dim 22 février 2026 - 15:02

Milano Cortina 2026 : quand la neige devient une leçon de fraternité

Ce 22 février 2026, un moment rare nous rassemble dans l’Arène de Vérone. Ici, la pierre antique ne sert pas seulement d’écrin. Elle devient témoin. L’Arena accueille la cérémonie de clôture des Jeux d’hiver, grand final conçu et produit par Filmmaster, diffusé dans le monde entier, et tissé de musique, d’art et d’élan sportif, comme une dernière respiration commune avant que la flamme ne s’incline.

Dans quelques instants, nous rendrons hommage à toutes celles et tous ceux qui ont porté ces Jeux, athlètes, équipes, bénévoles, artisans de l’ombre. Puis viendra le geste traditionnel de passation, celui qui dit merci sans s’attarder, celui qui ferme sans enfermer. Il honore les réussites, les liens noués, les adversités traversées, et il ouvre déjà la page suivante du Mouvement olympique.

Le choix de cette arène n’a rien d’anodin

Elle incarne la profondeur culturelle italienne, ce dialogue continu entre l’héritage et le présent. Ce soir, le passé romain ne fait pas écran. Il sert de socle. Et l’avenir s’y pose, non comme une rupture, mais comme une promesse. La même scène accueillera d’ailleurs, le 6 mars 2026, l’ouverture des Jeux paralympiques, comme si l’Arena acceptait de porter deux seuils, deux commencements, deux façons de dire la dignité humaine par le corps en action.

Ces Jeux d’hiver ont été une géographie éclatée, presque initiatique. Une Italie en archipel, de la ville aux vallées alpines. L’ouverture, le 6 février 2026, s’est jouée d’abord au San Siro, tout en se reliant à d’autres lieux, comme un récit qui refuse l’unique centre et rappelle que l’unité n’est pas donnée, elle se fabrique.
Et ce soir, la clôture se déplace jusqu’à cette arène, comme si le fil invisible des Jeux venait se nouer au cœur d’un monument fait pour les rassemblements.

La devise officielle, IT’s Your Vibe, dit exactement cela

Une devise qui peut se traduire par « C’est ton ambiance » ou plus maçonniquement parlant

« À chacun sa vibration ».

Elle ne se contente pas d’afficher un slogan. Elle propose une vibration commune, modulable, appropriable, un appel à entrer dans un récit collectif sans dissoudre les singularités.

Au centre de ce récit, International Olympic Committee rappelle trois valeurs fondatrices, excellence, respect, amitié.


Et la Charte olympique formule l’Olympisme comme une philosophie de vie qui cherche l’équilibre entre le corps, la volonté et l’esprit, en reliant le sport à la culture et à l’éducation.

C’est ici qu’une lecture maçonnique devient naturelle. Non pour récupérer, mais pour reconnaître des correspondances. Il ne s’agit pas d’un sport réduit au spectacle. Il s’agit d’une discipline du caractère. Une règle librement acceptée. Une rivalité tenue dans les limites du juste.

La franc-maçonnerie, dans ses courants variés, porte une intuition proche

Anneaux olympiques
Anneaux olympiques

La fraternité n’y est pas un simple sentiment. Elle est une méthode. Elle s’éprouve dans le temps, dans l’écoute, dans la maîtrise des angles morts de l’ego. La Grande Loge de France rappelle une démarche initiatique spiritualiste et humaniste.
Le Grand Orient de France affirme la tolérance mutuelle et la liberté absolue de conscience, en attachant une importance fondamentale à la laïcité.
Et Le Droit Humain souligne combien la laïcité permet de vivre ensemble en liberté, en distinguant l’espace de la citoyenneté et celui des convictions.

On entend la consonance avec l’Olympisme

L’amitié olympique a la texture d’une fraternité profane. Le respect rejoint la tolérance initiatique. L’excellence rappelle la pierre brute, non pour la juger, mais pour la travailler, maillet intérieur, ciseau de la conscience, jusqu’à ce que le geste devienne vrai.

Les sports d’hiver ajoutent une puissance symbolique particulière. La neige recouvre. Le blanc égalise les reliefs. Le monde semble lavé, simplifié. Pourtant, dès le premier passage, la trace apparaît. Alors on comprend que le blanc n’est pas le vide. Il est l’épreuve de la trace.

Dans une lecture initiatique, le blanc peut être promesse de purification, mais une promesse qui n’innocente personne

Il oblige. Parce qu’il montre tout. La faute se voit. La tricherie se lit. L’excès se paie. Le froid n’est pas un décor. C’est un maître exigeant. Il enseigne la sobriété, la respiration, la tenue.
Tu peux glisser. Tu ne peux pas mentir longtemps. La montagne finit par demander des comptes.

Chaque discipline devient alors une parabole de construction intérieure.

Ski alpin. La vitesse n’est pas l’ivresse. Elle est l’art de lire la limite. Le courage devient lucidité.

Ski de fond. Le temps long. La patience. L’effort sans applaudissements immédiats. La persévérance comme morale.

Biathlon. Contraires réunis. Le souffle qui s’emballe, puis la précision. Apprendre à calmer la tempête intérieure avant de viser juste.

Saut à ski. Quitter l’appui au moment exact. La confiance n’est pas naïveté. Elle est préparation.

Patinage artistique. La géométrie incarnée. Le cercle, l’axe, la mesure. La beauté comme justesse, pas comme ornement.

Curling. La pierre ne va nulle part sans l’équipe. On accompagne, on corrige, on sert la trajectoire. Une leçon de fraternité opérative.

Hockey sur glace. Puissance et intensité, mais la règle doit rester souveraine. Sans respect, le jeu bascule en violence.

Dans les épreuves de vitesse, l’erreur est immédiate, la sanction nette. Le mensonge n’a pas d’espace, seulement des secondes perdues. Cette lecture n’idéalise pas. Elle rappelle que l’éthique n’est pas un discours. C’est une tenue. On peut gagner en s’avilissant, et alors la victoire devient une défaite intérieure. On peut perdre en restant juste, et alors la défaite devient une pierre posée.

Et puis il y a la flamme, langage universel, simple et ancien

Cette édition a même inventé un signe nouveau, deux vasques, deux lieux, un même feu. À Arco della Pace, la vasque milanaise suspendue a attiré les regards. Son dessin s’inspire des entrelacs de Leonardo da Vinci, ces nœuds qui figurent la concorde, l’accord entre nature et art humain. Les deux flammes, allumées ensemble, doivent s’éteindre ensemble ce soir, puis se rallumer pour les Jeux paralympiques.


On peut y voir plus qu’un effet de scène

On peut y lire une idée, rassembler sans confondre, éclairer sans dominer. Dans la tradition maçonnique, la lumière ne se brandit pas, elle se sert. Dans l’Olympisme, la flamme ne désigne pas un camp, elle rappelle un horizon.

Alors, dans cette Arène, au moment du grand final, retenons peut-être ceci

L’hiver olympique ne célèbre pas seulement des médailles. Il célèbre la capacité humaine à rester debout sur ce qui glisse. La neige efface, puis elle révèle. Et c’est peut-être là que l’Olympisme et la franc-maçonnerie se reconnaissent le mieux, non dans un symbole affiché, mais dans une même discipline du juste, fraternelle, libre, et sans cesse à recommencer.

Ce soir, la flamme va s’incliner. Que notre exigence, elle, demeure.

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Pierre d’Allergida
Pierre d’Allergida
Pierre d'Allergida, dont l'adhésion à la Franc-Maçonnerie remonte au début des années 1970, a occupé toutes les fonctions au sein de sa Respectable Loge Initialement attiré par les idéaux de fraternité, de liberté et d'égalité, il est aussi reconnu pour avoir modernisé les pratiques rituelles et encouragé le dialogue interconfessionnel. Il pratique le Rite Écossais Ancien et Accepté et en a gravi tous les degrés.

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