mer 21 janvier 2026 - 15:01

24/01/26 Conférence au Château Saint Antoine : « Francs-maçons dans la Résistance en Provence »

Il est des conférences qui ne relèvent pas seulement du savoir, mais du devoir de lucidité. En ouvrant largement ses portes au public, la Respectable Loge N°1 « Saint-Jean d’Écosse – Mère Loge Écossaise », à l’Orient de Marseille, propose un rendez-vous rare, à la fois historique et fraternel, sur un sujet où la mémoire est souvent encombrée de clichés et où la vérité exige nuance.

Jean-Marie Guillon – Photo DR – source La Marseillaise

Le samedi 24 janvier 2026, à 18 heures, la Loge accueillera Jean-Marie Guillon, professeur des universités honoraire en histoire contemporaine (Aix-Marseille), pour une conférence intitulée « Franc-maçonnerie et Résistance en Provence (1940-1944) ».

Château Saint-Antoine
10 boulevard Jules Sebastianelli
13011 Marseille

Jean-Marie Guillon, un historien au plus près des réseaux et des hommes

Le nom de Jean-Marie Guillon est indissociable de l’histoire de la Résistance méridionale, et tout particulièrement du Var. Agrégé d’histoire, il a conduit une recherche de longue haleine, nourrie d’archives et d’enquêtes de terrain, jusqu’à sa thèse d’État, La Résistance dans le Var. Essai d’histoire politique (soutenue en 1989), qui demeure l’un de ses repères majeurs.

Archives Départementales du Var

Les Archives départementales (Bouches-du-Rhône, Var, etc.) conservent d’ailleurs des ensembles liés à son travail, révélateurs de cette méthode patiente et rigoureuse qui privilégie le réel des engagements sur les récits simplificateurs.

Cette rigueur a valu à l’historien une reconnaissance publique récente, signe que la nation redécouvre, à travers ses chercheurs, le prix des fidélités clandestines.

Pourquoi « franc-maçonnerie » et « Résistance » ne doivent ni se confondre, ni s’ignorer

L’enjeu de la conférence, tel qu’annoncé, est clair : faire connaître la place du milieu maçonnique dans la Résistance, en Provence comme ailleurs, sans exclusivité ni mythe, à côté d’autres familles d’engagement tout aussi décisives (communistes, démocrates-chrétiens, militaires, etc.).
Autrement dit, sortir à la fois de deux impasses

  • l’idée naïve d’une « Résistance maçonnique » homogène et centrale
  • l’effacement, tout aussi faux, de l’apport de nombreux francs-maçons, pris individuellement ou par sociabilités, dans les réseaux, les maquis, la presse clandestine, les filières, les services de renseignement.

Cette mise au point est d’autant plus nécessaire que le régime de Vichy a fait de l’antimaçonisme un instrument politique et policier. La loi du 13 août 1940 interdisant les « associations secrètes » organise dissolution, séquestres, sanctions administratives, et ouvre une période de persécution documentée.


La Résistance, dès lors, n’est pas un décor héroïque mais un choix, parfois solitaire, dans un temps où l’appartenance maçonnique pouvait devenir un motif de traque.

Provence 1940-1944, une scène décisive

Parler de Provence, c’est parler d’un espace où se croisent plusieurs dynamiques

  • une zone d’abord dite « non occupée », puis sous occupation italienne et allemande, avec des bascules rapides
  • des villes portuaires, des voies de passage, des terrains de maquis
  • et, en 1944, l’horizon du Débarquement de Provence, qui reconfigure l’action clandestine et la répression.

Dans ce théâtre contrasté, la conférence promet d’éclairer la place significative du milieu maçonnique d’un bout à l’autre de la période, précisément parce que la chronologie compte : 1940 n’est pas 1943, et 1943 n’est pas 1944.

Un focus GLDF : des Frères, des destins, des preuves

Les organisateurs annoncent un focus singulier sur des Frères de la Grande Loge de France impliqués dans la Résistance, parmi lesquels sont cités Roger Nathan (R∴L∴ n°104 Justice Égalité) et Jules Sebastianelli (R∴L∴ n°511 L’Amitié Latine), ainsi que d’autres victimes du pétainisme ou du nazisme.

Le point important, ici, est la méthode : nommer, documenter, situer. Non pour dresser un panthéon de façade, mais pour restituer l’épaisseur des choix, des risques, des chutes et des fidélités. Là où l’initiation travaille à bâtir un Temple intérieur, l’Histoire rappelle que certaines pierres ont été payées au prix fort.

Une filiation mémorielle : Nice 2025, et la présence annoncée de Thierry Zaveroni, Passé Grand Maître

Thierry Zaveroni

Cette conférence s’inscrit aussi dans un geste mémoriel récent. En mai 2025, à Nice, une plaque commémorative a été dévoilée en hommage à trois Frères « morts pour la France », Eugène Courbet, Robert Thivin, Wladimir Joukoff, tous membres de la R∴L∴ Fraternité Écossaise 432. Le discours prononcé à cette occasion par Thierry Zaveroni, alors Grand Maître de la Grande Loge de France, rappelait la fermeture des Loges, les arrestations, la profanation symbolique, et cette idée forte que l’on peut abattre des Temples de pierre sans éteindre le « Temple du cœur ».
Il est annoncé que Thierry Zaveroni sera présent à Marseille pour ce rendez-vous du 24 janvier : présence qui donne à l’événement une densité particulière, comme si la mémoire, au lieu de se figer, venait répondre à l’Histoire par une continuité d’exigence.

Une Loge au nom lourd d’Histoire : Saint-Jean d’Écosse, « Mère Loge Écossaise »

Le cadre n’est pas neutre. Saint-Jean d’Écosse est un nom qui résonne dans l’histoire maçonnique marseillaise et méditerranéenne : une tradition qui revendique une constitution au XVIIIe siècle et un rayonnement ancien, entre ports, correspondances, et circulation des hommes.

Sans céder aux légendes faciles, rappeler cette profondeur historique aide à comprendre pourquoi Marseille demeure un lieu pertinent pour interroger les liens entre sociabilités, engagements, et résistances.

Il y a des dates où l’on commémore. Et il y a des dates où l’on comprend

Le 24 janvier, à Marseille, il ne s’agira pas d’ajouter un récit à d’autres récits, mais d’approcher, au plus près des archives et des consciences, ce moment où la fraternité persécutée devient courage, et où l’Histoire, enfin, rend à chacun son vrai nom.

Jean-Marie Guillon rendra hommage aux FF∴ victimes du nazisme ou du régime collaborationniste du maréchal Pétain. 

Jean-Marie Guillon abordera également les manquements au serment qui ont conduit certains à s’engager dans des formes de collaboration. 

Informations pratiques

La conférence est ouverte à toutes et tous.
Accueil à partir de 16 heures. Clôture des émargements à 17 h 50. Parking gratuit. Comptoir du livre, la librairie.

Lieu : Château Saint-Antoine, 10 boulevard Jules Sebastianelli, 13011 Marseille

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