ven 16 janvier 2026 - 12:01

Christian Eyschen exclu du GODF : une « Déclaration » qui accuse et qui fracture

Christian Eyschen, secrétaire général de la Libre Pensée, rend publique une « Déclaration » qui tient à la fois du récit personnel, du réquisitoire et du manifeste après sa suspension puis son exclusion du Grand Orient de France. Il affirme que la sanction ne relève pas d’un simple contentieux disciplinaire, mais d’un conflit politique interne lié à la laïcité, à la place de l’islam dans l’espace public, et à ce qu’il décrit comme une « normalisation » de l’obédience. Le texte revient longuement sur deux séquences de procédure, sur l’épisode du rassemblement laïque du 6 décembre 2025 au Gymnase Japy, et s’élargit à une critique de gouvernance, d’orientation et de finances (GODF / SOGOFIM, 2019 – 2024).

Document brut, polémique, assumé, il pose une question sensible qui dépasse le cas Christian Eyschen : qu’advient-il d’une obédience quand l’esprit de conciliation cède la place à la logique de camp, et quand la procédure devient elle-même un langage politique ?

Il y a des textes qui ne cherchent pas d’abord à convaincre

Ils cherchent à trancher, à séparer, à faire apparaître une ligne de fracture qu’ils estiment déjà là, mais masquée par les usages, les prudences, les équilibres d’appareil. La « Déclaration » de Christian Eyschen appartient à cette famille. Elle ne se présente pas comme une plainte ordinaire, ni comme un simple plaidoyer : elle prend la forme d’un acte de rupture, écrit depuis un dehors qui se revendique, presque comme un parvis. L’auteur y parle en homme blessé et en militant aguerri, et il assume d’assigner à son exclusion une signification plus large qu’un dossier individuel.

Christian-Eyschen

Le fil directeur est constant.

Christian Eyschen soutient qu’il n’a pas été sanctionné pour des « écarts » maçonniques au sens initiatique ou moral, mais pour avoir contesté publiquement une orientation qu’il juge dangereuse et contraire à la laïcité de 1905. Il décrit l’émergence d’une majorité interne et il raconte ce basculement comme une prise de contrôle culturelle autant qu’organisationnelle : il ne s’agirait plus seulement de gérer une obédience, mais de cadrer un discours, d’ordonner le dicible, de transformer la divergence en faute. Dans cette narration, le mot « chasse aux sorcières » n’est pas un effet de style : il sert à caractériser un climat, et à installer l’idée que la discipline serait devenue un outil de régulation politique.

La question de la laïcité occupe le cœur battant du texte. L’auteur construit une opposition frontale entre la loi de 1905 et la loi dite « séparatisme » (2021) : « Il faut choisir », écrit-il en substance, comme si deux régimes de laïcité s’affrontaient désormais, l’un émancipateur, l’autre soupçonné de glisser vers une gestion sécuritaire du religieux. Dans cette perspective, sa propre histoire disciplinaire est présentée comme une conséquence de ce conflit doctrinal : il estime avoir payé le prix d’une fidélité à une laïcité de combat, là où l’obédience, selon lui, se serait engagée dans une autre logique.

Le texte se fait ensuite très concret avec l’épisode du rassemblement laïque du 6 décembre 2025, annoncé au Gymnase Japy.

Christian Eyschen en fait un révélateur. Il raconte les obstacles administratifs, les tensions, et interprète ces difficultés comme des tentatives d’empêchement. Il élargit même le tableau en évoquant des initiatives concurrentes au même moment, attribuées à d’autres structures maçonniques, l’ensemble étant présenté comme un système de neutralisation : non pas débattre, mais disperser, diluer, détourner l’énergie militante. Là encore, l’enjeu est moins l’événement lui-même que ce qu’il symbolise : la bataille de la laïcité devient une bataille de visibilité, donc de légitimité.

Gilbert Abergel

Au centre de la « Déclaration », deux séquences disciplinaires sont longuement récapitulées La première naît d’une polémique avec Gilbert Abergel (Comité Laïcité République) : Christian Eyschen décrit une mécanique où la justice maçonnique aurait été saisie et instrumentalisée, et il conteste ce qu’il estime être des approximations, des « impostures » procédurales, ou une partialité de traitement. La seconde affaire s’appuie, selon son récit, sur une condamnation profane limitée impliquant Eddy Khaldi (FNDDEN) : il affirme que cet élément a servi de prétexte pour aller jusqu’à l’exclusion. Dans les deux cas, l’auteur entend démontrer que la procédure n’est pas seulement un cadre : elle devient le message, et le message est politique.

C’est ici que la lecture maçonnique du document se révèle, au-delà des noms et des dates. Christian Eyschen semble dire : lorsqu’une institution se met à juger davantage des positions que des actes, lorsqu’elle privilégie la pacification administrative au détriment du débat de fond, elle glisse vers une forme de bureaucratie morale. Dans cette logique, la justice interne n’apparaît plus comme une protection de l’Ordre, mais comme une manière de produire du consensus par la sanction. Qu’on partage ou non ce diagnostic, il touche un point sensible de toute obédience : la frontière entre discipline et gouvernement, entre régulation et mise au pas.

La fin du texte élargit encore la focale

Christian Eyschen critique l’idée de « corps intermédiaires » et associe cette notion à un arrière-plan doctrinal (subsidiarité, doctrine sociale), qu’il juge incompatible avec l’esprit républicain qu’il revendique. Il relie ce débat à l’orientation publique du GODF et à une stratégie d’influence. Puis il introduit une note chiffrée sur la situation financière (GODF/SOGOFIM, 2019–2024), avec un tableau et des commentaires sur l’immobilier et certaines décisions présentées comme problématiques. Le mouvement est clair : l’auteur veut montrer que la crise n’est pas seulement idéologique, mais aussi structurelle : gouvernance, finances, ligne publique, tout serait, selon lui, connecté.

On peut lire ce document comme un geste de vérité personnelle, ou comme une construction polémique.

Mais on ne peut pas le lire comme un simple « communiqué » ». Il s’agit d’une parole qui se place au bord d’une faille, et qui entend la rendre visible. Sa force vient de sa cohérence interne : tout y est ramené à une même thèse, celle d’un conflit de laïcité et d’appareil. Sa fragilité, elle aussi, est là : parce qu’en accusant largement, le texte appelle mécaniquement la contradiction, la vérification, le contradictoire, et le droit de réponse.

La « Déclaration » de Christian Eyschen n’est pas un document d’apaisement

C’est un texte qui pose ses pierres, une à une, pour construire un mur de séparation : entre 1905 et 2021, entre débat et discipline, entre institution initiatique et machine de gouvernance. À chacun d’en mesurer la portée, et d’entendre, derrière le tumulte, la question essentielle qu’il laisse dans l’air : lorsqu’une obédience se protège, protège-t-elle encore l’esprit qui l’a fondée ou seulement son propre équilibre ?

Encadré « Précautions éditoriales » Le document présenté est une déclaration d’auteur, comportant des accusations nominatives et des interprétations politiques. 450.fm le mentionne comme élément de débat et rappelle que ces affirmations engagent la responsabilité de leur auteur. Les personnes et institutions citées peuvent exercer un droit de réponse. Une lecture complète suppose, comme toujours en matière de gouvernance obédientielle, contradiction, vérifications et mise en contexte.

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Alice Dubois
Alice Dubois
Alice Dubois pratique depuis plus de 20 ans l’art royal en mixité. Elle est très engagée dans des œuvres philanthropiques et éducatives, promouvant les valeurs de fraternité, de charité et de recherche de la vérité. Elle participe activement aux activités de sa loge et contribue au dialogue et à l’échange d’idées sur des sujets philosophiques, éthiques et spirituels. En tant que membre d’une fraternité qui transcende les frontières culturelles et nationales, elle œuvre pour le progrès de l’humanité tout en poursuivant son propre développement personnel et spirituel.

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