Contre-initiation (antimaçonnisme)

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La contre-initiation désigne, dans certains courants de pensée traditionnelle et ésotérique, une inversion de l’initiation véritable. Elle ne conduit plus l’être vers une plus grande conscience, une plus grande rectitude, une plus grande maîtrise de soi. Elle le détourne, l’enferme, le fascine, l’attache à l’illusion ou le conduit vers une puissance inférieure. Dans l’antimaçonnisme, cette notion est souvent utilisée pour présenter la franc-maçonnerie comme une initiation pervertie, une voie noire, une imitation sacrilège de la spiritualité authentique.

Le reproche par renversement

rene guenon et la Tradition occidentale4

Le reproche procède par renversement. Là où le maçon parle de Lumière, l’accusateur voit ténèbres. Là où il parle de perfectionnement, il voit orgueil. Là où il parle de fraternité, il voit clan. Là où il parle de symbole, il voit manipulation. Là où il parle de silence, il voit dissimulation. Là où il parle de Temple, il voit contre-sanctuaire. La franc-maçonnerie est alors décrite comme une école de l’illusion, éloignant l’homme de Dieu, de la vérité ou de la tradition.

L’usage polémique du mot

Le problème tient à l’usage polémique du mot. La contre-initiation peut être une notion philosophique, métaphysique ou ésotérique discutée. Elle peut permettre de réfléchir aux formes dévoyées de la spiritualité, aux initiations de façade, aux écoles de pouvoir, aux séductions de l’orgueil, aux traditions qui deviennent des masques. Mais dans la bouche de l’antimaçonnisme, elle devient souvent une arme. Elle dispense d’étudier les rites, les textes, les obédiences, les différences, les histoires. Elle condamne en bloc.

Cette accusation est particulièrement efficace parce qu’elle se situe sur un terrain spirituel. Il ne s’agit plus seulement de dire que la franc-maçonnerie serait politiquement suspecte ou socialement influente. Il s’agit de la déclarer spirituellement inversée. Dès lors, tout ce qu’elle dit d’elle-même est suspect. Sa lumière serait une fausse lumière. Sa morale serait une séduction. Sa fraternité serait une emprise. Son initiation serait une imitation destinée à détourner les âmes. La discussion devient presque impossible, puisque l’accusation porte sur l’essence même de la démarche.

Juger l’initiation à ses fruits

Il faut pourtant rappeler que l’initiation, dans son sens le plus noble, ne se juge pas seulement à ses formes extérieures. Des rites, des symboles, des grades, des paroles, des décors ne suffisent pas. La vraie question est celle des fruits. Une voie produit-elle plus de conscience. Plus de rectitude. Plus de fraternité. Plus d’humilité. Plus de capacité à écouter. Plus d’exigence morale. Ou produit-elle orgueil, domination, confusion, fascination, dépendance et fermeture. C’est à ce niveau que la notion de contre-initiation peut devenir sérieuse. Non comme injure jetée de l’extérieur, mais comme épreuve intérieure d’une tradition.

La franc-maçonnerie elle-même doit entendre cette exigence. Elle ne peut se contenter de proclamer qu’elle est initiatique. Elle doit le devenir sans cesse. Si le rite devient formalisme vide, si le grade devient vanité, si la fraternité devient réseau d’intérêt, si le secret devient protection de l’abus, si le symbole devient décor, alors quelque chose se dégrade. La meilleure réponse à l’accusation de contre-initiation n’est donc pas seulement le démenti. C’est la fidélité vivante à l’esprit initiatique.

L’antimaçonnisme, lui, ne cherche généralement pas cette vérité.

Une adversaire métaphysique

rene guenon et la Tradition occidentale

Il utilise la contre-initiation pour faire de la franc-maçonnerie une adversaire métaphysique. Il n’interroge pas les pratiques réelles. Il n’accepte pas la diversité des rites. Il ignore les œuvres de spiritualité, de morale, de bienfaisance, de recherche symbolique, de travail intérieur. Il veut une condamnation totale. La notion devient alors un piège, car elle remplace l’examen par une sentence.

La réponse maçonnique

La réponse maçonnique doit donc être double. D’une part, refuser l’amalgame qui assimile toute initiation non ecclésiale, non confessionnelle ou non orthodoxe à une voie noire. D’autre part, maintenir l’exigence que toute initiation se vérifie dans la qualité du chemin vécu. Une tradition n’est pas vraie parce qu’elle se dit ancienne. Elle n’est pas juste parce qu’elle possède des symboles.

Elle devient opérative lorsqu’elle transforme l’homme dans le sens de la mesure, de la justice, de la lucidité et de la fraternité.

Une lecture initiatique

Dans une lecture initiatique, la contre-initiation véritable n’est peut-être pas là où l’antimaçonnisme la place. Elle apparaît chaque fois que l’on utilise le sacré pour dominer, le secret pour asservir, le symbole pour tromper, la tradition pour humilier, la fraternité pour exclure, la lumière pour aveugler. Elle peut donc surgir partout, dans une loge comme dans une Église, dans un parti comme dans un groupe spirituel, dans une idéologie comme dans une société prétendument éclairée. Aucun espace humain n’en est automatiquement protégé.

C’est pourquoi cette entrée doit garder une grande prudence. Il faut distinguer la notion, qui peut aider à penser les inversions de l’initiation, et son usage antimaçonnique, qui la transforme en arme de disqualification. La question n’est pas de savoir quelle étiquette un adversaire colle sur la franc-maçonnerie. La question est de savoir si le chemin réellement vécu élève ou abaisse, libère ou enferme, éclaire ou fascine, rend plus responsable ou plus dépendant.

L’humilité de la vraie initiation

La vraie initiation demande de l’humilité. Elle ne donne pas un pouvoir sur les autres. Elle donne un devoir envers soi-même et envers le monde. Elle ne promet pas la possession d’une vérité. Elle invite à la chercher avec patience. Elle ne produit pas des êtres supérieurs. Elle devrait produire des êtres plus fraternels. Là où l’antimaçonnisme voit une contre-initiation par principe, la réponse la plus forte est de montrer, par la qualité du travail, que l’initiation authentique ne s’affirme pas contre les autres. Elle se prouve par la transformation silencieuse de celui qui marche.

Voir aussi : Initiation, Satanisme, Tradition, Ésotérisme, Diabolisation, Rite.

Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme, Yonnel Ghernaouti

Notice extraite de l’Abécédaire de trois siècles d’antimaçonnisme de Yonnel Ghernaouti.

Pour aller plus loin

Glossaire de la franc-maçonnerie

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