La Grande Loge d’Alaska rompt avec le Grand Orient d’Italie, provoquant une controverse sur les élections et la gouvernance

De notre confrère italien calabria7.news

Une lettre provenant d’Anchorage conteste l’élection du Grand Maître de 2024. Ce document circule en ligne et suscite des débats dans les forums maçonniques.

Une lettre d’Anchorage à Rome risque d’ouvrir un nouveau front de tension au sein de la franc-maçonnerie internationale. La Grande Loge des Francs-Maçons Libres et Acceptés d’Alaska a informé le Grand Orient d’Italie de la suspension de la reconnaissance mutuelle et des relations fraternelles, une décision motivée par des irrégularités présumées lors des élections du Grand Maître de 2024 et par des problèmes de gouvernance interne.

Antonio Seminario (à droite) Grand Maitre du Grand Orient d’Italie

Le document, daté du 10 mars 2026, est adressé au Grand Orient d’Italie à Rome, à l’attention du Grand Maître Antonio Seminario. Il fait référence à des rapports indépendants et à des décisions de justice italiennes ayant mis en lumière des irrégularités dans le processus électoral. La communication est signée par le Grand Maître Jack A. Clouse et le Grand Secrétaire Johnnie L. Wallace.

Qu’est-ce que la Grande Loge d’Alaska ?

Jack A. Clouse

La Grande Loge des Francs-Maçons d’Alaska est l’autorité maçonnique qui régit les loges de cet État américain. Au sein du système maçonnique international, chaque territoire est organisé en une Grande Loge souveraine, qui coordonne les loges locales et établit des relations de reconnaissance mutuelle avec les autres loges du monde entier. La reconnaissance mutuelle est un élément central de l’architecture maçonnique mondiale : elle permet aux membres de différentes juridictions d’assister aux offices des autres loges et de participer à la vie rituelle. Lorsque cette reconnaissance est suspendue, les relations fraternelles sont de fait rompues.

Les accusations contenues dans la lettre

Johnnie L. Wallace

Le document indique que cette décision a été prise après un examen des relations entre les deux juridictions et à la lumière d’informations jugées préoccupantes concernant la gouvernance interne du Grand Orient d’Italie. La lettre identifie trois points principaux.

Le premier point concerne l’intégrité électorale. Selon le texte, des enquêtes judiciaires ont été menées sur des fraudes et des manipulations de votes lors de l’élection du Grand Maître, circonstances qui — selon la Grande Loge d’Alaska — compromettent les principes démocratiques qui doivent caractériser une Grande Loge souveraine.

Le deuxième élément concerne les pressions et les intimidations exercées sur les membres. Le document évoque des rapports faisant état de pressions systématiques exercées sur les membres votants et les vénérables maîtres de loge dans le but d’influencer l’issue de la Grande Communication, l’assemblée maçonnique où sont prises les décisions majeures.

Le troisième point concerne le recours à des mesures disciplinaires jugées arbitraires, notamment les suspensions et les expulsions de frères ayant exprimé leur désaccord ou demandé une plus grande transparence dans la gestion de l’institution.

Le document a circulé en ligne

La lettre circule depuis quelques heures dans les milieux maçonniques italiens et a été publiée par Voce di Hiram, une plateforme en ligne qui héberge depuis des années des documents, des commentaires et des discussions relatifs à la vie interne de la franc-maçonnerie italienne. Ce portail n’est pas un organe officiel du Grand Orient d’Italie, mais il a fréquemment publié au fil des ans des documents et des articles issus des débats internes des obédiences maçonniques. Le texte attribué à la Grande Loge d’Alaska continue de circuler sur des sites web et des chaînes qui suivent l’actualité maçonnique, tandis qu’à ce jour, le Grand Orient d’Italie n’a fait aucune communication publique officielle à ce sujet.

Que signifie la suspension de la reconnaissance ?

Dans le monde maçonnique, la reconnaissance entre Grandes Loges revêt une valeur quasi diplomatique. Il ne s’agit pas d’une simple relation formelle, mais d’une condition essentielle à l’admission des membres d’une juridiction dans les loges d’une autre. Lorsqu’une Grande Loge décide de suspendre sa reconnaissance, les conséquences sont immédiates : les relations institutionnelles sont rompues et les membres ne peuvent plus participer aux activités rituelles des loges de l’autre obédience. De telles décisions sont rares et signalent presque toujours un profond désaccord quant à la régularité ou à la gouvernance d’une organisation maçonnique.

Le contexte des élections de 2024

Au cœur du problème se trouve l’élection, en 2024, du Grand Maître du Grand Orient d’Italie, une mesure qui a suscité la controverse et des litiges internes ces dernières années. La Grande Loge d’Alaska affirme avoir examiné les documents et les décisions de justice des tribunaux italiens avant de prendre la décision de suspendre sa reconnaissance.

Le document souligne que les deux juridictions ont collaboré pendant de nombreuses années « dans un esprit d’amour fraternel », mais que les rapports reçus ont rendu inévitable un réexamen de leurs relations.

Un signal dans le monde maçonnique international

La décision de la Grande Loge d’Alaska pourrait avoir des répercussions importantes sur la scène maçonnique internationale. Les Grandes Loges, en effet, suivent de près les décisions des autres juridictions en matière de reconnaissance et de régularité. La suspension annoncée par Anchorage constitue donc un signal institutionnel qui pourrait être scruté de près par les autres obédiences maçonniques à travers le monde, où les relations entre les différentes Grandes Loges s’appuient sur un réseau de reconnaissance mutuelle qui, à certains égards, s’apparente à un système diplomatique. Il reste à voir quelle sera la position officielle du Grand Orient d’Italie et si cette affaire entraînera d’autres développements dans les relations entre les organisations maçonniques internationales.

Les demandes ont circulé dans le chat « La Voix d’Hiram ».

Au même moment où circulait la lettre attribuée à la Grande Loge d’Alaska, un message anonyme est également apparu dans le chat Telegram « Voce di Hiram », fréquenté par des membres et des observateurs du monde maçonnique, commentant l’affaire et indiquant ce que, selon l’auteur du message, devraient être les réponses possibles du Grand Orient d’Italie.

Le message, non signé et donc non attribuable à un représentant officiel de la franc-maçonnerie, soutient que le Grand Orient devrait apporter des éclaircissements à la franc-maçonnerie américaine sur certaines questions internes. Parmi les hypothèses évoquées figure une possible exclusion de plusieurs membres, dont Alfonso Tumbarello, médecin de Campobello di Mazara (Trapani), qui a fait la une des journaux ces dernières années dans le cadre de l’enquête sur le réseau de protection du parrain mafieux Matteo Messina Denaro ; et Giancarlo Pittelli, avocat basé à Catanzaro, ancien député de Forza Italia, impliqué dans le procès Rinascita Scott contre la Vibo Valentia ‘Ndrangheta et condamné en première instance.

Le message suggère également, toujours à titre d’opinion exprimée dans la conversation, la suspension des délibérations de la Grande Loge Extraordinaire et la révocation des mesures ultérieures jusqu’à la décision des tribunaux civils, attendue dans les prochaines semaines. Un autre point soulevé concerne l’envoi d’une lettre de réassurance à la franc-maçonnerie américaine, dans laquelle le Grand Maître du Grand Orient d’Italie devrait réaffirmer – selon l’hypothèse de l’auteur – son respect du système juridique italien et des décisions des tribunaux civils. Il convient de préciser qu’il s’agit de considérations et de demandes exprimées anonymement dans une conversation en ligne, et qu’elles ne semblent pas constituer des positions officielles du Grand Orient d’Italie ni des déclarations attribuées aux personnes citées.

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Charles-Albert Delatour
Charles-Albert Delatour
Ancien consultant dans le domaine de la santé, Charles-Albert Delatour, reconnu pour sa bienveillance et son dévouement envers les autres, exerce aujourd’hui en tant que cadre de santé au sein d'un grand hôpital régional. Passionné par l'histoire des organisations secrètes, il est juriste de formation et titulaire d’un Master en droit de l'Université de Bordeaux. Il a été initié dans une grande obédience il y a plus de trente ans et maçonne aujourd'hui au Rite Français philosophique, dernier Rite Français né au Grand Orient de France.

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