mar 27 janvier 2026 - 01:01

A comme Autel des serments en Franc-maçonnerie

L’« Autel des Serments » est un élément central et symbolique dans l’agencement d’une loge maçonnique, désignant une table ou un piédestal situé à l’Orient du temple, où reposent les trois grandes lumières de la Franc-Maçonnerie : l’Équerre, le Compas et le Volume de la Loi Sacrée (souvent la Bible ou un autre texte sacré selon les obédiences). Il s’agit du lieu privilégié où les initiés prêtent leurs serments lors des cérémonies d’initiation, d’élévation de grade ou d’engagements solennels, symbolisant l’engagement moral et spirituel envers les principes maçonniques.

Contrairement à un autel religieux traditionnel dédié aux sacrifices, l’Autel des Serments en Maçonnerie est un espace de consécration initiatique, représentant l’union entre le matériel et le spirituel, et servant de point focal pour les rituels qui marquent le passage vers une conscience supérieure.

Grande Loge du Texas - Crédit photo Franco Huard
Autel des serments – Crédit photo Franco Huard

Cette définition met l’accent sur sa fonction pratique et symbolique : il n’est pas seulement un meuble, mais un piédestal qui incarne l’engagement éthique, la quête de vérité et la fraternité, assurant que tout serment prêté est scellé sous les auspices du Grand Architecte de l’Univers (G.A.D.L.U.).

En Maçonnerie spéculative, l’Autel des Serments est placé au pied des marches menant au plateau du Vénérable Maître, à l’Orient – direction symbolique de la lumière et de la sagesse. Il supporte les outils emblématiques qui guident le Maçon : l’Équerre pour la rectitude morale, le Compas pour la mesure et la circonspection, et le Volume de la Loi Sacrée pour la guidance spirituelle. Sans cet autel, les rituels perdraient leur ancrage symbolique, car il représente le cœur du temple, où l’individu s’engage solennellement à vaincre ses passions et à poursuivre la vertu.

Origines historiques et évolution

Mystère d’Éleusis

Les origines de l’Autel des Serments remontent à l’Antiquité, où un autel était une table sacrée dédiée aux rituels et aux sacrifices, servant de lien entre les humains et le divin. Dans les traditions grecque et romaine, l’autel était le lieu des offrandes et des serments, influençant les pratiques initiatiques des mystères antiques (comme ceux d’Éleusis ou de Mithra), qui ont inspiré la Franc-maçonnerie opérative médiévale.

Chez les maçons opératifs des cathédrales gothiques, un espace similaire existait pour les engagements guildes, où les apprentis juraient fidélité sur des outils de construction et des textes sacrés. Avec la transition vers la Maçonnerie spéculative au XVIIIe siècle, l’autel évolue en un symbole initiatique.

Les Constitutions d’Anderson (1723) évoquent implicitement un lieu central pour les obligations, et les premiers rituels anglais (comme le Rite Émulation) le formalisent comme « Autel des Serments ». En France, le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) et le Rite Français l’intègrent dès le XIXe siècle, influencés par des auteurs comme Jean-Marie Ragon, qui dans son Rituel de l’Apprenti (1830) décrit l’autel comme le piédestal des trois lumières, essentiel pour les serments.

Au XXe siècle, des obédiences comme le Grand Orient de France (GOdF) ou la Grande Loge de France (GLDF) adaptent son usage : dans les rites adogmatiques, le Volume de la Loi Sacrée peut être remplacé par la Constitution de l’obédience ou un livre blanc, reflétant une évolution vers une Maçonnerie plus humaniste tout en conservant le symbolisme moral. Historiquement, lors des persécutions (comme sous les régimes totalitaires), l’autel symbolisait la résistance spirituelle, servant de rappel à la loyauté fraternelle.

Symbolisme profond

Le symbolisme de l’Autel des Serments est multifacette, représentant l’engagement moral comme fondement de la voie maçonnique. Il incarne l’union des trois grandes lumières : le Volume de la Loi Sacrée symbolise la guidance divine ou morale (la « loi vivante » de l’humanité), l’Équerre la rectitude et la justice, et le Compas la mesure et l’harmonie cosmique.

Ensemble, ils forment un triangle symbolique sur l’autel, évoquant l’équilibre entre matière et esprit, et rappelant la parabole biblique du « sel de la terre » – préservation de la vertu. Esotériquement, l’autel est un microcosme du temple : placé à l’Orient, il reçoit la lumière symbolique du Soleil levant, signifiant l’illumination initiatique. Prêter serment sur l’autel équivaut à une « mort symbolique » au profane et une renaissance maçonnique, comme dans les mystères antiques.

Oswald Wirth

Pour Oswald Wirth, il représente le « centre du monde » maçonnique, où l’initié s’aligne avec le G.A.D.L.U., favorisant l’alchimie intérieure : transformation de la pierre brute en pierre polie. Dans une perspective psychologique, il symbolise l’engagement conscient, où le serment lie l’individu à la chaîne fraternelle, renforçant l’humilité et la responsabilité morale.

Le fait qu’il soit « des serments » souligne son rôle dans les obligations perpétuelles, rappelant que le Maçon est tenu par sa parole, sous peine symbolique de sanctions morales.

Le rituel associé à l’Autel des Serments

Dans les rituels, l’Autel des Serments est au cœur des cérémonies. Lors de l’initiation au premier degré (Apprenti), le néophyte, yeux bandés, est conduit à l’autel pour prêter serment sur les trois lumières :

« Je promets de garder les secrets… et de pratiquer la vertu. »

Le Vénérable Maître pose la main du candidat sur l’autel, symbolisant le transfert de lumière.

Pour les élévations (Compagnon ou Maître), l’autel sert à renouveler les engagements, avec des voyages symboliques autour de lui. Dans le REAA, l’autel est illuminé par des bougies, et le serment inclut des gestes comme toucher l’Équerre et le Compas. Au Rite Français, il peut inclure une invocation à la raison humaniste. L’autel reste couvert pendant les travaux, découvert seulement pour les serments, symbolisant la sacralité du moment. En cas de radiation ou de fermeture de loge, un rituel inverse se déroule à l’autel, marquant la rupture symbolique.

Importance initiatique et applications contemporaines

Main sur la Bible lors du serment

L’Autel des Serments est initiatiquement vital, enseignant que tout progrès maçonnique repose sur l’engagement moral. Il rappelle que la Maçonnerie n’est pas un club, mais une école de vertu où le serment lie l’individu à l’humanité. Dans un contexte moderne, face à la sécularisation, des obédiences libérales adaptent le Volume de la Loi Sacrée pour inclure des textes laïcs, maintenant son rôle dans la promotion de l’éthique universelle.

Des planches contemporaines explorent son actualité : dans un monde de promesses éphémères, il incarne la parole donnée comme pilier de confiance. Il favorise aussi l’inclusivité, servant de lieu pour les serments mixtes dans les obédiences comme le Droit Humain.

Conclusion

En somme, l’Autel des Serments est le cœur symbolique et rituel de la Franc-Maçonnerie, un piédestal où s’unissent engagement moral, tradition initiatique et quête de lumière. De ses racines antiques à ses adaptations modernes, il incarne l’essence de l’Ordre : un serment solennel pour un perfectionnement perpétuel.

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