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Le serment, que la tradition anglaise nomme « obligation », est l’engagement solennel que prend le candidat au moment de son initiation, puis à chaque nouveau grade. Prononcé à l’autel, la main posée sur le volume de la Loi sacrée ou sur la Constitution de l’obédience, il porte sur le respect des principes de l’Ordre, la fidélité aux Frères et aux Sœurs et la discrétion sur les travaux. Il marque le moment où l’initiation devient un acte de liberté : nul ne peut s’engager à la place d’un autre. Héritage des corporations de bâtisseurs, longtemps cible des polémiques, le serment reste le cœur moral de l’appartenance maçonnique.
Du latin sacramentum aux Old Charges

Le mot « serment » vient du latin sacramentum, qui désignait à Rome l’engagement du soldat envers son chef, puis, dans le latin chrétien, le sacrement. Le terme dit donc à la fois la parole donnée et le caractère sacré du lien. Les corporations médiévales de maçons exigeaient déjà de leurs membres un serment : les Old Charges, ces manuscrits anglais des XIVe-XVIIe siècles qui racontent l’histoire légendaire du métier, se terminent par les devoirs que le nouvel admis jure de respecter envers Dieu, son maître et ses compagnons. La franc-maçonnerie spéculative a conservé cette structure.
Le serment de l’Apprenti
Au terme des épreuves, le candidat est conduit à l’autel. Il prête serment librement, après qu’on lui a demandé s’il y consent, ce que les rituels soulignent avec insistance. Selon les rites et les obédiences, la main repose sur la Bible, ouverte au prologue de l’Évangile de Jean dans plusieurs rites français, sur un autre livre sacré, ou sur la Constitution, comme au Grand Orient de France. L’équerre et le compas sont souvent placés sur le livre ou à proximité. Le contenu public du serment est connu : garder le secret sur les travaux et l’identité des membres, travailler à son perfectionnement, obéir aux règlements de l’obédience et aider ses Frères ou ses Sœurs.
Un serment est ensuite prêté à chaque grade, du Compagnon au Maître, puis dans les hauts grades. Chaque engagement reprend les précédents et les approfondit, comme une suite de pierres posées l’une sur l’autre.
Les pénalités symboliques
Les textes anciens des serments comportent des formules de châtiment physique, d’une violence spectaculaire, que le parjure accepte de subir. Elles proviennent de formules juridiques anciennes et n’ont jamais été appliquées : il s’agit d’images de la gravité de la parole donnée. Elles ont pourtant nourri pendant trois siècles l’imaginaire antimaçonnique. La Grande Loge Unie d’Angleterre les a retirées du texte des obligations en 1986, et de nombreuses obédiences françaises ont adopté des formulations purement morales, la seule sanction réelle étant l’exclusion.
Un engagement moral, non juridique

Le serment maçonnique ne prévaut jamais sur la loi civile ni sur la conscience. Les obédiences précisent qu’il ne contient rien de contraire aux devoirs du citoyen, à la morale ou aux convictions religieuses du candidat. Ce point a été au cœur des débats dès le XVIIIe siècle : la bulle In eminenti de Clément XII, en 1738, reprochait précisément aux francs-maçons de s’engager par un serment prêté sur la Bible à garder un secret inviolable. Les gouvernements y voyaient le risque d’une fidélité concurrente.
Dans les rituels
- Rite Français : le serment est prêté à l’autel, devant le Vénérable, entouré des Frères formant la voûte d’acier selon certains usages.
- Rite Écossais Ancien et Accepté : l’autel des serments est placé au pied de l’Orient ; le récipiendaire s’engage à genoux, la main sur le volume de la Loi sacrée.
- Émulation : on parle d’obligation ; l’engagement est suivi de la restitution de la lumière.
- Rite Écossais Rectifié : l’engagement s’inscrit dans une perspective chrétienne explicite.
Le sens initiatique de la parole donnée
Pour le nouvel initié, le serment est le premier acte qu’il accomplit en conscience après avoir été conduit. Il passe du statut de profane guidé à celui d’homme ou de femme libre qui s’engage. Beaucoup d’auteurs y voient le véritable seuil de l’initiation : la lumière n’est donnée qu’après la parole. Tenir sa parole devient ainsi un exercice permanent, qui dépasse la discrétion sur les rites pour toucher la fidélité à soi-même et aux autres.
Le saviez-vous ?
La première divulgation imprimée d’un serment maçonnique en France remonte à 1737 : le lieutenant général de police René Hérault fit publier une description de la réception d’un franc-maçon, obtenue d’une informatrice. Le texte fit le tour de l’Europe et inaugura une longue série de « révélations ».
Pour approfondir
- Clément XII, bulle In eminenti apostolatus specula, 28 avril 1738.
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééditions).
- Pierre-Yves Beaurepaire, L’Europe des francs-maçons, XVIIIe-XXIe siècles, Belin, 2002.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Initiation, Autel des serments, Volume de la loi sacrée, Secret maçonnique (antimaçonnisme), Anciens Devoirs (Old Charges), Apprenti.
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