De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

Chaque 1er janvier, le monde profane s’éveille avec une fièvre de bonnes intentions. Les salles de sport se remplissent, les agendas se remplissent de listes bien ordonnées, et les mots « cette année sera différente » sont répétés comme un mantra qui, le plus souvent, s’estompe dès février. L’humanité entière se meut à l’unisson dans un rite collectif, aussi ancien que sa propre histoire : le même esprit qui animait les Babyloniens lors d’Akitu, la fête du renouveau célébrée il y a plus de quatre millénaires.

Eux aussi recherchaient la purification et le renouveau, offrant aux dieux les péchés de l’année écoulée. Pourtant, hier comme aujourd’hui, beaucoup accomplissaient ce rite par tradition plutôt que par désir de transformation. En réalité, derrière les intentions profanes se cache presque toujours une ombre : le désir de l’ego de paraître meilleur plutôt que de l’être réellement. C’est une forme d’égoïsme spirituel, une quête de gratification immédiate déguisée en vertu.
Je vais m’inscrire à la salle de sport.
Je mangerai plus sainement.
Je serai plus poli.
Des promesses faites pour l’avenir, comme si le salut était un rendez-vous reporté. Mais l’avenir, pour ceux qui dorment, ressemble bien trop au passé. À l’intérieur du Temple, cependant, tout prend une autre dimension. Là, le temps ne se mesure plus au calendrier profane, mais au rythme éternel du symbole. Le Franc-maçon n’attend pas le mois de janvier pour recommencer, car il comprend que chaque aube est une occasion de renaissance, chaque soir de réflexion, chaque battement de cœur un nouveau départ.
L’année maçonnique ne commence pas lorsque minuit sonne le 31 décembre, mais le 1er mars, quelques jours avant l’équinoxe de printemps, au moment où la Lumière triomphe des ténèbres et où le monde, reflet du temple intérieur, retrouve son équilibre cosmique.

Cette victoire éternelle de la Lumière n’est pas simplement un fait astronomique : elle est l’image vivante du combat que chaque Initié mène en lui-même. Là, au plus profond de nous, coexistent les mêmes forces qui régissent le cosmos : le soleil et l’ombre, le silence et le bruit, l’ordre et le chaos. Une véritable « bonne résolution » n’est donc pas une liste à remplir, mais un acte de prise de conscience. C’est le choix de tourner son regard vers la Lumière, sachant que le chemin passe toujours par nos propres ténèbres.
Les anciens connaissaient bien ce langage. Lorsque, lors des Saturnales, l’esclave prenait la place du maître et que Janus, à deux visages, veillait sur le passé et l’avenir, ils ne célébraient pas la confusion, mais la mémoire : ils rappelaient à l’homme que la transformation est la loi même de l’univers. Ce n’est qu’en reconnaissant la nécessité du changement que les humains peuvent transcender le temps linéaire pour accéder au temps sacré.
Le franc-maçon sait que ce cycle n’est pas une mythologie, mais une réalité intérieure : on ne devient pas initié une fois pour toutes, mais on le devient continuellement, à chaque geste, à chaque respiration consciente, à chaque acte de rectification.
Ainsi, lorsque le monde profane scande « nouvelle année, nouvelle vie », le Frère répond par un sourire silencieux : « même année, homme renouvelé ». Car son œuvre ne connaît pas de saisons. Il sait que la pierre brute ne se polit pas en un jour, mais au fil du long hiver de l’âme, fait d’erreurs reconnues et de petites victoires intérieures. Chaque coup de ciseau est une leçon, chaque chute une expérience enrichissante. Le Temple Universel n’est pas bâti de pierres parfaites, mais d’hommes désireux de le devenir.
L’homme propose, mais le Grand Architecte dispose.

La sagesse de ce proverbe biblique (Proverbes 16:9) rappelle la plus profonde humilité initiatique : l’idée que la tâche du franc-maçon est d’agir avec rectitude, mais sans attachement au résultat. Il œuvre pour la gloire du Grand Architecte, non par vanité personnelle. Il est conscient que chaque acte de transformation personnelle résonne dans le macrocosme, que chaque geste sincère contribue à la stabilité de la voûte du Temple.
C’est pourquoi son but n’est pas de s’« améliorer », mais de s’harmoniser. La différence est subtile, mais essentielle : s’améliorer implique de porter un jugement sur l’imperfection ; s’harmoniser signifie trouver sa juste place dans le plan divin. La véritable croissance n’est pas une conquête, mais un retour. Ce n’est pas une appropriation, mais une restitution.
Au cours de ce voyage, la devise antique Ora et labora prend un sens renouvelé : prier et travailler deviennent les deux extrêmes d’un seul souffle. La prière élevée n’est pas une fuite du monde, mais une immersion plus profonde en lui ; le travail n’est pas un labeur stérile, mais une prière incarnée. Chaque action accomplie en pleine conscience transmute l’ordinaire en sacré : se laver, écrire, enseigner, construire… tout peut devenir un geste initiatique s’il contient en lui la mesure et l’intention.
Le lieu de toute origine est le Cabinet de Réflexion. Là où les ténèbres les plus profondes enveloppent l’initié, la première Lumière demeure cachée. Cette pièce, silencieuse et presque nue, est un ventre symbolique : elle représente la Terre qui accueille la semence, la mort d’où jaillit la vie, le point précis où le profane se dissout pour que l’Homme Intérieur puisse naître.
VITRIOL
Visitez Interiora Terrae, Rectificando Invenies Occultum Lapidem.

Le franc-maçon qui médite sur cette formule comprend que le véritable renouveau ne se trouve pas à l’extérieur, mais à l’intérieur de lui-même ; et que le trésor caché n’est pas un prix, mais sa propre essence. Durant ce processus d’ascension, la Sagesse éclaire le chemin, la Force soutient l’âme et la Beauté insuffle l’harmonie : les trois colonnes invisibles qui soutiennent le Temple intérieur. Ceux qui les cultivent deviennent un centre d’équilibre : ils n’opèrent pas la domination, mais inspirent ; ils ne jugent pas, mais comprennent ; ils ne combattent pas pour détruire, mais pour apaiser. C’est ainsi que la Fraternité se traduit en actes concrets, et non en paroles rituelles.
Dans un monde dominé par la compétition et le narcissisme, le franc-maçon représente un contrepoint silencieux. Il recherche la perfection non pour être admiré, mais pour servir ; il ne désire pas le pouvoir, mais la justice ; il n’accumule pas, mais donne. Sa lumière n’éblouit pas, mais guide, telle la lampe posée sur la table du Temple. En ce sens, toute bonne intention cesse d’être une promesse et devient une prière, non pas une demande, mais une acceptation.

L’égoïsme profane s’effondre dans la conscience initiatique. Le moi qui voulait « devenir meilleur » comprend que la seule véritable tâche est d’être vrai. Il traverse ses ombres, les reconnaît, les intègre et en fait partie intégrante de sa Lumière. Sans obscurité, point de Lumière. C’est dans le creuset de l’ombre que naît l’Homme impartial.
Frères et sœurs, ne demandez pas à l’année de vous apporter sérénité ou succès. Demandez-lui plutôt de vous accorder la lucidité nécessaire pour reconnaître votre Lumière et le courage de la partager avec le monde. Tout dessein authentique naît de l’amour et y retourne. Commencez dès maintenant, car chaque instant peut être votre seuil. Que la 6026e année de la Vraie Lumière ne soit pas seulement une date, mais un état d’être.
