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L’homme cédera-t-il la place dans un futur proche à des créatures de son invention, mi-machines, mi-organismes, posthumains issus du croisement des biotechnologies, des nanotechnologies, de l’intelligence artificielle et de la robotique ? Cette perspective relève chaque jour un peu moins de la science-fiction et fait rêver les uns tandis qu’elle inquiète les autres. De fait, les spéculations sur les posthumains et l’humanité élargie, capable d’inclure autant les animaux que les robots ou les cyborgs, se déploient en rupture avec la perspective qui a longtemps été celle de Descartes : nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature ».

C’est au contraire un monde de l’imprévisible, du surgissement aléatoire qui se dessine, rendant inutile ou vaine l’initiative humaine.
L’auteur propose ainsi de définir ce que serait une éthique délivrée des mythes de l’humanisme classique, une éthique posthumaniste qui pourrait bien s’avérer nécessaire dans le monde d’aujourd’hui.
Le sous-titre du livre : « Le futur a-t-il encore besoin de nous ? » est saisissant. L’homme moderne voulait devenir, selon la célèbre formule cartésienne, maître de la nature. Or il pourrait finalement produire un univers technologique si complexe et autonome que sa propre initiative y deviendrait secondaire.

L’éditeur présente précisément cette perspective comme celle d’un monde marqué par l’imprévisibilité et le surgissement, où l’initiative humaine pourrait perdre sa centralité. Le paradoxe devient saisissant : l’homme utilise la technique pour se libérer de ses limites ; mais en supprimant progressivement toutes ses limites, il risque également de supprimer ce qui définissait son humanité. La fragilité, la dépendance, le vieillissement, la mortalité et l’imperfection ne sont peut-être donc pas seulement des défauts biologiques. Ils participent peut-être à notre manière d’aimer, de transmettre, d’espérer et de donner du sens au temps.
Finalement, l’auteur ne nous demande ni d’adorer la technologie ni de la refuser. Il nous oblige à déplacer la question.
Le véritable problème n’est peut-être pas de savoir jusqu’où la technologie pourra transformer l’homme, mais de savoir ce que nous souhaiterons encore préserver lorsque nous aurons effectivement le pouvoir de le transformer.

Philosophe spécialiste des nouvelles technologies, Jean-Michel Besnier, agrégé de philosophie et docteur en sciences politiques, est professeur de philosophie à Paris-Sorbonne (Paris IV). Il est directeur scientifique du secteur Sciences et société du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Il est aussi directeur du pôle de recherche à l’Institut des sciences de la communication du CNRS.
Il a publié de nombreux ouvrages, dont une Histoire de la philosophie moderne et contemporaine (Grasset) ; Peut-on encore croire au progrès (PUF) ; L’irrationnel nous menace t-il ? (Pleins feux) ; L’Homme simplifié (Fayard, 2012) ; Un cerveau très prometteur (Le Pommier, 2015) ; Les robots font-ils l’amour ? (Dunod, 2016). Prochain ouvrage à paraître le 20 octobre 2020 (Descartes & Cie) : Sisyphe et les algorithmes. COMMANDER LE LIVRE
