Une mini-série en huit épisodes remet en marche le grand mythe d’Alexandre Dumas, avec ce que le feuilleton sait faire mieux que le cinéma. Installer la durée, laisser le temps peser, et donc rendre visible l’épreuve intérieure. Cette nouvelle adaptation – coproduction franco-italienne diffusée sur France 2 et disponible sur france.tv, réalisée par Bille August et portée notamment par Sam Claflin – assume l’ambition de la fresque et a été présentée à CANNESERIES.

Nous y retrouvons l’injustice fondatrice, la prison comme nuit initiatique, la transmission comme clé, puis le retour au monde avec une puissance vertigineuse. Mais sous le romanesque, une question demeure et elle mord notre époque ! Quelle liberté cherchons-nous ? Celle qui libère, ou celle qui enchaîne autrement ?
Quand un classique revient, ce n’est pas pour être répété, mais pour être réentendu
Le Comte de Monte-Cristo revient comme reviennent les grands récits quand une époque les réclame. Non pour être rejoué, mais bien pour être réécouté.

Le feuilleton donne de l’air aux personnages, de l’épaisseur aux conséquences, et c’est là que le roman cesse d’être une mécanique de vengeance pour redevenir ce qu’il est au fond : une parabole de métamorphose, et un avertissement sur les faux soleils.
Car le faux soleil, c’est la puissance qui se prend pour la lumière. C’est l’éclat qui persuade, la réussite qui justifie, la maîtrise qui se persuade d’être innocente. Et l’on comprend vite pourquoi ce format sériel met si bien en évidence l’axe initiatique du récit : la durée est une épreuve.
Une initiation sans discours : dépouillement, nuit, transmission

Dans une lecture maçonnique, Monte-Cristo n’est pas d’abord un héros. C’est un homme dépouillé : trahi, réduit au silence, privé de nom et de place. Le Château d’If devient une pierre noire, une chambre d’épreuves où l’être se dissout jusqu’à ce que, faute de dehors, l’intérieur commence.
Et puis vient la transmission. Dans toutes les variations du récit, l’abbé Faria n’est pas un simple ressort : il est la charnière. Un maître apparaît, non pour consoler, mais pour ordonner. Il donne méthode, langage, structure. Dantès ne reçoit pas seulement un savoir. Il reçoit une discipline, une carte, une géométrie intérieure.
Or c’est ici que l’initiation se retourne : apprendre, c’est aussi acquérir du pouvoir. Et quand le pouvoir rencontre une blessure non pacifiée, il devient un feu.
La seconde prison : dehors, quand l’homme peut tout
Le rythme sériel rend plus sensible ce que le roman contient en secret avec la seconde prison. La première est visible, de pierre et de barreaux. La seconde est invisible : elle se forme dehors, lorsque l’homme sait, lorsque l’homme tient les fils, lorsque l’homme peut. On peut briser des barreaux et rester captif. Captif d’un grief, d’un passé, d’une idée fixe de réparer.

C’est là que l’œuvre devient, pour un lecteur maçonnique, une mise en garde très précise : la liberté n’est pas l’absence d’entraves ; c’est la conquête d’une mesure. La vraie délivrance n’est pas d’atteindre la puissance, mais d’empêcher la blessure de gouverner.
Justice et vengeance : la même grammaire, pas la même équerre
La vengeance a l’apparence du droit. Elle parle d’équilibre, de réparation, d’ordre retrouvé. Mais elle garde une ivresse : cette sensation trompeuse d’être enfin juste parce que l’on frappe avec raison. La justice, elle, exige la mesure. Elle suppose un frein. Elle demande de ne pas devenir ce que l’on combat.

Et c’est ici que l’attention portée à Mercédès (plus présence que simple souvenir) modifie l’atmosphère morale du récit : d’un côté, la tentation de devenir la justice, d’épouser une fonction, de se confondre avec un rôle ; de l’autre, la nécessité de vivre avec l’irréparable, de tenir dans la durée, sans masque doré. Elle introduit un contrechamp qui vaut comme une équerre : qui paie, quand la vengeance croit faire œuvre de justice ? Qui est sacrifié, quand la réparation devient spectacle ?
Un miroir contemporain : les tribunaux instantanés et la blessure souveraine
Notre époque aime les sentences rapides, les verdicts immédiats, la réparation spectaculaire. Monte-Cristo en série redevient une fable brûlante car il montre ce qui arrive quand un homme blessé obtient une puissance disproportionnée et s’autorise, au nom du bien, à faire payer.

Il a des raisons. Il a des preuves. Il a des coupables. Et pourtant une inquiétude grandit : qu’a-t-il fait de sa blessure ? A-t-il transmuté le plomb en or, ou a-t-il seulement doré le plomb ?
Voilà le point initiatique : la liberté ne se prouve pas par ce que l’on peut faire aux autres ; elle se mesure à ce que l’on refuse de devenir.
Alexandre Dumas et la Loge : une rumeur à remettre à l’équerre

Il existe une tradition italienne selon laquelle Alexandre Dumas (1802–1870) aurait été initié à Naples en 1862 dans la loge Fede italica (Grande Oriente d’Italia – GOI), notamment aux côtés du juriste Luigi Zuppetta, ce qu’affirment des sources maçonniques italiennes et des notices biographiques italiennes ainsi que la biographie Treccani de Giovanni Pantaleo mentionne aussi une affiliation conjointe à la même Loge.

Deux jalons télévisuels à garder en tête
Pour situer cette nouvelle lecture dans la longue chaîne des adaptations, deux repères restent, en France, des pierres

d’angle :
-1979–1980 : Le Comte de Monte-Cristo, mini-série réalisée par Denys de La Patellière (format télévisuel long, souvent jugé “le plus complet”).
–1998 : Le Comte de Monte-Cristo, mini-série réalisée par Josée Dayan (avec Gérard Depardieu), autre grande “référence” de la télévision populaire.

Monte-Cristo rappelle qu’il existe des trésors qui empoisonnent. On peut sortir du Château d’If et bâtir, pierre après pierre, un palais de revanche où l’âme demeure enfermée. Le vrai dénouement n’est pas un châtiment parfaitement orchestré, mais un geste plus rare : renoncer au faux soleil, déposer le masque de l’exécuteur, et consentir à redevenir un homme parmi les hommes.
Alors seulement, la liberté cesse d’être un éclat et devient une lumière qui tient.

Supplément photos du Château d’If à Marseille







Bonjour à tous et savoir distinguer le vrai culte et le monde de satan car 1jean 5:19 dit que le monde entier est dans la main du diable
Très de déçus, trop éloignée du roman, pratiquement plus rien ne correspond, pour moi c’est faire offence à l’ auteur.
« La vengeance est une passion aveugle ; elle détruit celui qui s’y abandonne autant que celui qu’elle frappe. » Faria
» Tout bras armé autrement que par un pouvoir légitime ne peut être que criminel » 1er ordre francais. Quand tout est accompli Dantes disparaît ou coule… il ne renaît pas.