ven 04 avril 2025 - 21:04

Le Vénérable qui « mérite le respect » parce que « apte à l’amour »

Vénérable vient du latin venerabilis, qui mérite le respect.

Le titre de Vénérable Maître qui désigne le président d’une loge, vient de l’anglais worshipful master qui désigne un personnage (ou une institution) digne d’être vénéré ou respecté.

La première mention connue de ce titre pour qualifier le chef d’une loge se trouve dans le Manuscrit Régius (environ 1390), qui est le plus vieil exemple existant des Old Charges, les Anciens Devoirs. Les Constitutions d’Anderson qui ne connaissent que deux degrés : apprenti et compagnon, parlent du maître ou maître de loge. Avec le développement du degré de maître, la confusion devenant possible, l’usage s’est établi de distinguer le maître, titulaire des trois degrés et le maître de loge, président de l’atelier. «Les guildes affirment que c’est Anderson qui a abrogé l’apprentissage de sept ans et changé le siège du Maître d’ouest en est» (John Yarker, The Arcane Schools, Chap. XII, p.286/342).

Au milieu du XVIIIe siècle, de 1742 à 1752, on évoquait les ateliers sous le vocable de «Très Vénérable et Respectable Loge». En France, il fallait obligatoirement être d’une profession libérale pour être Vénérable Maître d’une loge jusqu’à la moitié du XIXe siècle

En tenue, s’adresser au président de la loge, reconnu par son élection comme honorable, respectable, se manifeste par les termes «Vénérable Maître» aux deux premiers degrés. Dans les rituels anglo-saxons, le président de la loge se traduit au plus proche par «plus-que-Vénérable Maître». En France, la paresse de l’habitude fait dire «Vénérable Maître» ou même «Vénérable». Aux RY, RÉ et RSE/RÉÉ, on préfère l’appel «très Vénérable Maître».

Certains auteurs s’intéressent à la signification de l’appellation symbolique Vénérable en tant que «apte à l’amour». Selon eux, quand un initié prononce les mots «Vénérable Maître», il fait appel et référence à un amour de nature cosmique de manière à ce que cet amour s’incarne dans la loge par l’intermédiaire de la fonction du Vénérable.

Le Vénérable Maître a une triple fonction : administrative, initiatique et symbolique. «On peut reconnaître sans difficulté dans le président des ateliers des trois premiers grades, le maître, celui qui sait, qui peut, et qui ordonne.» Cependant il marque son respect aux officiers en les vouvoyant.

Sa place est au centre, à l’Orient, pour représenter la source de la lumière naissante comme le soleil au lever du jour ; il est l’intercesseur et le dispensateur de l’énergie lumineuse. Seul un Vénérable installé (sous plusieurs dénominations selon les degrés) a le pouvoir fondamental de la transmission initiatique par intégration des récipiendaires dans leur nouveau grade.

Il est celui qui autorise ou refuse l’accès à la tenue des visiteurs.

Depuis 1773, l’élection du Vénérable, telle celle des officiers, se fait annuellement et obligatoirement au scrutin secret comme le prescrivent les statuts de l’Ordre royal de la Franc-maçonnerie en France.

Les pouvoirs du « maître de la loge » (on dit aussi Vénérable Maître en chaire) ne sont limités que par le rôle de l’Orateur, le gardien de la Loi que le Vénérable ne peut transgresser

Les « Anciens » reprochent aux « Modernes » d’ignorer l’installation secrète du Vénérable Maître, considérée par les Irlandais comme fondamentale. Celle-ci, en effet, permet l’accès au grade de l’Arch Royal, grade qui est regardé par la tradition irlandaise comme le sommet de la Maçonnerie. Cette installation secrète, dont il n’existe pratiquement aucun témoignage avant 1705 en terre britannique, transmet un mot, un signe, un attouchement et est, en réalité, une sorte de super-grade de maître. Ainsi, chez les « Anciens », l’office de Vénérable Maître est lié à une cérémonie qui a la structure d’un grade, à laquelle ne peuvent participer que ceux qui, maître en chaire ou passés maîtres possèdent ce titre. « La cérémonie d’Installation n’a ni ouverture ni fermeture, cette partie est réputée voilée mais se déroule dans la continuité des travaux. En effet, une rupture de temps serait équivalente à sortir le Maître des travaux de la Loge alors que l’Installation doit bien effectuer l’inverse en affirmant non seulement son importance dans les travaux, mais aussi la nécessité qu’il les conduise. De fait, on ouvre les travaux jusqu’au troisième degré, les Frères de tous degrés sortent en laissant entre eux les Passés Maîtres et l’impétrant. Ils rentreront ensuite, salueront et reconnaitrons le représentant de Salomon selon leur grade ». L’Installation du Maître de la Loge est une cérémonie inconnue de la pratique des Moderns 

Dans les loges travaillant aux rites constructeurs, l’influence de la Bible est notable dans la dénomination du siège occupé par le Vénérable, la chaire de Salomon.

Salomon fit édifier le palais du trône à proximité du mont Moriah. Sa construction commence le jour même de l’achèvement du Temple et dure dix ans.

Le palais se compose de plusieurs parties ; d’une salle des gardes aux larges colonnes de cèdre, des appartements du roi, des salles de réception et d’apparat, de bureaux diplomatiques ou l’on signe les traités, d’une salle du trône où Salomon rend la justice, d’un appartement pour la fille de pharaon (une de ses épouses), et d’une grande cour.

Le trône sur lequel le roi s’installe pour rendre la justice a six degrés, deux lions sont debout près des bras et douze lions se tiennent de part et d’autre des six degrés (1, Rois, 10, vers18-20). L’ivoire indique l’incorruptibilité et l’invincibilité, l’or la suprématie et la sagesse, les lions la puissance. Les deux lions signifient l’autorité sur les territoires d’Israël et de Juda ; les douze lions symbolisent les douze tribus d’Israël. Les six marches du trône de Salomon devait rappeler les six commandements spéciaux qu’un roi d’Israël devait observer.

D’après le Midrash, le trône est presque aussi beau que le Temple, entouré de joyaux et d’or, des animaux en gardent l’abord. Sur chaque marche deux animaux en or se faisaient face, sur la première, un lion et un bœuf, sur la seconde, un loup et un agneau, sur la troisième, un tigre et un chameau, sur la quatrième, un aigle et un paon, sur la cinquième, un chat et un coq, sur la sixième enfin, un faucon et une colombe. À la partie supérieure du trône, une colombe en or tenait, dans son bec, un faucon en or. Quand le roi Salomon montait sur le trône, un merveilleux jeu de pièces composantes se mettait en marche. Dès qu’il avait touché la première marche, le bœuf d’or et le lion d’or tendaient leurs pattes pour soutenir le roi et l’aider à atteindre la marche suivante. De chaque côté, des animaux maintenaient fermement le roi jusqu’à ce qu’il fût bien assis sur le trône. Mais à peine avait-il pris place qu’un aigle d’or lui apportait la grande couronne et la maintenait juste au-dessus de sa tête pour qu’il n’en sentît pas le poids élevé. Ensuite la colombe d’or s’envolait au-dessus de l’Arche sainte, en sortait une petite Torah en forme de rouleau et la mettait sur les genoux de Salomon, conformément aux préceptes de la Torah selon lesquels elle devait toujours accompagner le roi et lui servir de guide pour régner sur Israël :

Les six degrés du trône séparent Salomon du reste des humains, ils marquent l’élévation suprême du monarque en sagesse et en puissance, juste au dessous de la divinité ; ils correspondent au chiffre propre de Salomon, au sceau dit de Salomon, l’étoile à six branches. On dit qu’après la mort de Salomon, ce fut le pharaon son beau père qui s’appropria le trône en guise d’indemnité pour le veuvage de sa fille. Ce trône aurait été emporté, ensuite, à Babylone, puis en Grèce, enfin à Rome.

Quoiqu’il en soit, le trône de Salomon deviendra au cours des siècles et des civilisations le symbole de la royauté ; on l’associera à l’ordre, à la justice et à la paix universelle.

La première tâche du VM est de les faire respecter, la vigilance et la fermeté sont deux armes dont il dispose contre le laxisme et le personnalisme qui sont des fléaux de l’Ordre Maçonnique. Nous savons que le VM élu promet de ne rien changer dans le rituel qui lui a été confié, afin qu’il rende plus tard, intact et identique le dépôt qui lui fut remis. Le VM a le pouvoir de transmettre, mais il ne peut transmettre que ce qui lui fut transmis. Cela signifie que dans un Ordre initiatique, toute transmission vient du sommet qui seul possède de droit et de fait la capacité initiatique et le pouvoir de la déléguer. Ainsi nous pouvons mieux comprendre le sens de la hiérarchie traditionnelle, et celle de l’Ordre Maçonnique en particulier

Vénérable Maître et Loge forme d’une certaine manière un couple initiant. Seul celui qui est lié par serment peut lier à son tour dans les limites même de ses obligations. Le serment du VM s’accomplit au sein de la Loge, car en dehors de celle-ci le VM ne détient aucun pouvoir initiatique, de même qu’une Loge sans VM installé est initiatiquement inapte. Contrairement à la théorie du double corps du roi d’Ernst Kantorowicz qui “permet aussi à la société qui s’incarne dans le roi de projeter sur lui, sur son corps individuel, l’image désirante de sa propre unité”; le Vénérable d’une Loge ne l’est que pendant les travaux et même cesse de l’être en descendant de charge.Il appartient aux Maîtres de la Loge qui choisissent leur VM de bien comprendre qu’il ne s’agit pas là d’une distinction honorifique mais bien d’une fonction fondamentale de régulation. C’est par le VM que la Loge reçoit l’influx spirituel nécessaire à l’initiation, au passage et à l’élévation, influx spirituel sans lequel nos rites initiatiques ne seraient que des cérémonies vides de sens.

Le VM gouverne la Loge de tous temps c’est-à-dire de midi à minuit, tant que la Loge est ouverte. Et que gouverne-t-il ? Le métier, c’est-à-dire l’Art Royal. C’est là une responsabilité d’une telle envergure que les Maçons qui veulent être reconnus comme tels peuvent et doivent y accéder

En chambre du milieu, pour distinguer parmi les Vénérables Maîtres (titre de chaque frère ou sœur), celui choisi pour représenter le Roi Salomon et animer les travaux, il lui est donné le titre de « Très Vénérable Maître » ou « Très Respectable Maître ». Le Vénérable Maître est Salomon et non Hiram.

Selon les Rites et les degrés des Hauts Grades, le président de la loge est appelé par des noms différents.

Un Vénérable Maître heureux parce qu’il accomplit bien sa tâche est un Vénérable Maître qui rayonne dans sa loge comme dans sa vie profane, et qui propage ce sentiment de bonheur, de plénitude et d’harmonie autour de lui. Il donne alors encore plus de sens à ce que les maçons appellent de leurs vœux à la fin de leurs tenues, la Paix, l’Amour, la Joie” »” (Jean-Jacques Zambrowski, Être Vénérable Maître ! Efficace et heureux ? pages 98 et 99).

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Solange Sudarskis
Solange Sudarskis
Maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", prix littéraire de l'Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme ».

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