jeu 15 janvier 2026 - 13:01

Maupassant, l’urne et la présence : contre l’abstention, le vrai combat démocratique

« Quand on voit de près le suffrage universel et les gens qu’il nous donne, on a envie de mitrailler le peuple et de guillotiner ses représentants. Mais quand on voit de près les princes qui pourraient nous gouverner, on devient tout simplement anarchiste. »

L’écrivain et journaliste littéraire Guy de Maupassant (1850 – 1893) lâche cette phrase comme on claque une porte, dans une lettre à la comtesse Potocka datée du 13 mars 1884. Elle dit la tentation du dégoût, l’ivresse sombre du trait définitif, et l’ombre portée des « princes », ces sauveurs supposés dont l’histoire, si souvent, a montré le coût. Cette colère est un éclair, mais un éclair peut aussi servir d’alibi. Car le risque, quand on s’en nourrit, n’est pas seulement de juger sévèrement le suffrage universel : c’est de glisser vers le retrait, puis vers l’abstention, cette pente douce qui donne l’impression de se protéger alors qu’elle nous démet.

À l’approche des municipales, ce vertige nous guette encore

Le 1er tour des élections municipales 2026 aura lieu le dimanche 15 mars. Le 2e tour, là où il est nécessaire, aura lieu le dimanche 22 mars. Et c’est précisément parce que la démocratie est parfois irritante, lente, imparfaite, qu’elle exige notre présence. Le pire n’est pas l’imperfection du suffrage : c’est l’abstention, cette chaise vide qui laisse la cité se construire sans nous.

Car l’abstention n’est pas un simple soupir individuel

C’est une délégation sans contrôle. C’est laisser d’autres tracer les plans du quartier, régler la lumière des rues, décider de la place des écoles, des bibliothèques, des associations, de la dignité concrète des services publics. En somme, c’est abandonner cette chose humble et décisive que la tradition maçonnique reconnaît instinctivement : l’art de bâtir. La cité, au sens ancien, n’est pas un décor mais un ouvrage. La démocratie n’y est pas une abstraction. Elle est un escalier qu’on emprunte chaque matin, un carrefour où l’on apprend à faire tenir ensemble l’intérêt particulier et le bien commun.

Avec un regard maçonnique, l’image est simple

Le bulletin de vote ressemble à une petite pierre confiée à l’urne. Non pour adorer un candidat, mais pour assumer sa part dans l’édifice commun. La démocratie, dans cette perspective, n’est pas un régime parfait : c’est une méthode pour éviter que la force brute, l’héritage, l’argent ou la peur ne deviennent les seuls maîtres d’œuvre. Elle organise le désaccord, elle canalise la conflictualité, elle transforme la colère en procédure, la plainte en possibilité, le bruit en décision. Elle ne promet pas le Bien ; elle empêche que le pire s’installe sans résistance.

Maupassant, lui, choisit la formule qui choque : mitraille, guillotine

Notre siècle devrait comprendre l’alchimie inverse. On ne répond pas au désenchantement par la disparition, on répond par la présence. On ne guérit pas le politique en désertant le politique. La lucidité n’est pas un droit à l’abandon : c’est un devoir de discernement.

Alors oui, il y aura des promesses trop rondes, des affiches trop lisses, des calculs trop visibles. C’est le réel, et il faut le regarder en face. Mais la question n’est pas où est la pureté. La question est qui travaille, qui tient parole, qui respecte, qui écoute, qui sait gouverner sans humilier, et qui refusera que la fatigue civique serve de marchepied aux cynismes et aux brutalités. La démocratie se défend rarement par de grands discours. Elle se défend par des gestes simples : vérifier, se déplacer, voter, puis veiller, questionner, participer.

On ne critique pas une cathédrale en restant dehors

On entre, on s’outille, on taille, on ajuste, on rectifie. La démocratie n’est pas un spectacle : c’est un chantier. Et l’abstention, elle, n’est pas une hauteur morale : c’est un renoncement qui laisse le champ libre.

Le 15 mars, puis le 22 mars 2026, n’allons pas chercher des princes, ni des sauveurs, ni des mythes. Restons à notre tâche : bâtir la cité possible, imparfaite mais vivante. Entrons dans l’ouvrage, posons notre pierre, et gardons la main sur ce qui nous appartient à tous. La démocratie ne se vénère pas, elle se pratique et elle se perd d’abord quand on cesse d’y prendre part.

En ce 15 janvier 2026, nous sommes à J-59 du 1er tour (15 mars 2026), et à J-66 du 2e tour (22 mars 2026).

A découvrir aussi :

LA VIE PRIVÉE DE GUY DE MAUPASSANT de Jean-Paul Lefrebvre-Filleau, Éditions LOL

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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