Proposé en exclusivité par Bernard Fontaine
Dans les méandres de la littérature fantastique et des énigmes historiques, certains ouvrages émergent comme des phares énigmatiques, illuminant des secrets enfouis sous des couches de symboles et d’allusions. Le Réveil des Titans, roman publié en 1968 par Jean Rignac aux éditions Albin Michel, en est un exemple saisissant. C’est Erik Sablé, figure éminente des études ésotériques, qui m’a orienté vers cette œuvre, la décrivant comme mystérieusement codée, imprégnée d’un voile de mystères qui dépasse la simple fiction.
Le récit envoûtant de Daniel Vermain

Au cœur de ce roman, Daniel Vermain, un ingénieur rationaliste ancré dans le monde tangible, se voit confronté à son ami occultiste, Massan. Ce dernier le met au défi : accomplir un rituel précis pour s’ouvrir enfin aux mystères de l’invisible. Suivant scrupuleusement les instructions de son ami, Vermain parvient à établir un contact avec une entité lors d’une invocation magique. Cette présence surnaturelle le guide vers une région mystérieuse, où un secret ancestral repose au fond d’un gouffre d’un vert profond. Là, dans les abysses, il découvre un signe énigmatique : un cercle surmonté d’une croix et dominant une autre croix. Non loin, un coffre orné d’une tête représentant Baphomet renferme deux parchemins. Ces éléments révèlent l’identité des « Fils des Dieux », tels que décrits dans la Genèse, que l’Ordre du Temple a réussi à réveiller. À son tour, Daniel Vermain, accompagné de Germaine de Mondray, se lance dans la grande évocation ultime, un rituel qui transcende les frontières du visible et de l’invisible.
Jean Rignac : de l’ingénierie à l’astrologie mystique

L’auteur, Jean Rignac, n’était pas un romancier ordinaire. Ingénieur radio-électricien de formation, il s’est ensuite tourné vers l’astrologie, animant une chronique astrologique quotidienne sur Radio-Télé-Luxembourg. Selon sa fiche Wikipedia, pour tenir compte de l’influence de la constellation d’Ophiuchus, qui empiète sur l’écliptique, il a introduit l’usage d’un treizième signe dans le zodiaque, qu’il a nommé « Serpentaire », un terme emprunté à la mythologie romaine. Ce détail n’est pas anodin. Il évoque immédiatement le zodiaque à treize signes employé par Pierre Plantard dans une carte publiée dans Les Templiers sont parmi nous, ouvrage de Gérard de Sède paru en 1962. Ce livre précède de plusieurs années les publications astrologiques de Jean Rignac, qui ne commenceront qu’en 1969.
La carte de 1962 : porte d’entrée d’un « Jeu » national
Cette carte de 1962 revêt une importance capitale. Elle constitue la porte d’entrée d’un « jeu » (1) mis en place non seulement à Gisors ou à Rennes-le-Château, mais sur l’ensemble du territoire français. Le nombre d’Or y devient un guide essentiel, invitant à tracer un long parcours à l’aide de la géométrie sacrée. Pour débuter ce périple et entrer dans un mystérieux cénacle, il fallait résoudre l’énigme du triangle hermétique des « trois têtes » (2).
Les liens avec Pierre Plantard et l’académie latine

En revoyant Erik Sablé, celui-ci m’a confié que Jean Rignac aurait été membre de l’Académie Latine, une organisation fondée par Pierre Plantard à la Libération. Il m’a indiqué sa source : un certain Jean Peychinoux (3). Jean Peychinoux avait lui-même connu Pierre Plantard. Il avait été membre de Vaincre durant l’Occupation, puis de l’Académie Latine. En 1950, Pierre Plantard lui proposa de rejoindre une société secrète dont la direction avait été confiée à la maîtresse de feu Georges Monti. Lors d’une conversation téléphonique avec Peychinoux, je lui ai fait part de ma lecture de Le Réveil des Titans. Il m’a révélé que si Jean Rignac avait bel et bien écrit ce livre, une autre personne y avait participé. L’affaire de Gisors y était reprise d’une autre façon : il n’y avait plus de puits, mais un gouffre. Ce n’était plus trente coffres, mais un seul coffre, avec toujours en jeu le dévoilement du secret des Templiers : un rituel magique d’évocation majeur révélant ce qu’était réellement le Baphomet. Enfin, ce même coffre recelait deux parchemins en latin, un renvoi à la soi-disant découverte de l’abbé Saunière.
Une farce dirigée contre Pierre Plantard
Selon Peychinoux, ce livre n’était qu’une farce dirigée contre Pierre Plantard, en réponse à ses manipulations. Il dévoilait deux secrets : la signature utilisée par Pierre Plantard pour une certaine correspondance entre « initiés » d’une confrérie magique – un cercle surmonté d’une croix et dominant une croix, c’est-à-dire le signe de la terre fusionnant celui de Vénus. Enfin, la couleur verte du gouffre, qui était la couleur de l’écriture pour ces mêmes initiés.
Notes
(1) Ce mot de « jeu » fut employé par Pierre Plantard devant le juge Thierry Jean-Pierre, qui n’y comprit rien.
(2) Correspondance Pierre Plantard – Jean Peychinoux. Cette énigme est reprise dans Les Templiers sont parmi nous.
(3) Erik Sablé lui consacre de nombreuses pages dans son dernier livre Dieu comme expérience intérieure.
Cet ouvrage, au croisement de la fiction et des intrigues historiques, invite à une réflexion profonde sur les mystères templiers et les jeux d’ombres ésotériques qui ont marqué le XXe siècle. Le Réveil des Titans n’est pas seulement un roman ; c’est une clé codée vers des arcanes oubliés, où la rationalité rencontre l’invisible dans un tourbillon de symboles éternels.
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