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Le symbole est l’unité de base du langage maçonnique : un objet, une figure, un geste ou un mot qui renvoie à autre chose que lui-même. L’équerre, le compas, la pierre brute, les colonnes ou l’étoile flamboyante ne valent pas par leur usage matériel, mais par ce qu’ils donnent à penser. Pour la Franc-maçonnerie, qui se définit volontiers comme un système de morale enseigné sous le voile de l’allégorie et illustré par des symboles, le symbole n’est pas une illustration : il est la méthode même de transmission, parce qu’il oblige chacun à chercher le sens par lui-même.
Le symbolon : une étymologie parlante

Le mot vient du grec symbolon, dérivé du verbe symballein, « jeter ensemble », « réunir ». Le symbolon était un objet, tesson ou anneau, brisé en deux : chacun des contractants en gardait une moitié, et leur ajustement permettait plus tard de se reconnaître. Le symbole est donc d’abord un signe de reconnaissance et d’alliance.
La Franc-maçonnerie a conservé ces deux fonctions. Ses mots et signes servent à se reconnaître entre membres, et ses symboles « réunissent » le visible et l’invisible, le geste et l’idée, l’individu et la communauté qui partage le même langage.
Symbole, signe, allégorie, emblème
Les auteurs distinguent souvent le signe, qui renvoie de manière conventionnelle et univoque à une chose, du symbole, qui ouvre une pluralité de sens. L’allégorie développe une idée sous forme de récit ou de personnage ; l’emblème associe une image et une devise. La Franc-maçonnerie utilise tous ces registres : la légende d’Hiram est une allégorie, les tableaux de loge relèvent de la tradition des livres d’emblèmes de la Renaissance, et les outils sont des symboles au sens fort.
Les grandes familles de symboles maçonniques
- Les outils : maillet, ciseau, règle, équerre, compas, niveau, fil à plomb, truelle.
- Les matériaux : pierre brute, pierre cubique, pierre cubique à pointe.
- L’architecture du Temple : colonnes J et B, pavé mosaïque, voûte étoilée, houppe dentelée.
- Les luminaires et astres : Soleil, Lune, étoile flamboyante, Delta lumineux.
- Les nombres : trois, cinq, sept, et leurs résonances selon les grades.
- Les gestes et attitudes : signes, pas, marches, chaîne d’union.
- Les récits : légende d’Hiram, construction du Temple de Salomon.
Une méthode d’enseignement

Le symbole maçonnique n’est pas expliqué une fois pour toutes. Il est présenté dans le rituel, commenté dans les instructions, puis travaillé par chacun dans ses planches. Cette pédagogie progressive laisse au maçon la liberté de l’interprétation tout en lui fournissant un cadre : les symboles ne disent pas n’importe quoi, et la tradition propose des lectures de référence, mais elle n’impose pas de dogme.
Le même symbole se relit d’ailleurs à chaque grade. L’équerre et le compas, par exemple, ne sont pas disposés de la même façon sur le Volume de la Loi sacrée pour l’Apprenti, le Compagnon et le Maître, et la lecture qui en est faite s’enrichit au fil du parcours.
Le symbole engage aussi une forme d’humilité. Aucun commentaire ne l’épuise, et le maçon qui croit avoir « compris » une fois pour toutes l’équerre ou la pierre brute se prive de ce qu’elles peuvent encore lui apprendre. C’est pourquoi les loges entendent volontiers, sur un même symbole, des planches très différentes : la pluralité des lectures n’est pas un défaut du système, elle en est le principe même.
Pourquoi des symboles ?
Plusieurs raisons sont avancées. Le symbole permet d’exprimer ce qui se dit mal en concepts, comme l’expérience intérieure de l’initiation. Il rassemble des personnes de convictions différentes autour d’un langage commun, sans les obliger à adhérer à une même doctrine. Il favorise enfin la méditation : le maçon revient sans cesse aux mêmes objets et y découvre de nouvelles significations.
Le saviez-vous ?

Selon les historiens, les symboles maçonniques ne sont pas figés. Une partie d’entre eux provient des livres d’emblèmes de la Renaissance, comme les Emblemata d’Alciat, publiés en 1531, où l’on trouve déjà l’équerre, le compas et d’autres instruments chargés de sens moral. Leur interprétation a ensuite évolué au fil des siècles et des sociétés.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Oswald Wirth, Le Livre de l’Apprenti, 1894.
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
- René Guénon, Symboles de la Science sacrée, Gallimard, 1962.
- Jean-Pierre Bayard, Le Symbolisme maçonnique traditionnel, 1972.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Symbolisme, Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Pierre brute, Planche, Rituel.
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