lun 26 janvier 2026 - 21:01

B comme Brique en Franc-maçonnerie

Dans le vocabulaire de la Franc-maçonnerie, le terme « brique » désigne une pièce de monnaie, souvent de petite valeur, utilisée pour les contributions au tronc de la veuve lors des tenues en loge. Historiquement, en France, une brique désignait spécifiquement une pièce de 1 franc, un usage qui s’est étendu au contexte maçonnique pour symboliser l’offrande modeste mais sincère déposée dans la bourse ou la boîte destinée à la bienfaisance.

Cette pratique n’est pas seulement un geste matériel, mais un symbole profond de solidarité fraternelle, rappelant les principes d’entraide et de charité qui fondent l’ordre maçonnique. Le tronc de la veuve, où ces briques sont collectées, représente l’instrument concret de cette générosité discrète, destinée à soutenir les veuves, les orphelins et les frères dans le besoin.

Contexte rituel

Pièces jaune au mieux de feux
Pièces jaune du tronc de la veuve

Pour appréhender pleinement la signification de la brique, il est essentiel de la situer dans le rituel maçonnique, particulièrement lors des cérémonies en loge. Au cours d’une tenue, après les travaux symboliques, le vénérable maître invite les frères à contribuer au tronc de la veuve, une boîte ou une aumônière qui circule de main en main. Chaque franc-maçon y dépose une brique, c’est-à-dire une pièce de monnaie, de manière anonyme et sans ostentation. Ce geste, souvent accompagné d’une formule rituelle comme « entre gens bien, la générosité doit demeurer discrète », souligne l’humilité et la discrétion requises. Le tronc est muet, ne révélant ni les montants ni les donateurs, pour préserver l’égalité et éviter toute vanité. Dans certains rites, comme le Rite écossais ancien et accepté, cette circulation du tronc intervient à la fin de la séance, marquant la transition du travail spirituel à l’action concrète dans le monde profane.

Signification symbolique

Symboliquement, la brique incarne plusieurs couches d’interprétation au cœur de la Franc-maçonnerie. D’abord, elle représente la pierre de base dans la construction de l’édifice moral et social : comme les maçons opératifs assemblaient des briques pour bâtir des cathédrales, les Francs-maçons spéculatifs assemblent leurs contributions pour édifier une société plus juste. Mais dans ce contexte précis, la brique monétaire symbolise la solidarité active, inspirée de la légende d’Hiram, l’architecte du temple de Salomon, dont la veuve symbolise l’humanité orpheline en quête de soutien.

Les Francs-maçons se disent « enfants de la veuve », et le dépôt d’une brique est un acte de filiation spirituelle, un moyen de réconforter cette figure allégorique. Sur un plan ésotérique, elle évoque la transmutation alchimique : une simple pièce de métal devient, par l’intention fraternelle, un or spirituel. Certains auteurs maçonniques, comme ceux influencés par les traditions hermétiques, voient dans la brique un rappel des offrandes aux mystères antiques, où de petites monnaies étaient jetées dans des urnes pour honorer les dieux ou les défunts. De plus, elle sert de test de générosité : en donnant sans compter, le Franc-maçon démontre son détachement des biens matériels et son engagement envers les vertus cardinales de la charité et de la fraternité.

Origine historique

Tronc de la Veuve – Nos Colonnes

Historiquement, l’usage de la brique dans le tronc de la veuve remonte aux origines de la Franc-maçonnerie spéculative au 18e siècle. Dans les anciennes constitutions, comme celles d’Anderson en 1723, on trouve déjà des références à des collectes pour les pauvres et les affligés au sein des loges. Le terme « tronc de la veuve » tire son origine d’un passage biblique (l’Évangile selon Marc, où une veuve pauvre jette deux petites pièces dans le trésor du temple), adapté par les maçons pour souligner que la valeur du don réside dans l’intention plutôt que dans le montant.

Au 19e siècle, avec l’essor des obédiences en France et en Europe, la brique devient un élément standardisé : dans les loges, elle désigne souvent une pièce de 1 franc, reflétant l’économie de l’époque. Des disclosures maçonniques, comme celles publiées au milieu du 18e siècle, décrivent des scènes où les frères déposent leurs briques avec solennité, renforçant le lien communautaire. Au fil du temps, ce rite a évolué : dans les loges contemporaines, la brique peut être remplacée par des billets ou des dons électroniques, mais le symbolisme persiste. Dans les obédiences le tronc reste un pilier de la tenue, adaptant la brique aux monnaies modernes tout en préservant son essence.

Variations selon les rites et obédiences

Mario Buonocunto, Le tronc de la veuve

Les variations de la brique selon les rites et les obédiences illustrent la richesse de la Franc-maçonnerie. Au Rite français, plus rationaliste, la brique est souvent minimisée au profit d’une réflexion philosophique sur la solidarité, avec des contributions symboliques plutôt que monétaires. À l’inverse, dans le Rite d’York ou le Rite émulation anglo-saxon, elle conserve une dimension théâtrale, où le tronc circule avec une musique discrète ou une invocation.

Chez les Franc-maçonnes, dans les loges mixtes comme celles du Droit humain, la brique prend une connotation supplémentaire d’empowerment féminin, rappelant les veuves historiques qui, privées de voix, dépendaient de la charité ; elle devient ainsi un outil de lutte contre les inégalités. Dans certaines loges ésotériques influencées par le martinisme, la brique peut inclure un aspect rituel plus élaboré, comme l’ajout d’une intention écrite ou d’un symbole gravé sur la pièce. Il est crucial de noter que, quelle que soit la forme, la brique n’est jamais obligatoire : les rituels insistent sur la liberté et la spontanéité du don, reflétant les principes éthiques de non-contrainte et d’égalité.

Influence culturelle et philosophique

Marc de Jode

Au-delà de son rôle en loge, la brique influence la culture maçonnique élargie, apparaissant dans la littérature et les arts liés à l’ordre. Par exemple, dans des ouvrages comme le Dictionnaire universel de la Franc-maçonnerie de Marc de Jode, Monique Cara et Jean-Marc Cara, la brique est définie comme une pièce spécifique, illustrant son ancrage dans le lexique maçonnique. Dans la fiction, des auteurs comme ceux d’humour maçonnique évoquent avec ironie les « briques » jetées dans le tronc, soulignant l’aspect humain et parfois cocasse de cette tradition. Sur un plan philosophique, elle invite à méditer sur la valeur relative de l’argent : une petite brique, comme la mite de la veuve biblique, vaut plus que des richesses ostentatoires si elle est donnée de cœur. Pour les apprentis, le dépôt d’une première brique marque souvent un moment initiatique, rappelant leur entrée dans la chaîne d’union fraternelle.

Conclusion

En somme, la brique, bien qu’apparente comme une simple pièce de monnaie, encapsule l’essence charitable et solidaire de la Franc-maçonnerie. Utilisée dans le tronc de la veuve, elle transcende sa valeur matérielle pour devenir un symbole de construction collective, d’humilité et d’entraide. Ce terme, transmis à travers les siècles, continue d’inspirer les francs-maçons dans leur quête d’une société plus équitable, adaptant ses formes aux époques tout en préservant son cœur symbolique.

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