mar 27 janvier 2026 - 13:01

Arcane XII : Le Pendu – Le monde à l’envers

Le Rappel de l’Aventure : Le Grand Basculement

Le pendu Arcane XII. Voyageurs, faites une pause. Nous venons de vivre une ascension fulgurante. Avec La Force (XI), nous avons atteint ce qui semblait être le sommet de la maîtrise humaine. Nous avons dompté nos lions intérieurs, nous avons saisi notre destin à bras-le-corps avec une confiance absolue. Nous étions des conquérants, debout, ancrés, solaires.

Mais le chemin initiatique n’est pas une ligne droite, c’est une quête avec ses montagnes et ses vallées. Et tout sommet appelle une descente. Soudain, le sol se dérobe. Ou plutôt, nous choisissons de ne plus le toucher. Nous passons de la verticale à l’inversé. Fini l’action, place à la suspension. Vous entrez officiellement dans la seconde moitié du voyage. Bienvenue dans le monde de l’Esprit. Voici… Le Pendu (XII).

Le Pendu XII – Tarot Oswald Wirth – Paris 1889

Le Billet d’Humeur : Quand avoir tort devient une libération

Nous avons tous vécu cette situation paradoxale : plus on s’obstine à courir après un objectif, plus il nous échappe. On force, on insiste, on se crispe, on fait « n’importe quoi » pour débloquer la situation, et pourtant, tout se fige.

Le « mieux » devient l’ennemi du « bien ».

Mais le Pendu représente une expérience encore plus intime et troublante que le simple blocage : le moment de la désillusion nécessaire.

C’est cet instant précis où l’on découvre que l’on nous avait menti, ou pire, que l’on avait tort dans nos convictions les plus profondes. On réalise soudain que l’échelle que l’on gravissait avec tant d’efforts nous menait à une impasse. La réaction naturelle de l’ego est la colère ou le déni (la crispation sur la corde). Mais l’Arcane XII nous invite à la réaction inverse : accepter de retourner notre point de vue. Il faut parfois admettre que nous faisions fausse route. Se crisper sur un objectif qui nous échappe parce que nos prémisses étaient fausses est une perte d’énergie vitale. Le Pendu nous enseigne une leçon d’humilité radicale : lâcher prise et admettre que « je me suis trompé » n’est pas une défaite. C’est la seule façon de se remettre dans le sens de la Vérité pour continuer à avancer. Accepter d’avoir tort est la porte d’entrée vers la lucidité.

La Problématique : L’Empereur quitte la terre

Observez bien sa posture sur la carte. Elle vous rappelle quelqu’un, n’est-ce pas ? Ses jambes sont croisées, formant un « 4 ». Il est calme, structuré… C’est L’Empereur (IV) ! Mais un Empereur vu dans un miroir inversé.

L’Empereur (IV) était assis sur son cube, régnant sur la matière, construisant le monde concret, les pieds bien à plat sur le sol.

Le Pendu (XII) a ingurgité cette matière. Son apprentissage terrestre est terminé. Il a atteint la maîtrise de la Force. Désormais, il flotte. Il n’a plus les pieds sur terre.

Il est passé dans le monde de l’Esprit. Regardez son visage : il ne souffre pas. Il est serein. Il ne subit pas sa peine, il médite. La question n’est plus « comment faire » (domaine de l’Empereur), mais « comment voir ». Il nous invite à une gymnastique radicale : inverser notre regard sur le monde pour en comprendre le sens caché. Les pièces d’or et d’argent tombent de ses poches : ce qui avait de la valeur en bas (la beauté, la richesse, le pouvoir) n’en a plus aucune dans cette position. Il se déleste pour s’alléger.

Focus Maçonnique : Le Midi de l’Esprit (Et le dépouillement des métaux)

En Loge, le Pendu évoque ce moment crucial où le Maçon, après avoir taillé sa pierre (l’action de la Force), doit prendre du recul pour vérifier l’alignement de son œuvre avec le plan du Grand Architecte.

Illustration d'acacia avec écriture au dessous

Regardez les poutres du gibet dans le Tarot d’Oswald Wirth : elles ne sont pas faites de bois mort, mais de bois vert, avec des cicatrices de branches coupées encore vivantes. C’est une structure végétale en pleine sève. Cela ne vous rappelle-t-il pas l’Acacia, ce symbole de la vie qui persiste quand tout semble mort ? Le Pendu n’est pas un cadavre, c’est une graine qui germe vers l’intérieur.

De plus, cette position inversée illustre parfaitement le rituel du dépouillement des métaux. Les pièces d’or et d’argent tombent des poches du Pendu. Pour le Franc-Maçon, cela signifie que tout ce qui brille dans le monde profane (le rang social, la richesse, les médailles) n’a plus aucune valeur dans le Temple intérieur. Le Maçon « pendu » est celui qui a compris que pour recevoir la Lumière, il faut d’abord se vider de ses vantardises.

Enfin, c’est l’arcane qui représente le Vénérable Maître qui, après avoir reçu un certain degré de connaissance fait redescendre la lumière acquise sur les colonnes.

L’Analyse Mystérieuse (Ce que le miroir reflète sans tout dévoiler)

Dans Le Tarot miroir des symboles, nous plongeons dans la mécanique sacrée de la carte pour révéler ce qui est caché derrière l’image.

Le Miroir Inversé : La réponse est déjà là Avec cet Arcane XII, nous sommes arrivés à la moitié exacte du chemin majeur. Jusqu’à la Force (XI), nous posions des questions, nous cherchions à construire notre identité. À partir du Pendu, la question a déjà trouvé sa réponse. Le sommet de la pyramide est franchi. Nous entamons la redescente (le retour vers la Source). Dans cette seconde partie du voyage, nous allons retrouver les mêmes archétypes que dans la première partie, mais reflétés dans le miroir de l’esprit. Le Pendu est ce pivot optique : il nous montre que pour monter plus haut, il faut désormais accepter de descendre en soi.

La Kabbale du Renoncement : Lamed, Hod et Tipheret

L’Arcane XII est associé à la lettre hébraïque Lamed (ל).

C’est une lettre magnifique qui s’élance vers le haut, symbolisant l’étude, l’enseignement, mais aussi l’aiguillon qui dirige. On peut traduire cela par : vous avez incorporé l’enseignement, vous avez les capacités pour diriger votre conscience par l’esprit.
Cependant, sur l’Arbre de Vie, le sentier du Pendu est celui qui relie Hod (La Gloire) à Tipheret (La Beauté). C’est ici que le renoncement prend tout son sens mystique. Pour traverser ce pont et rejoindre le cœur de l’Arbre, le voyageur doit abandonner ces deux illusions :

Il doit renoncer à La Gloire (Hod) : l’intellect brillant qui veut avoir raison, la reconnaissance sociale, l’orgueil de « savoir ».

Il doit se détacher de La Beauté (Tipheret) extérieure : l’harmonie de façade, le confort esthétique. Le Pendu accepte d’être vulnérable, voire « laid » ou incompris aux yeux du monde, pour toucher une vérité plus profonde. Il sacrifie le paraître pour l’être.

L’Archétype de Propp : Le Twist Scénaristique

Le Pendu n’est pas un personnage qui agit, c’est un moment de bascule. Dans la quête du Héros, le Pendu est le renversement, le « Twist ». C’est l’instant de la révélation où le héros s’aperçoit qu’il faisait fausse route, qu’il a été trahi ou qu’il s’est mépris sur la nature de sa quête. Le Héros est obligé d’abandonner ses anciennes croyances (ses pièces d’or) pour voir la vérité. Ce temps d’arrêt forcé est le calme avant la tempête, la prise de conscience nécessaire avant la confrontation finale. Le Pendu permet au récit de repartir sur des bases saines, débarrassées du mensonge.

En Aparté : L’Échelle de Jacob (La redescente de l’Ange)

Prenons de la hauteur biblique pour comprendre ce renversement.

Pourquoi le Pendu a-t-il la tête en bas ? Est-il puni ? Est-il tombé ? Pour comprendre la beauté de ce geste, il faut relire le songe de Jacob dans la Genèse : il voit une échelle dressée entre la terre et le ciel, sur laquelle « les anges de Dieu montent et descendent ».

La Montée (I à XI) : Toute la première partie du Tarot (du Bateleur à la Force) était la montée de l’initié vers le Ciel. Nous avons spiritualisé la matière, construit notre ego, atteint le sommet de la Force.

La Redescente (XII à XXI) : Avec le Pendu, nous sommes arrivés en haut de l’échelle. Mais le but de l’initiation n’est pas de fuir le monde pour rester dans les nuages ! Le but est de ramener la lumière sur terre.

Le Pendu annonce la redescente de l’Ange sur terre. Il a les pieds (ses racines) au ciel et la tête vers la terre. Le pendu n’est pas tombé, il revient volontairement. Il s’apprête à ré-enchanter la matière avec la conscience qu’il a acquise là-haut. C’est le mouvement le plus sacré qui soit : l’esprit qui accepte de redescendre pour féconder le monde concret.

Cela devient évident quand on place les tarots en échelle.

Conclusion

Le Pendu n’est pas une carte de sacrifice, c’est une carte de libération par la lucidité. Il vous murmure :

« Arrête de t’agiter. Ce que tu cherches ne se trouve pas là où tu regardes. »

Vous avez eu le courage d’agir avec la Force. Aurez-vous maintenant le courage bien plus grand d’admettre que vous aviez tort ? D’abandonner votre désir de gloire pour devenir ce messager entre le ciel et la terre ? Accepter que l’on se soit trompé de route n’est pas un échec, c’est le début de la vraie sagesse.

Préparez-vous, car ce moment de suspension n’est que le calme qui précède le changement le plus radical de votre existence. Si le Pendu accepte de perdre ses vieilles peaux et ses illusions, c’est pour mieux laisser la place à ce qui arrive ensuite… L’implacable Arcane sans Nom.

Le Pendu a dit : « J’ai retourné ma vision du monde pour que mes poches se vident de mes illusions. Je suis l’échelle vivante : mes racines sont au ciel, ma mission est sur terre. »

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Christophe Martin
Christophe Martin
Initié en 2010 à la Grande Loge Symbolique du Rite Écossais Primitif sous la filiation Robert Ambelain, je poursuis mon chemin au sein des loges stuartistes. Écrivain public et auteur-conseil, correspondant de presse depuis 30 ans, j’accompagne celles et ceux qui souhaitent transmettre leur histoire en leur consacrant des biographies familiales et personnelles. Passionné par la transmission du savoir et de la mémoire, je me considère avant tout comme un passeur de mémoire. C’est l’étude du Tarot d’Oswald Wirth qui m’a mené à la Franc-Maçonnerie ; un parcours qui trouve aujourd’hui son juste retour dans la publication d’un ouvrage destiné à éclairer celles et ceux désireux d’explorer ce sujet.

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