Même si la curiosité est un vilain défaut, combien de profanes frappent à la porte de nos temples, alléchés par le mirage du pouvoir que la Franc-maçonnerie offrirait à ses adeptes ? J’en suis convaincu : ils sont bien plus nombreux qu’il n’y paraît.
Évidemment, personne ne l’avouera jamais haut et fort. Une fois la déception initiale digérée – quand ils réalisent que la Lumière n’est pas un chèque en blanc –, un puissant élastique les retient encore : celui des sièges du « pouvoir ». Je parle bien sûr de ces charges ronflantes, offices prestigieux et reconnaissances qui distribuent médailles et rubans comme des bonbons à une kermesse.

Rappelez-vous cette scène mythique dans Indiana Jones et la Dernière Croisade, où le chevalier croisé scrute le choix du Graal dans la grotte sacrée :
- Il a choisi… bien mal.
- Il ne devrait pas être en or.
- C’est la coupe d’un charpentier.
- Il n’y a qu’un moyen de le savoir.
- Tu as choisi judicieusement.
- Mais le Graal ne doit pas franchir la dalle scellée.
- Telle est la limite… et le prix de l’immortalité.

La coupe n’a d’effet qu’au cœur du sanctuaire. Il en va de même pour nos décors et nos titres maçonniques :
leur vraie valeur réside dans l’enceinte du Temple, où ils symbolisent l’humilité, la fraternité et la quête intérieure.
Le drame ? Trop de Frères – et de Sœurs – tentent de les emporter dehors, comme un trophée profane, pour briller dans le monde extérieur. Et rappelez-vous : dans le film, le Temple s’effondre lors de cette transgression fatale.
La question qui me hante est celle-ci :
à force d’initier des maçons en quête d’or et de médailles en chocolat, nos Temples ne sont-ils pas en train de s’écrouler sous le poids de leur propre vanité ?
Je vous laisse méditer là-dessus… pendant que je me mets à l’abri.
À lundi prochain !

Merci pour ce magnifique article. L’analogie selon laquelle le mérite maçonnique n’est valable qu’au sein du Temple est parfaite. Même le statut de franc-maçon en est un exemple. Êtes-vous franc-maçon ? – Mes frères me reconnaissent comme tel. Par conséquent, bien que nous devions transmettre les valeurs maçonniques à la société, nous ne sommes pas francs-maçons en son seine, puisque les non-maçons ne peuvent nous identifier comme tels.
J’appartiens à une loge où non seulement il n’y a ni médailles ni symboles de distinction, mais où les applaudissements pour un travail bien fait sont interdits, car accomplir son devoir ne requiert ni applaudissements ni récompenses.
Merci pour ce billet, qui dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : le “pouvoir” maçonnique n’existe que comme service… et il s’évapore dès qu’on cherche à l’emporter hors du Temple comme un trophée.
Ce qui abîme le plus nos Ateliers, ce ne sont pas les décors en eux-mêmes (tabliers sabs Maçons ?), mais l’usage profane qu’on en fait, quand l’ego transforme l’équerre en marchepied et le compas en couronne. On voit alors, ici ou là, des logiques de réseau, de reproduction sociale, parfois même une tentation de “dynasties” et de noms qui pèsent plus lourd que le travail réel. Or la fraternité ne se transmet pas “de père en fils” : elle se conquiert, pierre après pierre, par l’humilité, la rectitude, la constance et le silence intérieur.
Au fond, ton image du Graal est juste : la coupe d’un charpentier ne brille pas, mais elle transforme. Le reste n’est que dorure. Et si l’on confond l’or avec la Lumière, alors oui, le Temple finit toujours par trembler. Restons donc du côté de la coupe simple : celle qui ne sert qu’à désaltérer l’âme.