lun 12 janvier 2026 - 18:01

11 critères pour affirmer la Fraternité

La fraternité n’est ni un simple sentiment ni un slogan : c’est un principe de fonctionnement collectif observable.

Se proclamer « fraternel » ou se référer à la fraternité, c’est facile mais cela ne prouve rien !  La fraternité est un mode relationnel qui exige de respecter certains principes ! 
La fraternité n’est pas réduite à un comportement personnel. Elle est un qualificatif qui concerne le fonctionnement d’un groupe humain quelle que soit sa taille. Le groupe, que ce soit la loge ou l’obédience, est plus ou moins fraternel.

A l’échelle de l’humanité, le but à atteindre est la fraternité universelle qui ne pourra exister que si un bien commun est reconnu par toutes et tous.
 
On peut affirmer qu’un groupe humain respecte réellement le principe de fraternité lorsqu’un ensemble cohérent de critères structurels, relationnels et éthiques est réuni.  Ces critères sont issus des travaux des philosophes et des sociologues qui ont travaillé sur ce thème.

Les fondements philosophiques et politiques de la Fraternité

Platon et Aristote philosophant

1. Aristote (384 – 322 av. JC)

  • Dans l’Éthique à Nicomaque, il analyse la philia (amitié civique).
  • Il montre qu’un groupe tient par :
    • la reconnaissance mutuelle,
    • la réciprocité,
    • le souci du juste.

2. Les traditions initiatiques et associatives (sagesse pratique)

Sans toujours les formaliser, elles ont testé ces critères dans la durée :

  • confréries,
  • compagnonnage,
  • sociétés de secours mutuel,
  • certaines obédiences initiatiques.

Leur leçon commune : La fraternité se reconnaît moins à ce qui est dit qu’à ce qui résiste aux crises.

3. La Révolution française de 1789

  • Elle introduit la fraternité comme principe politique, aux côtés de la liberté et de l’égalité.

4. Emmanuel Kant (1724-1804)

  • Principe fondamental : ne jamais traiter autrui uniquement comme un moyen.
  • Toute fraternité authentique suppose :
    • égalité de dignité,
    • respect inconditionnel de la personne.
Alexis de Tocqueville (1805-1859)

5. Alexis de Tocqueville (1805-1859)

  • Il observe que l’égalité sans fraternité produit :
    • isolement,
    • rivalité,
    • conformisme.
  • Il insiste sur :
    • la participation,
    • la responsabilité collective,
    • la vigilance face aux pouvoirs informels.

6.  Émile Durkheim (1858-1917)

  • Il distingue solidarité mécanique / organique.
  • Il montre qu’un groupe se désagrège quand :
    • les règles sont injustes,
    • la reconnaissance disparaît,
    • les sanctions deviennent arbitraires.
Paul Ricoeur Balzan

7. Paul Ricœur (1913-2005)

  • Il définit la fraternité comme : « vivre avec et pour autrui dans des institutions justes »
  • Il articule :
    • relation interpersonnelle,
    • structures collectives,
    • responsabilité éthique.

8. Erving Goffman (1922-1982)

  • Il étudie les micro-violences symboliques :
    • humiliations,
    • disqualifications,
    • invisibilisation.
  • Un groupe peut se dire fraternel tout en détruisant ses membres.

A partir de ces réflexions philosophiques, on peut définir 11 critères pour juger si un groupe fonctionne selon une fraternité réelle !

A. Trois Critères relationnels  

La dignité pour tous :
Aucun membre n’est traité comme intrinsèquement supérieur ou inférieur. Les différences de statut, d’ancienneté ou de fonction n’affectent pas la considération humaine. La parole de chacun peut être entendue sans disqualification a priori. La critique porte sur les actes ou les idées, jamais sur la valeur de la personne.

La reconnaissance mutuelle
Chaque membre est reconnu comme fin en soi, non comme simple moyen.
Les contributions, même modestes, sont visibles et reconnues.
L’identité singulière n’est pas écrasée par le collectif.
Sont considérés comme anti-fraternels  : instrumentalisation, mépris discret, invisibilisation.

La Bienveillance active
La bienveillance n’est pas seulement une absence d’agressivité, mais une intention positive. Les erreurs appellent aide et correction, non humiliation ou exclusion immédiate.
Le groupe cherche à faire grandir ses membres.

B. Trois critères structurels liés au fonctionnement du groupe ou de la communauté :

Coupe sacrée remplie de vin avec du pain
Coupe sacrée remplie de vin avec du pain

Des règles justes et partagées : Les règles sont connues, explicites, stables. Elles s’appliquent de la même manière à tous, y compris aux élus et responsables. Les sanctions (si elles existent) sont proportionnées et expliquées.

Une participation réelle
Les membres ont un pouvoir effectif d’expression et d’influence. Les décisions importantes ne sont pas confisquées par une minorité opaque ; la démocratie directe doit être privilégiée. Le désaccord est possible sans mise à l’écart. La fraternité suppose le droit au désaccord loyal.

Une transparence morale
Les finalités du groupe sont claires. Les rapports de pouvoir sont assumés, non dissimulés sous un discours affectif. Les conflits d’intérêts sont reconnus et traités. La fausse fraternité adore l’opacité.

C. Trois critères éthiques

Souci du plus vulnérable : Le groupe se juge à la manière dont il traite ses membres fragiles, nouveaux ou en difficulté. Les plus forts ne prospèrent pas au détriment des plus faibles. Principe clé : la fraternité se mesure toujours par le bas.

Une responsabilité partagée : Chacun se sent partiellement responsable du climat collectif. Les problèmes ne sont pas systématiquement externalisés ou personnalisés. Le groupe sait dire « nous » face à ses échecs.

Une Finalité non exclusive ; Le groupe n’existe pas contre les autres. Il ne fonde pas sa cohésion sur un ennemi, un bouc émissaire ou une idéologie de pureté. L’appartenance ne détruit pas l’ouverture. Une fraternité qui a besoin d’exclure pour exister est déjà dévoyée.

D. Deux critères dynamiques :

Combat de police contre les gilets jaunes
Combat de police contre les gilets jaunes

La capacité à traverser les conflits : Le conflit n’est ni nié ni dramatisé. Des mécanismes existent pour restaurer le lien après tension. La rupture n’est pas la première réponse.

La fidélité dans le temps : La fraternité ne disparaît pas quand l’utilité ou l’enthousiasme baisse. Les membres ne sont pas abandonnés dès qu’ils cessent d’être « rentables ».

Pour conclure

Un groupe est fraternel lorsque ses membres sont liés par une égalité de dignité, une responsabilité réciproque et une volonté active de préserver le bien commun, même dans le désaccord ou la difficulté.

En fonction de ces critères, il est possible de faire une évaluation du niveau de fraternité dans le fonctionnement d’une loge, d’une association ou d’une obédience :

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Alain Bréant
Alain Bréant
Médecin généraliste, orientation homéopathie acupuncture initié en 1979 dans la loge "La Voie Initiatique Universelle", à l'orient d'Orléans, du GODF Actuellement membre d'une loge du GODF à l'orient de Vichy Auteur sous le pseudonyme de Matéo Simoita de : - "L'idéal maçonnique revisité - 1717- 2017" - Editions de l'oiseau - 2017 - "La loge maçonnique" - avec la participation de YaKaYaKa, dessinateur - Editions Hermésia - 2018 - "Emotions maçonniques " - Poèmes maçonniques à l'aune du Yi King - Editions Edilivre - 2021

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