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Pierre Hillard, né le 21 janvier 1966, est un essayiste français associé aux milieux conspirationnistes, catholiques sédévacantistes et d’extrême droite. Ancien enseignant en relations internationales à l’École supérieure du commerce extérieur de Paris, il s’est spécialisé dans la critique du mondialisme, de l’européisme et de la gouvernance mondiale, qu’il interprète comme les signes d’un processus technocratique de décomposition des nations et d’unification du monde par grands blocs continentaux.

Un parcours révélateur
Son parcours éclaire une forme contemporaine d’antimaçonnisme où la loge n’est plus seulement accusée de combattre l’Église, la monarchie ou la République chrétienne. Elle devient l’un des rouages supposés d’une architecture mondiale, aux côtés de l’Union européenne, des institutions supranationales, des oligarchies, de l’État profond, du sionisme, du protestantisme, du libéralisme, de la synarchie, du martinisme, de la Rose-Croix et des autres courants qu’il agrège dans une vaste généalogie du renversement de l’ordre catholique traditionnel. La notice publique qui lui est consacrée souligne notamment son adhésion en 1998 à l’Alliance pour la souveraineté de la France, sa thèse soutenue en 2005 sur la politique allemande dans la construction européenne, ainsi que ses interventions dans divers médias ou cercles souverainistes, identitaires et catholiques traditionalistes.
L’intérêt de Pierre Hillard pour cet abécédaire tient donc à sa place dans la géopolitique du soupçon. Le vocabulaire n’est plus celui, plus ancien, de la seule démonologie antimaçonnique. Il est celui des blocs continentaux, du Nouvel ordre mondial, de la gouvernance mondiale, de la construction européenne, de la fragmentation des nations, des minorités, de l’immigration, du régionalisme et des oligarchies. Mais sous cette apparence géopolitique, le mécanisme demeure celui de la vieille fabrique antimaçonnique. Il faut un centre caché. Il faut une intention longue. Il faut une coalition d’acteurs visibles et invisibles. Il faut un fil secret reliant les crises du monde moderne.
La page de synthèse consultée rappelle que Pierre Hillard invoque notamment le « plan Kalergi », théorie du complot selon laquelle une union atlantique relierait l’Europe et l’Amérique, et qu’il développe des lectures conspirationnistes de la gouvernance mondiale, avec l’idée de factions oligarchiques de l’État profond agissant au sein des pays. Elle signale aussi que ses analyses ont été classées dans le registre du conspirationnisme et de l’antisémitisme, notamment par les sources qui y sont citées.
La gravité de l’entrée
C’est ici que l’entrée prend toute sa gravité. Chez Pierre Hillard, la franc-maçonnerie apparaît moins comme un sujet isolé que comme un élément d’un vaste système d’explication. Elle s’insère dans une chaîne où se retrouvent mondialisme, judaïsme talmudique, libéralisme, Révolution française, protestantisme, synarchie, Rose-Croix, martinisme, déchristianisation et effondrement supposé de l’Occident chrétien. Le soupçon ne procède pas par étude séparée des traditions. Il procède par agrégation. Il rassemble tout ce qui semble échapper à l’ordre catholique, national et hiérarchique rêvé, puis le relie à une même dynamique de subversion.
Une production éditoriale
La production éditoriale de Pierre Hillard confirme cette orientation.
Ses titres portent notamment sur les minorités et régionalismes dans l’Europe fédérale, la décomposition des nations européennes, la marche du Nouvel ordre mondial, la fondation Bertelsmann et la gouvernance mondiale, les chroniques du mondialisme, l’atlas du mondialisme ou encore les archives du mondialisme. Cette bibliographie dessine un axe constant, celui d’une lecture du monde moderne comme progression organisée vers une unification politique et technocratique des peuples. Pour une lecture maçonnique, le danger n’est pas de critiquer la mondialisation.
Cette critique peut être légitime lorsqu’elle porte sur des faits, des mécanismes économiques, des institutions, des rapports de force, des pertes de souveraineté démocratique ou des inégalités. Le danger commence lorsque cette critique devient mythologie du plan caché. La géopolitique cesse alors d’être analyse. Elle devient théologie noire de l’histoire. Le monde n’est plus travaillé par des contradictions politiques, économiques, sociales et culturelles. Il serait conduit par une volonté secrète.
Pierre Hillard est donc utile à cet abécédaire parce qu’il illustre une mutation de l’antimaçonnisme. Le vieux motif de la loge subversive se modernise en cartographie du mondialisme. La franc-maçonnerie n’est plus seulement accusée d’avoir préparé 1789 ou la laïcité. Elle est intégrée à une vision globale où chaque étape de la modernité, droits de l’homme, émancipation juive, construction européenne, régionalisme, immigration, gouvernance mondiale, technocratie, devient le signe d’une décomposition programmée.
La réponse maçonnique
La réponse maçonnique doit être ferme et méthodique. Ferme, parce que l’amalgame entre franc-maçonnerie, judaïsme, mondialisme, synarchie et déchristianisation appartient à une langue dangereuse, qui prolonge des traditions anciennes de l’antijudéo-maçonnisme. Méthodique, parce qu’il ne suffit pas d’opposer une indignation à une architecture du soupçon. Il faut reprendre les liens un à un, demander les preuves, distinguer les faits des interprétations, les appartenances des causalités, les critiques politiques des mythes accusatoires.
Dans une perspective initiatique, Pierre Hillard représente une tentation intellectuelle très contemporaine, celle de croire que la totalité du monde peut être lue comme un plan. Cette tentation rassure, car elle donne un ordre à la peur. Mais elle enferme, car elle interdit au réel d’être plus complexe que le récit. Le travail de la Lumière n’est pas de fabriquer un ennemi total. Il est de distinguer. De mesurer. De rectifier.
De refuser que la géopolitique devienne une chambre obscure où la vieille haine antimaçonnique se pare des habits de l’analyse.
Voir aussi : Mondialisme, Nouvel ordre mondial, Géopolitique du soupçon, État profond, Synarchie, Judéo-maçonnisme, Catholicisme intégriste, Civitas, Méthode complotiste.

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.
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