sam 03 janvier 2026 - 13:01

Passage à l’Orient Éternel de notre TCF Alain-Jacques Lacot, dit Jacques Viallebesset

C’est en cette fin de semaine, ce vendredi 2 janvier 2026, aux alentours de 17 heures, que la nouvelle nous est parvenue par la voix fraternelle de notre TCF Philippe Benhamou : notre Très Cher Frère Alain-Jacques Lacot (1949 – 2025) a rejoint l’Orient éternel. Sous son nom d’homme, il fut un passeur et un artisan du livre, l’un de ces ouvriers de l’ombre qui polissent patiemment la pierre des textes afin que d’autres y trouvent une clarté. Sous son nom de plume, Jacques Viallebesset, il fut une voix singulière, où la poésie et l’initiation se tiennent à la même hauteur, sans effet, sans posture, avec cette gravité légère des âmes qui savent.

Alain-Jacques Lacot FB Philippe Benhamou

Selon l’hommage publié par Strophe – le magazine de toutes les poésies, Alain-Jacques Lacot s’est éteint le 30 décembre 2025. À sa famille, à ses proches, à ses amies et amis, ainsi qu’à tous ses Frères et toutes ses Sœurs, 450.fm adresse ses condoléances les plus sincères.

Un éditeur au service d’une mémoire vivante

Dans le paysage maçonnique, il y a des figures de tribune, et il y a des figures de construction. Alain-Jacques Lacot appartenait à cette seconde lignée : celle qui sait que la transmission n’a rien d’un slogan, et qu’elle se joue souvent dans la patience d’un manuscrit relu, d’un auteur encouragé, d’une maquette reprise, d’un texte repris jusqu’à sa justesse.

Longtemps directeur éditorial chez Dervy (groupe Guy Trédaniel), il a accompagné, fait naître ou consolidé une multitude de titres qui ont éclairé le public maçonnique et ésotérique. Parmi ses jalons majeurs, on lui doit d’avoir dirigé, avec Pierre Mollier et au sein de l’Institut Maçonnique de France, Les plus belles pages de la franc-maçonnerie française (Dervy, 2003), ouvrage repère, véritable traversée de figures, de thèmes et de sensibilités, comme un vitrail composé de pièces d’époques diverses, tenues par une même armature.

Dans un autre registre, plus ludique et pédagogique, il a également accompagné des publications accessibles qui ont su conjuguer culture maçonnique et esprit de jeu, à l’image du Cahier de vacances du franc-maçon – Apprenti (Dervy, 2018), conçu comme une manière légère, mais sérieuse, de revisiter les notions, les repères et les gestes de la méthode initiatique.

Le romancier des symboles : La Conjuration des vengeurs

Sous le nom de Jacques Viallebesset, Alain-Jacques Lacot a exploré l’ »imaginaire maçonnique » par la fiction, avec La Conjuration des vengeurs (coécrit avec Laurent Ducastel), roman ensuite adapté en bande dessinée chez Glénat (notamment La Vallée des hommes et Les Nobles Voyageurs).

Le récit, volontairement provocateur, joue sur un humour noir qui n’est jamais gratuit : il met en scène un enchaînement de crimes rituels, lisibles comme une parabole sur l’écart entre l’idéal et ses trahisons, et fait entrer dans l’enquête un duo où le profane doit apprendre à lire ce qu’il ne connaît pas encore, tandis qu’un historien de la franc-maçonnerie — inspiré de Roger Dachez tente de déchiffrer la logique symbolique à l’œuvre. Chez Alain-Jacques Lacot, le symbole n’est pas un décor. C’est une dramaturgie. Et la fraternité, jamais un sucre ajouté : une exigence, parfois inquiète, toujours fidèle à la hauteur de l’idéal.

Alain-Jacques Lacot, son Facebook

Le poète : une voix de l’intérieur

Mais c’est peut-être en poésie que se dévoilait le plus directement l’homme intérieur. Strophe rappelle une trajectoire marquée par une exigence éthique et une attention au vivant, évoquant plusieurs ouvrages, dont L’écorce des cœurs (2011), Le pollen des jours (2014) et Ce qui est épars (2016), ainsi que des livres placés sous le signe de Giono.

Et il y a ce geste, rapporté par Philippe Benhamou, qui dit tout de sa délicatesse : avoir autorisé que deux de ses poèmes soient lus dans le spectacle Les Colonnes sont muettes, conçu par Philippe Benhamou et François Morel. On ne « donne » pas un poème : on confie une braise. Alain-Jacques Lacot savait que certaines braises sont faites pour circuler de main en main, sans bruit afin de réchauffer un instant de conscience.

Une certaine idée de l’imaginaire maçonnique

Il avait compris, avant bien d’autres, que l’imaginaire n’est pas l’ennemi du sérieux : il en est parfois la voie d’accès la plus sûre. Romans, bandes dessinées, essais, salons, festivals, rencontres : une constellation s’est remise à faire travailler nos mythes, nos figures, nos légendes non pour les déformer, mais pour les réentendre à nouveaux frais, dans une époque qui a soif de récits autant que de sens.

Alain-Jacques Lacot, en 2015

À cet égard, on lui associe volontiers une intuition fondatrice : avoir encouragé l’ouverture de la culture maçonnique à des formats plus larges, plus vivants, plus transversaux, en soutenant des événements où la littérature, le jeu, le débat, la conférence et la création dialoguent. Des rendez-vous qui, au fond, ont ceci de précieux qu’ils transforment les livres en lieux, et les lieux en ateliers : des espaces où l’on ne consomme pas le symbolisme, mais où l’on apprend à le travailler.

Dernier salut

Notre TCF Philippe Benhamou, à qui Alain-Jacques Lacot avait conseillé et édité les premiers pas en librairie, évoque un mentor bienveillant, un homme de confiance, de bon conseil, avec qui le travail fut un plaisir et la collaboration une joie. Ce témoignage dit l’essentiel : Alain-Jacques Lacot a laissé des livres, oui, mais surtout une manière d’être au livre – comme on est à l’initiation – avec patience, avec exigence, avec fraternité.

Que la Terre lui soit légère.
Et que nos Colonnes, même muettes, sachent encore porter, par le travail, par la mémoire, par la fraternité ce qu’il a servi : une fidélité à la Lumière, sans bruit, mais sans concession.

Quand un Frère passe à l’Orient éternel, il ne disparaît pas : il change de plan. Il quitte le chantier visible, mais demeure dans les ouvrages, dans les gestes transmis, dans les rencontres rendues possibles, dans ces lignes qui, un jour, ont aidé quelqu’un à se redresser un peu.

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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