ce fichier à la BnF, où il est entré en 1987 au département des Manuscrits, dans le fonds maçonnique. Numérisé et consultable sur Gallica depuis 2014, il permet de valider l’appartenance maçonnique de nombreuses personnalités des XVIIIe et XIXe siècles. Pierre Mollier a salué sa mise en ligne comme « une révolution dans la recherche maçonnique ».
Un franc-maçon de la Grande Loge nationale française
Fils et petit-fils de francs-maçons, Jean Bossu est initié en 1961 au sein de la loge « Europe unie » de la Grande Loge nationale française. Il figure parmi les fondateurs de la loge Jean Baylot n° 190. Historien régional autant que maçonnique, il a notamment estimé que sept ou huit loges fonctionnaient dans les Vosges vers 1765-1770.
Œuvres et postérité
Outre ses travaux maçonniques, Jean Bossu est l’auteur d’une Chronique des rues d’Épinal en trois volumes, d’ouvrages sur l’Église et la sorcellerie ou sur les Borgia, et de notices biographiques consacrées à Élisée Reclus, Jean Allemane, Garibaldi ou Bakounine. Il est fait chevalier de l’ordre national du Mérite en 1983.
Célibataire et sans enfant, il est inhumé à Jainvillotte, dans la chapelle Notre-Dame de la Compassion, qu’il lègue à la commune avec sa maison seigneuriale. Ses archives personnelles sont conservées aux Archives départementales des Vosges (cote 42 J).
Voir aussi dans le glossaire : Archives fantasmées (antimaçonnisme), Vichy et héritages antijudéo-maçonniques (antimaçonnisme), Pierre-Yves Beaurepaire (historien).

