lun 23 février 2026 - 17:02

Le Tasawwuf : les mystères cachés du Soufisme et le voyage de l’âme

Le tasawwuf, souvent traduit par soufisme, représente la dimension mystique et intérieure de l’Islam, un chemin spirituel qui invite à une quête profonde de la vérité divine. Cette tradition, ancrée dans les enseignements du Prophète Muhammad (SAW), a fasciné et parfois effrayé, car elle touche aux secrets les plus intimes de l’âme humaine. Comme l’explique William C. Chittick dans Sufism : A Beginner’s Guide (Oneworld Publications, 2000), le tasawwuf n’est pas une secte séparée mais le cœur spirituel de l’Islam, où la raison et la foi se fondent pour atteindre l’union avec Allah.

Cet article, inspiré d’un récit explorant ses mystères, plonge dans ses origines, ses pratiques et ses maîtres, en s’appuyant sur des sources authentiques comme le Quran, les hadiths et les écrits des grands soufis.

Une vérité profonde et dangereuse

Il y a une vérité si profonde que quiconque la cherche doit d’abord être prêt à se perdre dans le tasawwuf et les soufis. Pour certains, ils apparaissent dangereux, surtout pour ceux qui ne sont pas prêts à plonger dans les profondeurs de leur propre âme. Parmi tous les enseignements anciens, les secrets les plus profonds et les plus puissants résident dans le tasawwuf, des mystères comme l’Ilm al-Ladunni, la Connaissance Divine Cachée. Pendant des siècles, les maîtres soufis ont protégé cette sagesse interdite, une connaissance qui s’étend du concept de portails en Islam aux champs quantiques qui défient la physique et même à des forces capables de courber le temps lui-même. Mais la partie la plus choquante est celle-ci : c’est un voyage au cœur même de l’être humain, dans le centre mystérieux du monde invisible de l’âme. Ce que vous êtes sur le point d’apprendre peut changer la façon dont vous voyez la réalité pour toujours, mais soyez prudent, cette connaissance n’est pas pour les cœurs faibles ; tout le monde ne peut pas atteindre ce secret. Comme l’affirme Seyyed Hossein Nasr dans The Heart of Islam (HarperOne, 2004), le soufisme exige une préparation spirituelle rigoureuse pour éviter les pièges de l’ego.

Qu’est-ce que le Tasawwuf ?

Tout au long de l’histoire, le tasawwuf et l’Islam n’ont jamais été vus comme séparés l’un de l’autre ; en fait, dans la plupart des périodes, il aurait été impensable de voir le tasawwuf comme quelque chose d’apart de l’Islam. Pourtant, beaucoup de gens aujourd’hui sont surpris d’apprendre que le tasawwuf a joué un rôle majeur tout au long de l’histoire islamique, non seulement dans la vie spirituelle des musulmans individuels, mais aussi dans la formation de la politique et même des empires. Même aujourd’hui, le tasawwuf continue d’avoir une influence dans de nombreuses parties du monde ; c’était en essence l’Islam lui-même. La tradition soufie a conduit à la formation de tariqats, de loges et de zawiyas, atteignant un vaste nombre de personnes au fil des siècles. Cependant, il est faux de voir le tasawuf comme une secte séparée au sein de l’Islam ; certaines personnes décrivent le soufisme comme une branche similaire au sunnisme ou au chiisme, mais ce n’est pas correct. En réalité, la plupart des soufis ont toujours été sunnites.

Le tasawwuf a souvent été mal compris et déformé, à la fois parmi les musulmans et les non-musulmans ; parfois, il a même été vu comme quelque chose de dangereux. De nombreux érudits soufis ont été emprisonnés ou exilés pour leurs croyances. Bien que le tasawuf soit généralement décrit comme le mysticisme islamique, il s’agit en réalité d’un voyage intérieur unique de l’être humain qui vise à atteindre Allah. Ce chemin implique de s’éloigner des plaisirs mondains pendant un certain temps et de discipliner les désirs du nafs. Les soufis mangent seulement assez pour survivre, évitent autant que possible même les plaisirs halal et contrôlent leurs pulsions physiques et animales afin que l’âme puisse s’élever et prendre la tête. Grâce à cela, le nafs devient purifié et l’âme commence à prendre le contrôle. À la fin, la personne s’oublie complètement ; rien de soi ne reste. Il ne voit que son Seigneur partout, se souvient de lui toujours et ne cherche rien d’autre. Il aime pour lui, cherche pour lui et vit pour lui, comme mentionné dans le hadith qudsi trouvé dans Bukhari :

« Je deviens son ouïe avec laquelle il entend, sa vue avec laquelle il voit, sa main avec laquelle il tient et son pied avec lequel il marche ; s’il me demande, je lui donnerai sûrement ; s’il cherche ma Protection, je le protégerai ; quiconque montre de l’hostilité à mon ami, je lui déclare la guerre ».

Selon une théorie, le mot soufi vient d’Ashab al-Suffa, signifiant les gens du banc ; ils étaient un groupe d’étudiants compagnons qui vivaient dans la zone ombragée à côté de la mosquée du Prophète Muhammad (SAW) à Médine. Ils possédaient peu, s’éloignaient des possessions mondaines et dédiaient leur vie complètement à la religion. Les soufis ont existé depuis les premiers jours de l’Islam ; ils croient que le tasawwuf remonte à l’époque du Prophète Muhammad (SAW) lui-même, qui est vu par eux comme le premier et le plus grand soufi, l’exemple parfait pour tout le monde à suivre. Allah donne une connaissance cachée et une compréhension à ceux qui marchent ce chemin. Selon eux, le cœur est une porte qui s’ouvre à la connaissance d’Allah et elle s’ouvre seulement pour ceux qui se purifient et se nettoient par une discipline spirituelle stricte. Le but est de purifier l’âme et de se rapprocher d’Allah.

L’un des grands érudits du tasawwuf, Abdul Qadir Jilani, a dit : le cœur est assez vaste pour contenir les secrets d’Allah, pourtant trop petit pour désirer les trésors de ce monde. Quand le cœur est purifié et se tourne vers Allah, il commence à témoigner la vérité. Il a aussi dit : alors que le cœur devient rempli de la connaissance d’Allah, il commence à percevoir les secrets cachés qui ne peuvent pas être vus par des yeux mondains. Les soufis n’étaient pas seulement des mystiques ou des poètes ; ils étaient des explorateurs des royaumes invisibles, des scientifiques spirituels de l’âme. Ce que nous savons, c’est ceci : les soufis voyaient l’univers comme une grande illusion, seulement l’ombre d’une réalité beaucoup plus profonde. Pour eux, la vraie connaissance n’était pas trouvée dans les livres mais dans le soi. Ceux qui osaient aller au-delà de la surface pouvaient découvrir les plus grands secrets de l’existence. Alors comment ont-ils obtenu cette connaissance et pourquoi une grande partie d’elle était cachée du monde ? Regardons plus profondément dans les origines mystérieuses des soufis et les secrets qu’ils gardaient.

Le pouvoir du Dhikr et les vibrations spirituelles

Les soufis croyaient au pouvoir de la voix et du souffle, mais ce n’était pas n’importe quel son ; c’était la répétition sacrée connue comme dhikr. Ces mots répétés des milliers de fois étaient censés créer des vibrations qui pouvaient changer la réalité elle-même. Même la science moderne a commencé à découvrir la vérité derrière cette pratique ancienne ; des études montrent que les fréquences sonores peuvent synchroniser les ondes cérébrales, guérir le corps et même affecter la matière au niveau quantique. Mais les soufis avaient porté cette connaissance beaucoup plus loin ; ils ont découvert que le dhikr pouvait ouvrir des portes vers d’autres dimensions, courber le temps et permettre un voyage instantané à travers de grandes distances.

Ces événements étaient appelés karamat en arabe, des occurrences spéciales que les gens ordinaires ne pouvaient pas percevoir ou même croire. Cependant, les soufis ne cherchaient pas ces dons pour le pouvoir ou la gloire ; ils vivaient avec un amour profond pour Allah, détachant leurs cœurs du monde matériel. En retour, de tels dons étaient accordés par Allah lui-même. Une histoire célèbre raconte un maître soufi qui a guéri un homme mourant instantanément par le dhikr ; une autre histoire décrit un groupe de soufis effectuant le dhikr ensemble et soulevant une pierre massive dans l’air. Comme l’explique Annemarie Schimmel dans Mystical Dimensions of Islam (The University of North Carolina Press, 1975), le dhikr est le pilier central du soufisme, une pratique qui unit le pratiquant à la présence divine.

Le Tasawwuf comme cœur spirituel de l’Islam

Pour vraiment comprendre les soufis, nous devons d’abord explorer leur connexion profonde avec l’Islam. Le tasawwuf est souvent décrit comme le cœur spirituel de l’Islam, le chemin de l’éveil intérieur, de l’amour divin et de l’unité avec le créateur. Ces gens essayaient de vivre selon les enseignements du Prophète Muhammad (SAW) par l’humilité, l’adoration et le souvenir constant d’Allah. Des versets tels que « Nous sommes plus proches de lui que sa veine jugulaire » (Sourate Qaf, 16) et « Où que vous vous tourniez, il y a le visage d’Allah » (Sourate Al-Baqara, 115) inspirent les soufis. Ils tiraient aussi l’inspiration de la vie du Prophète Muhammad (SAW) ; avant de recevoir la révélation, il passait ses nuits en réflexion profonde et en prière. Ils voyaient son miraj comme un symbole de l’ascension de l’âme vers la proximité avec Allah. Ils ne voyaient pas le temps comme une ligne droite mais comme une spirale ; les soufis croyaient que le temps n’était pas ce qu’il paraissait, qu’il y avait des moments où le passé, le présent et l’avenir se fondaient en un seul point, un lieu où toute l’existence pouvait être vue en même temps.

Un grand maître soufi, Abu Yazid al-Bistami, a dit une fois que son âme avait quitté son corps et voyagé à travers le temps, témoignant d’événements qui se produiraient des siècles plus tard. Certains chercheurs modernes croient que les soufis avaient déjà compris le concept de temps non linéaire, quelque chose que les physiciens commencent seulement à explorer aujourd’hui. Peut-être les soufis étaient-ils vraiment en avance sur leur temps. Mais comment ont-ils atteint cette connaissance ? Ont-ils accédé au Lawh al-Mahfuz, la tablette préservée qui contient tous les enregistrements du temps, ou ont-ils découvert un moyen de contrôler le temps lui-même ? Tout au long de l’histoire, il y a d’innombrables histoires de maîtres soufis montrant un contrôle mystérieux sur le temps. Le grand mystique du 12e siècle, Ibn Arabi, a écrit en détail sur des événements qui se produiraient longtemps après sa mort, même la montée et la chute des empires. Certains croient que ses expériences visionnaires venaient de ce qu’il appelait le monde de l’imagination, un royaume intemporel où le passé et l’avenir existent ensemble.

En Asie centrale, les gens parlent encore d’une figure mystérieuse connue comme le Guide Immortel en Vert, Khidr ; certaines narrations disent que cet être, Khidr, est apparu tout au long de l’histoire, offrant une sagesse intouchée par le temps. Son voyage avec le Prophète Musa est même mentionné dans le Quran dans la Sourate al-Kahf. Le concept soufi d’Insan al-Kamil, l’humain parfait, s’aligne aussi avec cette connaissance qui va au-delà des limites de cause et d’effet, parfaitement en harmonie avec l’ordre divin. Comme vous le savez, dans la Sourate al-Kahf, Khidr accomplit des actes qui semblent contre la Sharia, et le Prophète Musa ne peut pas les supporter, les questionnant chacun jusqu’à ce qu’il entende enfin les raisons et comprenne. Ces mystiques croient qu’il y a des lois cachées de l’univers, et ceux qui les découvrent touchent quelque chose au-delà des limites de l’esprit humain.

La géométrie sacrée et les symboles soufis

Arts libéraux

La géométrie sacrée des symboles soufis est essentielle. Les soufis étaient des gens qui essayaient de lire l’ordre de l’univers non seulement avec l’esprit mais aussi avec le cœur. Pour eux, chaque ligne, chaque forme et chaque mouvement portait un signe caché, reflétant l’unicité d’Allah. Les motifs complexes vus dans l’art soufi n’étaient pas de simples décorations ; ils étaient des dessins secrets révélant les mystères profonds de l’existence. Des motifs tels que la fleur de la vie, l’étoile de l’unité et les mosaïques infinies étaient souvent vus dans l’architecture soufie, symbolisant l’ordre divin qui traverse toute la création.

Les proportions et la symétrie utilisées dans l’art soufi pointent vers l’équilibre parfait de l’univers, ce que nous appelons aujourd’hui le ratio d’or ou proportion divine, correspondant au même ordre universel que la science moderne observe maintenant dans les galaxies, les plantes et même la structure de l’ADN. Les soufis ont peut-être compris ces lois cosmiques intuitivement des siècles auparavant. Ibn Arabi se référait à ce mystère dans son concept d’Insan al-Kamil, l’humain parfait ; il enseignait que l’être humain est un résumé de l’univers entier, un miroir reflétant les noms divins d’Allah. Au centre de l’existence se trouve un point où le temps, l’espace et la matière s’unissent ; la physique moderne appelle ce point une singularité.

Ibn Arabi l’a senti comme le centre le plus pur de la création d’Allah. Il a aussi décrit l’univers comme holographique, où chaque partie contient le tout, un peu comme les physiciens modernes disent que toutes les informations tombant dans un trou noir sont préservées sur son horizon des événements. Ibn Arabi aurait-il décrit un phénomène similaire des siècles auparavant par intuition spirituelle ? Dans la cosmologie soufie, la spirale vue dans les galaxies, les tourbillons et les disques rotatifs autour des trous noirs représente le voyage de l’âme vers l’unité divine. Cette rotation symbolise le cycle sans fin de la mort et de la renaissance, de l’expansion et de la contraction, tout comme de nombreuses étoiles deviennent finalement des trous noirs. Et peut-être, à travers le dhikr et le sema, les soufis se connectaient-ils avec cette intelligence cosmique.

Le secret des derviches tourneurs

Homme des Derviches tourneurs
Homme Derviche tourneur

Le secret des derviches tourneurs est emblématique. Dans l’univers, tout tourne : les planètes, les étoiles, le soleil, la lune, les galaxies et même les électrons. Peut-être est-ce pourquoi les derviches soufis tournent aussi, se joignant au grand mouvement de toute la matière dans la création. De l’extérieur, cela ressemble à une danse, mais pour les soufis, c’est une porte vers une autre dimension. Alors qu’ils tournent avec un rythme constant, ils s’alignent avec le mouvement de l’univers.

Grâce à cette harmonie, ils éveillent des énergies cachées et atteignent des états de conscience altérés. Certaines histoires parlent de derviches qui ont disparu pendant le sema et réapparu à des kilomètres de là ; d’autres disent qu’ils pouvaient communiquer avec des êtres d’autres dimensions. La science moderne a maintenant commencé à étudier les effets de la rotation sur le cerveau humain ; des recherches montrent que la rotation continue peut mener à des états de transe, altérer la perception et même causer des expériences hors du corps. Mais les soufis avaient déjà porté cela beaucoup plus loin ; ils croyaient que tourner pouvait ouvrir des portes vers d’autres royaumes et porter l’être humain au-delà des limites du monde physique.

N’oublions pas un point important : les soufis vivaient des vies de zuhud, le détachement des plaisirs mondains, purifiant leurs egos de l’égoïsme et internalisant le message du Quran. Sans ce détachement des désirs mondains, on ne pouvait pas véritablement être un soufi. Aussi, le tasawwuf n’est pas sur l’évasion de la religion ; c’est sa dimension intérieure, la façon d’expérimenter directement le divin au-delà des rituels et des règles formelles. Les soufis se concentrent sur le voyage intérieur, la purification du cœur et la découverte du vrai soi. Pour eux, le but ultime de la vie est d’atteindre l’état d’ihsan, adorer Allah comme si vous le voyez. Le Quran et les enseignements du Prophète Muhammad (SAW) forment la base même de la spiritualité soufie.

L’amour divin au cœur du Tasawwuf

Au cœur du tasawwuf se trouve une vérité au-delà de tout : l’amour. Mais cet amour n’est pas le même que l’affection ordinaire, le désir ou la passion ; l’amour mentionné ici est un grand feu qui brûle dans le cœur, remplit chaque particule de l’univers et est cru provenir d’une source divine. Selon les gens du tasawwuf, la raison de la création de l’univers est aussi cet amour divin, se référant au dicton : « J’étais un trésor caché et j’aime être connu, alors j’ai créé la création ». Ils croient qu’Allah a créé l’existence par amour ; c’est pourquoi les soufis adorent non seulement par devoir mais avec une profonde nostalgie et un amour pour le créateur.

six paramita

C’est très important : la première femme sainte, Rabia al-Adawiyya, était remplie d’un amour divin si profond qu’il ne pouvait être comparé à aucun amour mondain. Ses mots célèbres : je ne t’adore pas par peur de l’enfer ou espoir du paradis, mais seulement parce que je t’aime, expriment parfaitement l’amour désintéressé au cœur du tasawwuf. Yunus Emre a aussi écrit un beau vers sur cela : « Le paradis, ils disent, est le paradis avec quelques palais et des houris ; donnez-les à ceux qui les veulent, pour moi tu es tout ce dont j’ai besoin ». De nombreux soufis ont dit que pendant le sujud, le cœur doit s’incliner devant le créateur aussi profondément que le corps le fait. De cette façon, la salah devient plus qu’un rituel ; elle se transforme en un mode de vie. Soyez pur, soyez honnête, vivez toujours comme si vous étiez devant Allah et soyez humble. Les gens du tasawwuf vivent et pensent avec ces valeurs, profondément connectées à leurs cœurs. Leur but ultime est de purifier et effacer l’ego complètement. Au fil du temps, cela a mené à un beau système spirituel, un qui élève une personne ordinaire pour devenir le plus honoré de toute la création.

C’est ainsi que le célèbre système des quatre portes du tasawwuf est né : quand vous entrez par cette porte, personne ne sait qui vous êtes, mais si vous parvenez à passer par la porte finale, rien de vous ne restera. Même si c’est un état divin, pour beaucoup de gens, cela peut aussi être très dangereux. Les portes sont ouvertes à tout le monde, mais ceux qui marchent ce chemin sont toujours testés, parce que même si tout le monde souhaite le suivre, le chemin peut ne pas être adapté à tout le monde. Pour cette raison, les soufis ont développé un système d’entraînement ; sans une telle discipline, vivre certaines émotions sans contrôle ou recevoir une connaissance profonde trop rapidement pourrait submerger un étudiant et même le faire perdre la raison. Ce système est connu dans le tasawwuf comme l’enseignement des quatre portes ; son nom complet est les quatre portes et quarante stations. Ce sont quatre étapes principales : sharia, tariqa, marifa et haqiqa.

La première porte : la Sharia

Sharia est la première porte du voyage soufi. Elle représente le niveau où une personne pratique l’adoration extérieure et porte attention aux règles religieuses et morales. Ici, le but est d’apprendre et de suivre les règles qui maintiennent la vie en ordre ; c’est l’étape qui sépare une personne ignorante et inconsciente de l’état animal et l’aide à faire son premier pas sur le chemin de l’humanité. Des prières comme la salah, le jeûne, la zakah, les règles du halal et du haram, la conduite sociale et les valeurs morales appartiennent tous à cette étape. À ce niveau, une personne apprend l’autodiscipline, contrôle les désirs de base du nafs et construit une base solide. Dans la porte de sharia, on s’attend à adoucir l’ego et à développer des vertus telles que la patience et l’honnêteté. On croit que sans ordre extérieur, l’ordre intérieur ne peut pas être atteint.

Comme Mevlana l’a dit : sharia apporte la lumière aux esprits des sages et illumine leurs cœurs, mais atteindre la vérité, c’est placer cette lumière dans le cœur. Comme une personne passe par cette porte, ils apprennent à discipliner leurs désirs et leurs soucis quotidiens. C’est très important, parce que rappelez-vous, le but de ce chemin est de comprendre et internaliser la vérité ; si vous ne pouvez pas suivre ces disciplines de base dès le début, il sera impossible d’atteindre les étapes ultérieures.

La deuxième porte : la Tariqa

Sur notre voyage pour chercher la vérité et découvrir nous-mêmes, nous arrivons maintenant à la deuxième étape de notre éducation spirituelle : la porte de tariqa. Le mot tariq signifie chemin. À cette étape, une personne suit une discipline intérieure sous la guidance d’un enseignant ou murshid, par des pratiques telles que le dhikr, le souvenir, sohbet, la conversation spirituelle, et murakaba, la contemplation profonde et l’observation. Les voiles sur le cœur commencent à se lever. Le cerveau humain est comme un muscle, et des routines superficielles tuent ce muscle.

La porte de tariqa vous pousse à questionner, explorer et réfléchir afin que vous puissiez mieux comprendre le créateur. Elle ouvre votre esprit, et c’est essentiel parce que ce qui vient ensuite nécessite une pensée ouverte. Quand une personne apprend scientifiquement, il grandit aussi spirituellement, parce que la connaissance (ilm) est en fait le système que le créateur a utilisé pour établir l’ordre de l’existence. Si vous comprenez ce système et ses secrets, alors vous commencez à comprendre le créateur lui-même. Et sur ce chemin, chaque chercheur avait un guide, un murshid ; c’est un point très délicat dans le tasawwuf. Il est dit : celui qui n’a pas de guide, son guide est Shaitan. Cela signifie que le chemin est plein de pièges subtils et de distractions, et seul un guide formé, sage, peut mener une personne en sécurité à travers.

L’une des méthodes les plus importantes enseignées dans de nombreuses tariqas est le dhikr du cœur et les techniques de contrôle du souffle, qui calment l’esprit et le cœur. De telles pratiques aident une personne à entendre sa voix intérieure et à rester paisible même dans des moments difficiles. C’est extrêmement important lors de l’étude et de la recherche, parce que la vraie connaissance ne peut pas exister sans équilibre intérieur. Une connaissance qui perd sa direction éthique, une connaissance motivée par l’orgueil, l’ego ou la cupidité, ne peut jamais nous mener à la vérité. Comme Einstein l’a dit : la science sans religion est boiteuse, et la religion sans science est aveugle. Une science qui manque de valeurs morales mènera finalement l’humanité à la destruction. C’est pourquoi il est dit : un étudiant qui apprend sans un enseignant ancré dans la vérité, son enseignant devient Shaitan. Nous voyons de nombreux exemples de cela dans l’histoire moderne.

La troisième porte : la Marifa

Nous sommes maintenant arrivés à la prochaine porte mystérieuse : la porte de marifa. Elle se tient sur la fine ligne entre savoir et se perdre. Celui qui atteint la porte de marifa commence à découvrir la compréhension intuitive du cœur, sentant que tout autour de lui est en fait un reflet d’une seule réalité divine. Pour arriver à la troisième des quatre portes du chemin soufi signifie avoir déjà marché à travers le feu. Sharia a enseigné l’alliance entre l’humain et Allah ; tariqa a guidé le chercheur à plonger profondément dans le cœur de cette alliance. Mais maintenant, maintenant, le vrai test commence. La porte de marifa est où la connaissance meurt et la vraie compréhension naît. Le chercheur qui se tient devant cette porte n’a plus de livre, de preuve ou d’enseignement savant à s’accrocher, car cette porte ne peut être franchie qu’en oubliant.

Oui, vous avez bien entendu : vous devez oublier tout ce que vous avez appris ; vous devez laisser aller tout ce que vous pensez savoir, parce que marifa signifie connaître Allah, et cette connaissance est différente de tout ce que vous avez jamais connu. À cette étape, les enseignants du chemin vous disent : désormais, vous ne parlerez pas par la connaissance, vous parlerez par l’état. Que signifie cela ? Un enfant apprend sur le feu en lisant à son sujet dans un livre, mais au moment où il le touche avec son doigt, il comprend vraiment ce qu’est le feu. C’est marifa : connaître Allah, c’est l’expérimenter ; vous ne pouvez pas le décrire, vous pouvez seulement le goûter. Le chercheur qui entre dans la porte de marifa commence à voir le monde différemment : il voit l’océan dans une seule goutte, il voit toutes les saisons dans une seule feuille. Dans un bref moment, quand un oiseau chante, il entend sa louange d’Allah, parce que maintenant, ce ne sont pas ses yeux qui voient, c’est son cœur. Comme Maulana Rumi l’a dit : la vérité n’est pas ce que les yeux voient, mais ce que le cœur comprend. Certains érudits décrivent cette étape en disant : marifa est connaître la vraie essence des choses, signifiant quand vous regardez un arbre, vous ne voyez pas seulement un arbre, vous voyez le reflet du divin en lui.

Le danger de la porte de marifa : l’abîme de l’illusion. Mais attention, tout au long de l’histoire, de nombreux chercheurs ont perdu leur chemin à cette porte. Ici réside l’un des plus grands dangers sur le chemin de tariqa : l’illusion. Ils pensent avoir atteint marifa, mais en vérité, ils sont tombés dans le piège de leur propre ego. C’est le premier et le plus grand danger de la porte de marifa, quand le soi commence à revendiquer la propriété même sur la connaissance divine, la force divine qui soutient tout. La porte de marifa est si belle, si rayonnante, que certains chercheurs choisissent de s’arrêter là. La paix qui vient de connaître Allah est si profonde qu’ils ne souhaitent même pas aller plus loin. Mais les soufis disent : s’arrêter à marifa, c’est rester sur la route, car le voyage n’est pas encore terminé.

La quatrième porte : la Haqiqa

La 4e porte, haqiqa : la fin et le début du chemin. Et maintenant, nous arrivons à la porte finale du tasawwuf : haqiqa, la porte de la vérité. Cette porte est différente de toute autre dans le monde, car quand vous la franchissez, vous n’entrez plus en tant que vous-même. Celui qui atteint cette porte n’est plus un voyageur ; il devient la porte elle-même. Il n’a pas simplement atteint la fin du chemin, car à ce point, il n’y a pas de chemin, pas de fin et pas de soi ; seulement Il reste. La porte de haqiqa contient deux grands états spirituels : fana fi Allah (annihilation en Allah) et baqa bi Allah (existence par Allah). Fana fi Allah : le dernier souffle du soi. Fana fi Allah signifie l’abandon complet et la disparition de son ego et de soi ; c’est l’état où le mot « je » est effacé entièrement et seulement Allah reste.

Bayazid al-Bistami a dit une fois : une nuit, j’ai atteint un état où il n’y avait plus de moi en moi ; j’ai cherché et cherché, mais je ne pouvais pas me trouver ; puis j’ai réalisé que je n’avais jamais vraiment existé ; il y avait seulement Lui. C’est l’un des stades les plus profonds et les plus dangereux dans le soufisme ; à ce point, une personne atteint une telle conscience que même sa propre volonté semble disparaître. Il voit que tout, chaque acte, chaque mouvement, n’est rien d’autre qu’un reflet des propres actions d’Allah. Mais attention, il y a ceux qui se coincent dans cet état : les âmes qui ne pouvaient pas revenir. L’histoire des perdus : dans l’histoire, il y a eu des gens qui ont atteint l’état de fana fi Allah mais ne pouvaient pas en revenir. L’un d’eux était Mansur al-Hallaj ; il a crié les mots célèbres : ana al-haqq (je suis la vérité). Ces mots sont parmi les déclarations les plus débattues et mal comprises dans l’histoire islamique.

De nombreux grands érudits, cependant, n’ont pas considéré cela comme un acte de disbelief (kufr) ou de polythéisme (shirk), mais plutôt l’expression d’un état spirituel profond. Selon l’imam al-Ghazali, les mystiques comme Hallaj parlent parfois sous l’état d’extase divine, quand leur intellect disparaît et leurs cœurs sont inondés de lumière divine. Il a dit : à ce moment, l’esprit est absent et le cœur est rempli entièrement de lumière ; de tels mots ne sont pas des revendications, ce sont des traductions d’un état. Si quand Hallaj a dit ana al-haqq, il ne signifiait pas « je suis Allah », selon Ghazali, c’était parlé de l’état de fana fi Allah, où le soi est dissous complètement. Ibn Arabi considérait Hallaj comme l’un des grands saints (awliya) ; il a expliqué la phrase ana al-haqq comme signifiant : la vérité se manifeste à travers moi. Il a dit : c’était parlé par la langue de la vérité, pas par la langue de Hallaj ; à ce moment, le soi de Hallaj avait complètement disparu, seulement la présence d’Allah restait. Ibn Arabi a comparé cela à une goutte se fondant avec la mer ; si vous demandez à la goutte : es-tu la mer ?, elle répond oui, car rien d’autre ne reste d’elle. Rumi n’a pas non plus jugé Hallaj mais a cherché à le comprendre ; dans le Mathnawi, il a écrit : les mots de Hallaj, ana al-haqq, étaient parlés dans l’ivresse de l’amour divin ; à ce moment, son propre être avait disparu ; comment pouvait-il mentir quand il n’existait plus ? Rumi a décrit cet état comme la fusion d’une bougie dans la flamme ; si la bougie dit : je suis le feu, mentirait-elle ? Il n’y a plus rien de la bougie. L’imam Rabbani a parlé de Hallaj avec respect mais a expliqué ses mots comme le résultat de l’ivresse spirituelle ; dans son Maktubat, il a écrit : cette déclaration a été faite dans l’état d’annihilation (fana), mais cet état est temporaire ; celui qui atteint baqa ne l’aurait jamais prononcée.

Selon l’imam Rabbani, Hallaj s’était perdu mais n’avait pas encore atteint l’équilibre parfait ; la vraie complétude, il a dit, n’est pas de dire ana al-haqq mais plutôt huwa al-haqq (il est la vérité). En bref, les mots de Hallaj n’étaient pas parlés dans l’état de raison mais dans l’état d’amour divin ; ceux qui ne voyaient que le sens extérieur, tels que les juristes de son temps, l’ont jugé comme un infidèle et il a été exécuté pour ce qu’ils pensaient être un blasphème. Quand les gens ont entendu son cri, ils se sont levés en colère, criant : il prétend être dieu, et ainsi ils l’ont condamné à mort. De telles âmes perdues dans l’état de fana semblent coupées du monde ; elles ne peuvent plus parler ou être comprises ; c’est comme si elles étaient perdues à l’intérieur d’un rêve. Certaines sont censées être devenues folles ; d’autres restent dans un état éternel d’ivresse divine. Les soufis appellent cela rester dans sukra, être coincé dans l’ivresse spirituelle, incapable de se réveiller. Baqa bi Allah : union et la complétude du cycle. Mais le voyage ne s’arrête pas ici ; le vrai secret de haqiqa vient après fana fi Allah, et c’est baqa bi Allah. Baqa bi Allah signifie retourner au monde après avoir été annihilé en Allah, mais ce retour n’est pas le même qu’avant, parce que maintenant vous n’êtes plus vous ; vous êtes devenu un miroir de Lui. Tout ce que vous tenez appartient à Lui ; chaque mot que vous parlez est Son mot ; chaque pas que vous faites est par Sa permission.

Maulana Rumi l’a exprimé magnifiquement : disparais pour que tu puisses exister ; deviens terre pour que la rose puisse fleurir. Celui qui atteint baqa bi Allah devient l’insan al-kamil, l’humain parfait ; cette personne a atteint le but de la création et compris le secret de l’existence. Le Prophète Muhammad (SAW) a dit : celui qui se connaît connaît son Seigneur. Ce dicton décrit parfaitement l’état de baqa bi Allah, parce que quand une personne se connaît vraiment, il trouve rien là sauf Allah. Le secret de baqa bi Allah : revenir mais jamais le même. Un soufi qui atteint baqa bi Allah peut ressembler à une personne ordinaire de l’extérieur : il va au marché, achète de la nourriture, joue avec ses enfants et parle avec les gens. Mais à l’intérieur, tout a changé : sa main bouge, mais c’est Allah qui agit à travers elle ; sa langue parle, mais c’est Allah qui l’inspire ; son cœur aime, mais c’est Allah qui aime à travers lui. Il y a une histoire célèbre : un jour, Rabia al-Adawiyya a marché dans les rues, tenant une torche dans une main et un seau d’eau dans l’autre. Les gens lui ont demandé : Rabia, que fais-tu ? Elle a répondu : je vais brûler le paradis et éteindre l’enfer, pour que les gens puissent adorer Allah non par peur ou désir, mais purement par amour. C’est baqa bi Allah : à cette étape, il n’y a pas d’attentes, pas de peurs et pas de soi ; seulement une servitude pure et sincère reste.

Yunus Emre a dit : la vraie connaissance est de se connaître ; si vous ne vous connaissez pas, quel est le point de tout votre apprentissage ? La porte de la vérité n’est pas vraiment une fin ; c’est un début, parce qu’ici, pour la première fois, une personne commence vraiment à vivre. Tous les états précédents semblent comme des rêves, comme du sommeil, mais avec baqa bi Allah, le vrai éveil se produit, et à ce moment, le chercheur comprend : je n’avais jamais existé ; il y avait seulement Lui, et maintenant, il y a encore seulement Lui, mais cette fois, j’existe avec Lui. Je suis disparu pour que je puisse exister ; j’ai oublié pour que je puisse me souvenir ; je suis mort pour que je puisse vivre. Le chemin ne finit jamais vraiment, parce qu’en vérité, il n’a jamais commencé ; il y a toujours eu seulement Allah, et il y aura toujours seulement Lui. Nous ne sommes qu’une goutte, un souffle, un clignement d’œil dans son océan sans fin, et peut-être la plus grande vérité de toutes est celle-ci : le but n’est pas de trouver, mais de se perdre.

Les Grands Maîtres du Tasawwuf

Maintenant, rencontrons certains des plus grands maîtres du tasawwuf, ceux dont les secrets ont façonné le chemin pour des générations de chercheurs. Continuons notre voyage à travers le monde du soufisme avec Bayazid al-Bistami. Bayazid al-Bistami : parmi les maîtres soufis, peu sont aussi respectés et mystérieux que Bayazid al-Bistami, connu comme le sultan des mystiques. Sa vie était remplie d’événements extraordinaires et inexplicables. Il est né au 9e siècle dans ce qui est maintenant l’Iran et est cru avoir atteint l’un des plus hauts niveaux d’illumination spirituelle. Dans sa jeunesse, il était un étudiant ordinaire, étudiant la jurisprudence (fiqh) et mémorisant des hadiths dans la madrasa, mais quelque chose de profond en lui a commencé à remuer ; les réponses trouvées dans les livres ne satisfaisaient plus les questions dans son cœur. Une nuit, il a vu le Prophète Muhammad (SAW) dans un rêve ; le prophète lui a dit : Yazid, si tu m’aimes, alors aime mes serviteurs d’abord.

Ce rêve a changé toute sa vie ; le lendemain matin, Bayazid a fermé ses livres et est sorti dans les rues, servant les pauvres, visitant les malades et aidant ceux dans le besoin. Mais même cela n’était pas assez, parce que maintenant, il voulait connaître Allah non par des mots mais par l’expérience. Alors Bayazid a pris une décision : il s’est retiré en solitude pendant 40 ans ; il a vécu loin des gens dans des montagnes, des grottes et des endroits isolés. Parfois, il passait des jours sans nourriture, parfois des mois sans parler ; sa vie est devenue rien d’autre que le dhikr, la contemplation et la recherche. Un jour, un disciple lui a demandé : maître, toute cette solitude et ce silence en vaut-il vraiment la peine ? Bayazid a souri et a dit : mon fils, si tu veux trouver un joyau précieux, le chercherais-tu dans le bruit du marché ou dans les profondeurs silencieuses d’une mine ? Après ces 40 ans, Bayazid a atteint un état où rien de lui-même ne restait ; il est entré dans ce que les soufis appellent fana fi Allah, l’état où le soi se dissout complètement et seulement Allah reste. Bayazid était parmi les premiers soufis dans l’histoire à expérimenter cela profondément, mais atteindre ce point n’était pas facile ; il a passé des années en solitude, jeûnant et réfléchissant, poussant les limites de l’endurance humaine en poursuite de la connaissance divine. La renommée de Bayazid, cependant, vient non seulement de sa vie ascétique mais aussi de ses shathiyat, des déclarations extatiques spontanées dites pendant des moments d’extase divine. Ces mots sont souvent au-delà de la raison et parfois paraissent défier les limites de la sharia. Bayazid portait l’un des plus grands secrets du tasawwuf : une fois qu’une personne atteint l’état de fana fi Allah, ils ne peuvent plus jamais être les mêmes.

Junayd al-Baghdadi, le sultan des soufis : né à Bagdad vers la fin du 9e siècle, Junayd ibn Muhammad est remembered comme l’une des plus grandes figures de l’histoire soufie. Il a reçu le titre sayyid al-ta’ifa, le maître de l’ordre soufi. Dès l’enfance, Junayd a étudié à la fois les sciences extérieures de la sharia et le chemin intérieur du tasawwuf. Il a reçu sa formation spirituelle de son oncle Sari al-Sakati, mais ce qui l’a rendu unique parmi les soufis était son équilibre. Il a fondé ce qui est devenu connu comme le soufisme sobre (sahw), une forme de mysticisme ancrée dans la raison, la conscience et l’adhésion à la sharia. Junayd avait l’habitude de dire : celui qui ne connaît pas la sharia ne peut pas entrer dans le tasawwuf ; le tasawwuf sans sharia est un bâtiment sans fondation, il s’effondrera à la première tempête. L’un des étudiants de Junayd était Mansur al-Hallaj, mais Hallaj était impatient ; il ne pouvait pas garder son état intérieur caché. Junayd l’a averti à plusieurs reprises : Mansur, ne révèle pas ce qui est en toi, ne dévoile pas le secret, attends, mûris. Mais Hallaj n’a pas écouté ; il est sorti et a déclaré ana al-haqq. Des années plus tard, quand Hallaj a été exécuté, Junayd a pleuré et a dit : c’est moi qui ai tué Hallaj, parce que je n’ai pas pu lui enseigner la patience. Ces mots montrent à quel point le chemin soufi est sérieux et délicat ; ce n’est pas un lieu pour l’insouciance ; chaque pas doit être mesuré, chaque mot doit être pesé. Junayd était celui qui a systématisé le tasawwuf ; il a organisé ses étapes et états, apportant de l’ordre et de la discipline au chemin spirituel. Selon lui, un vrai soufi doit être patient, garder le secret, respecter la sharia, peser chaque mot avant de parler.

Imam al-Ghazali, l’homme qui a trouvé la vérité au milieu du doute : à la fin du 11e siècle, dans la célèbre Nizamiyya madrasa de Bagdad, il y avait un homme nommé Abu Hamid Muhammad ibn Muhammad al-Ghazali. À l’âge de 40 ans, il était devenu l’un des érudits les plus brillants du monde islamique ; il enseignait des classes suivies par des centaines d’étudiants et était reconnu comme une autorité en fiqh, kalam et logique. Pourtant, au fond de lui, il sentait un vide, une agitation que la connaissance seule ne pouvait pas remplir. Un jour, pendant qu’il donnait une leçon, sa voix s’est soudainement arrêtée ; il ne pouvait pas parler pendant six mois. Il était malade, et aucun médecin ne pouvait trouver un remède, parce que sa maladie n’était pas dans le corps mais dans le cœur. Une nuit, il a pris sa décision : il a laissé tout derrière lui, sa renommée, sa position, son salaire et sa réputation. Il a revêtu le manteau d’un soufi et s’est mis en route pour un voyage de l’âme : 11 ans de silence, de discipline et de recherche. Pendant 11 ans, Ghazali a voyagé de village en village, de montagne en montagne ; parfois il restait dans un lodge soufi à Damas, parfois dans un zawiya à Jérusalem, parfois seul dans les déserts du Hijaz. Pendant ces années, il a écrit son plus grand chef-d’œuvre : Ihya’ Ulum al-Din (La Revival des Sciences Religieuses). Cela est devenu l’un des travaux les plus importants dans le tasawwuf, car Ghazali a combiné la profondeur d’un érudit, le cœur d’un mystique et la clarté d’un philosophe. Il a écrit plus tard : pendant des années, j’ai étudié la connaissance, mais la connaissance ne m’a pas amené à Allah ; quand je suis entré dans le tasawwuf, je L’ai goûté là. Après 11 ans, Ghazali est retourné, mais il n’était plus le même homme ; il était devenu hujjat al-Islam, la preuve de l’Islam.

Muhyiddin Ibn Arabi, l’œil qui a vu l’unité de l’existence : d’Andalousie à Damas, le connaisseur de deux mondes. Né en 1165 à Murcie en Andalousie, Muhyiddin Ibn Arabi (nom complet : Muhammad ibn Ali ibn Muhammad Ibn Arabi al-Hatimi al-Ta’i) est devenu l’un des plus grands mystiques et penseurs de l’histoire islamique. Dans sa jeunesse, il a étudié à la fois les sciences mondaines et la connaissance spirituelle, mais tout a changé après un rêve. Dans ce rêve, il a vu le Prophète Muhammad (SAW), le Prophète Isa et le Prophète Musa ; tous les trois lui ont dit : va et éveille l’humanité. Après cette vision, Ibn Arabi s’est mis en route pour un voyage à vie : d’Andalousie au Maghreb, d’Égypte au Hijaz et enfin à Damas. Pendant ses 70 ans de vie, il a écrit plus de 160 livres. Wahdat al-Wujud : la doctrine de l’unité de l’être. L’enseignement le plus célèbre d’Ibn Arabi est wahdat al-wujud, signifiant l’unité de l’existence. Que signifie cela ? Il a dit : la seule vraie existence est Allah ; nous ne sommes que Ses manifestations et réflexions ; l’univers est Son miroir. Selon Ibn Arabi, tous les êtres existent seulement par la présence d’Allah ; rien n’existe indépendamment. Aimer la création est donc aimer Allah, car Il est reflété dans tout ce qui existe. Cet enseignement a inspiré beaucoup mais a aussi provoqué la controverse ; certains l’ont appelé shaykh al-akbar (le plus grand maître), tandis que d’autres l’ont accusé d’hérésie. Mais Ibn Arabi est resté impassible ; il avait vu la vérité. Ses œuvres monumentales, Futuhat al-Makkiyya (Les Révélations Mecquoises) et Fusus al-Hikam (Les Bezels de la Sagesse), explorent ces idées profondes en détail, façonnant des siècles de pensée spirituelle. Rumi, l’homme qui est devenu le langage de l’amour : arrivée à Konya et la rencontre avec Shams.

En 1207, Jalaluddin Rumi est né à Balkh ; son père, Baha’uddin Walad, était un érudit bien connu de son temps. Ils ont fui l’invasion mongole et se sont installés à Konya dans la Turquie actuelle. Là, Rumi enseignait dans la madrasa et dirigeait le zawiya soufi de son père, jusqu’à un jour fatidique qui changerait sa vie pour toujours. En 1244, alors qu’il marchait dans les rues de Konya, il a rencontré un derviche errant nommé Shams al-Tabrizi. Shams l’a regardé et a demandé : dis-moi, qui est plus grand, Bayazid al-Bistami ou le Prophète Muhammad ? Rumi a été stupéfait ; il a pensé profondément avant de répondre, et à partir de ce moment même, il n’a plus jamais été le même. Sema et l’amour divin : s’élevant par le tournoiement. L’amitié de Rumi avec Shams al-Tabrizi l’a transformé complètement ; pendant des mois, ils ont parlé et médité ensemble, explorant les mystères les plus profonds de l’amour et de l’existence. Puis un jour, Shams a soudainement disparu. Dans sa nostalgie pour retrouver son ami, Rumi a commencé à tourner, tournant encore et encore, son cœur tournant en souvenir d’Allah. Et de cette nostalgie est née le rituel sacré de sema, la danse tourbillonnante de l’ascension vers le divin. Toute la poésie de Rumi et son grand chef-d’œuvre, le Mathnawi, ont émergé de la douleur de cette séparation. Il a écrit : le cœur est un océan et le rossignol est sa perle, mais hélas, le jardinier ne sépare pas la rose de l’épine.

Rumi est décédé en 1273 à Konya, laissant derrière lui des œuvres intemporelles : Mathnawi, Diwan-i Kabir et Fihi Ma Fihi. Et parmi ses dictons les plus célèbres est celui qui continue d’appeler l’humanité à travers les siècles : venez, venez, qui que vous soyez ; que vous soyez infidèle, adorateur du feu ou idolâtre, venez ; notre zawiya n’est pas un lieu de désespoir ; même si vous avez brisé votre repentir 100 fois, venez. Bayazid al-Bistami et les secrets du voyage infini : vers la fin de ce chemin mystique, Bayazid al-Bistami a décrit rencontrer des vérités divines par la guidance des anges et des prophètes. Il a exprimé cette transformation profonde dans ces mots : j’ai mué moi-même comme un serpent mue sa peau, et puis j’ai vu en moi le reflet de toute la création. Mais c’est là que les choses deviennent encore plus mystérieuses : Bayazid a parlé d’un état qu’il appelait fana, l’annihilation du soi ; dans cet état, il a dit qu’il transcendait le temps et l’espace, expérimentant le passé, le présent et l’avenir comme un seul moment. Certains plus tard croyaient que par ses pratiques spirituelles, Bayazid avait peut-être découvert le secret de voyager entre les dimensions ou même de se déplacer à travers le temps lui-même. Pour les soufis, de telles expériences n’étaient pas de la fantaisie ; elles étaient des aperçus de la réalité sans limites au-delà du voile du monde matériel, où l’âme libérée du soi s’élève vers l’union éternelle avec Allah.

La connaissance cachée des saints soufis

La connaissance cachée des saints soufis : interdite ou oubliée ? Pourquoi cette connaissance était-elle cachée ? Selon certains, les grands maîtres soufis cachaient leurs secrets les plus profonds pour protéger l’humanité d’elle-même ; cette connaissance était dite si puissante qu’elle pouvait soit illuminer l’âme soit la traîner dans l’obscurité. Ces enseignements anciens étaient rarement parlés ouvertement ; ils étaient murmurés à travers des poèmes, des métaphores et des paraboles, cachés sous des couches de signification ; seulement ceux avec des cœurs purs et des esprits disciplinés pouvaient découvrir leur vraie essence. D’autres croyaient que la secrecy venait de forces externes : des dirigeants et des autorités religieuses qui craignaient qu’une telle connaissance puisse briser l’équilibre du pouvoir. Après tout, si les limites du temps, de l’espace et même de la vie elle-même pouvaient être courbées, qui pouvait être confié pour porter cette responsabilité ?

Une telle connaissance libérerait-elle l’humanité ou l’asservirait-elle ? Mais peut-être la vérité est-elle bien plus troublante : peut-être que cette connaissance n’était jamais destinée à être trouvée par l’humanité du tout. Les soufis parlaient souvent de hijab, le voile : la barrière qui sépare notre monde de la réalité absolue. Au-delà de ce voile se trouve une vérité si vaste, si accablante, que l’esprit humain ne peut pas la comprendre seul ; seulement une âme purifiée et mûrie par des années – peut-être des vies – de raffinement spirituel pouvait traverser ce seuil en sécurité. Et ce qui se trouve au-delà de ce voile ? Certains mystiques parlent d’océans de lumière sans fin où le temps se dissout et toute séparation s’estompe ; d’autres décrivent des royaumes d’ombre où les lois de l’existence se défont et les non préparés se perdent complètement. Alors pourquoi est-il si dangereux de regarder au-delà ? Les avertissements anciens n’étaient pas sur des forces maléfiques, mais sur des chercheurs qui ont perdu leur esprit devant l’immensité de la vérité elle-même. Mais selon certains, ces chercheurs n’ont pas tombé dans la folie à cause de forces sombres ; ils ont été submergés par la pure vastitude de la vérité qu’ils avaient vue ; c’était comme s’ils avaient regardé dans un miroir cosmique infini et ne pouvaient plus reconnaître leur propre reflet. Et si cette connaissance cachée n’était pas un cadeau mais un test : une clé donnée non pour déverrouiller les secrets de l’univers, mais pour révéler qui nous sommes vraiment et si nous sommes prêts pour la responsabilité qu’une telle connaissance apporte ? Que se passerait-il si nous déchirions le voile trop tôt : éveillerions-nous quelque chose que l’humanité n’est pas encore évoluée assez pour comprendre ou contrôler ?

Certains disent que la science moderne et la technologie nous ont maintenant amenés au même seuil que les soufis gardaient pendant des siècles, mais la question reste : sommes-nous prêts à le traverser ? Nous avons découvert la possibilité d’une sagesse ancienne, une qui a été cachée et protégée à travers les âges. Pourtant, ce n’est pas la fin ; c’est seulement le début. Nous avons marché à travers les chemins mystiques des saints soufis, aperçu les secrets qu’ils protégeaient : les dimensions cachées, les pouvoirs invisibles et l’unité qui lie toute l’existence. Mais ce n’est pas seulement une vieille histoire ; c’est un héritage vivant. Les voiles dont ils parlaient nous entourent encore ; les portes qu’ils ont ouvertes se tiennent encore, attendant ceux qui osent entrer. Et maintenant, nous nous tenons juste à ce seuil ; les mêmes questions qu’ils ont autrefois posées résonnent encore aujourd’hui : qui sommes-nous ? Qu’est-ce que la réalité ? Et que se passe-t-il quand nous faisons face à des vérités que nous ne sommes pas encore prêts à voir ? Peut-être c’est pourquoi vous êtes venu ici ; peut-être que vous aussi avez ressenti l’appel.

Ce voyage n’est pas terminé ; en fait, il ne fait que commencer.

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Pierre d’Allergida
Pierre d’Allergida
Pierre d'Allergida, dont l'adhésion à la Franc-Maçonnerie remonte au début des années 1970, a occupé toutes les fonctions au sein de sa Respectable Loge Initialement attiré par les idéaux de fraternité, de liberté et d'égalité, il est aussi reconnu pour avoir modernisé les pratiques rituelles et encouragé le dialogue interconfessionnel. Il pratique le Rite Écossais Ancien et Accepté et en a gravi tous les degrés.

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