jeu 03 avril 2025 - 04:04

« France Bleu » visite le Temple maçonnique de la Rochelle pour une conférence

De notre confrère francebleu.fr

Ce dimanche 30 mars 2025, un événement rare s’est déroulé à La Rochelle : les six loges maçonniques affiliées au Grand Orient de France (GODF) ont ouvert les portes de leur temple au public, attirant des dizaines de curieux avides de découvrir l’envers du décor d’une institution souvent perçue comme mystérieuse. Cette initiative, relayée par France Bleu et Sud Ouest, s’inscrit dans une démarche d’ouverture et de transparence, à l’occasion d’un week-end marqué par une conférence-débat et des visites guidées.

Loge du GODF La Rochelle. (Crédit photo Hugo Marsault – Journaliste pour France Bleu)

À l’approche du 275e anniversaire de la franc-maçonnerie à La Rochelle, prévu pour septembre 2025, cet événement a permis d’initier les « profanes » à l’histoire, aux valeurs et au fonctionnement de cette société initiatique. Voici un récit détaillé de cette journée, enrichi d’un contexte historique et d’une analyse approfondie des symboles et des pratiques maçonniques.

Un week-end d’ouverture à La Rochelle : Fratercité et découverte

Loge du GODF La Rochelle. (Crédit photo Hugo Marsault – Journaliste pour France Bleu)

Le week-end des 29 et 30 mars 2025 a été marqué par une série d’événements organisés par les loges maçonniques rochelaises. Le samedi 29 mars, une conférence-débat intitulée « Les francs-maçons dans la cité » s’est tenue à partir de 18h30 au 40, rue basse Saint-Éloi. Cette rencontre a permis d’aborder le rôle de la franc-maçonnerie dans la société contemporaine, un thème cher au GODF, connu pour son engagement dans les débats sociétaux et politiques. Le lendemain, dimanche 30 mars, de 10h à 17h, le temple situé au 80, rue Marius-Lacroix a ouvert ses portes au public, offrant une occasion rare de pénétrer dans un lieu habituellement réservé aux initiés.

Cette initiative n’est pas une première à La Rochelle. Dès 2015, comme le rapporte Sud Ouest, le temple rochelais s’était ouvert aux profanes lors des Journées européennes du patrimoine, une première depuis la création de la loge L’Union Parfaite en 1752. À l’époque, le vénérable maître de la loge avait expliqué cette démarche par la nécessité de « se montrer plus accessibles aux profanes » pour contrer les mystères qui pourraient « finir par tuer la franc-maçonnerie ». Dix ans plus tard, cette volonté d’ouverture semble s’être renforcée, dans un contexte où les loges rochelaises, qui regroupent environ 300 adeptes, cherchent à démystifier leur pratique tout en célébrant leur riche histoire locale.

Le temple Salvador Allende : un espace chargé de symboles

Loge du GODF La Rochelle. (Crédit photo Hugo Marsault – Journaliste pour France Bleu)

Le temple visité ce dimanche, nommé « Salvador Allende » en hommage au président chilien assassiné en 1973, est un lieu contemporain, construit en 1976 après plusieurs déménagements de la loge rochelaise (rue Venette, rue Thiers). Comme le note Hugo Marsault dans son reportage pour France Bleu, le temple présente une particularité : il a été « mal reconstruit », avec un échiquier central qui, en temps normal, recouvre l’ensemble du sol. Ce damier, composé de carreaux noirs et blancs, est un symbole fondamental en franc-maçonnerie. Il représente la dualité entre le bien (blanc) et le mal (noir), et la quête des « frères et sœurs » consiste à marcher au milieu pour trouver un équilibre dans leur réflexion, une métaphore de la recherche de la rectitude morale et spirituelle.

L’orientation du temple, d’Ouest en Est, est également symbolique. Cette disposition, inspirée du temple de Salomon tel que décrit dans la Bible (Premier Livre des Rois, chapitres 5-7), reflète l’idée d’un voyage initiatique vers la lumière, l’Est étant associé au lever du soleil et à la connaissance. Les membres de la tenue sont assis de chaque côté de la salle, une disposition qui évoque le parlement britannique, berceau de la franc-maçonnerie spéculative née à Londres en 1717. Cette organisation spatiale n’est pas anodine : elle rappelle les origines historiques de la franc-maçonnerie, qui s’est développée dans un contexte de débats philosophiques et politiques au XVIIIe siècle, notamment sous l’influence de figures comme James Anderson et Jean-Théophile Désaguliers, auteurs des Constitutions d’Anderson de 1723.

Loge du GODF La Rochelle. (Crédit photo Hugo Marsault – Journaliste pour France Bleu)

Au centre du temple, sous le regard du « Vénérable Maître » – le président de la loge, élu pour un an – se déroulent les « tenues », ces réunions rituelles où sont menées des discussions sociétales, philosophiques ou politiques. La prise de parole y est strictement encadrée, et chaque intervention s’adresse au Vénérable Maître, qui orchestre les échanges. Les rituels, répétés à l’identique tout au long de la vie d’un franc-maçon, permettent d’établir l’ordre et d’appréhender les nombreux symboles qui jalonnent le parcours initiatique. Comme le souligne Hugo Marsault, « la plupart de la signification des symboles demeure à la discrétion des pratiquants », un choix qui alimente le mystère entourant la franc-maçonnerie, mais qui reflète aussi sa nature ésotérique : les symboles ne se dévoilent pleinement qu’à ceux qui s’engagent dans la voie initiatique.

Une histoire tricentenaire à La Rochelle

La Rochelle est une ville profondément marquée par la franc-maçonnerie, comme en témoigne la longévité de ses loges. L’Union Parfaite, fondée en 1752, est l’une des plus anciennes loges de France, et la ville a vu de nombreux maires et notables locaux rejoindre ses rangs au fil des siècles. Cette prégnance s’explique en partie par l’histoire de la région. Au XVIIe et XVIIIe siècles, La Rochelle, bastion protestant, a été le théâtre de persécutions religieuses, notamment après la révocation de l’Édit de Nantes en 1685. La franc-maçonnerie, avec ses valeurs de tolérance et d’humanisme, s’est posée en force résistante à l’oppression, attirant des protestants rochelais en quête d’un espace de liberté intellectuelle.

Loge du GODF La Rochelle. (Crédit photo Hugo Marsault – Journaliste pour France Bleu)

Jean-Théophile Désaguliers, l’un des pères fondateurs de la franc-maçonnerie spéculative, était lui-même d’origine huguenote, sa famille ayant fui La Rochelle après la révocation de l’Édit de Nantes. Cette connexion historique entre La Rochelle et les origines de la franc-maçonnerie est un rappel de l’influence des dissensions religieuses sur le développement de l’ordre. Comme le note Sud Ouest dans un article de 2015, « la persécution des protestants rochelais aux XVIIe et XVIIIe siècles est sans doute pour beaucoup dans le dynamisme de la franc-maçonnerie » dans la région. Aujourd’hui, les loges rochelaises, qui comptent environ 400 membres fréquentant le temple de la rue Marius-Lacroix, continuent de perpétuer cet héritage, tout en s’ouvrant à des publics variés, hommes et femmes, dans une obédience mixte comme le GODF.

Les symboles maçonniques : une quête d’équilibre et de maîtrise

Le temple de La Rochelle est un espace saturé de symboles, chacun porteur d’une signification profonde. Outre le damier, l’équerre et le compas, omniprésents dans l’iconographie maçonnique, sont des emblèmes centraux. L’équerre symbolise la rectitude, la droiture morale, tandis que le compas représente l’ouverture d’esprit et la capacité à tracer des cercles parfaits, métaphore de l’harmonie et de la perfection. Ces outils, hérités des maçons opératifs du Moyen Âge, ont été réinterprétés par la franc-maçonnerie spéculative pour incarner des valeurs philosophiques et spirituelles.

D’autres symboles, visibles dans le temple, incluent le « Delta lumineux », un triangle isocèle souvent orné d’un œil, qui représente la présence du divin ou de la conscience universelle. Les colonnes Jakin et Boaz, placées à l’entrée du temple, rappellent celles du temple de Salomon et symbolisent la force et la stabilité. La « houppe dentelée », une corde à nœuds qui entoure le temple sous le plafond, évoque la chaîne d’union, un rituel où les francs-maçons se tiennent par la main pour symboliser leur fraternité. Selon le rite pratiqué, cette corde comporte de 7 à 12 nœuds, appelés « lacs d’amour », qui représentent les liens indéfectibles entre les membres.

Le symbolisme maçonnique ne se limite pas à l’espace du temple. Les apparats portés par les francs-maçons reflètent leur progression dans la hiérarchie initiatique. Le tablier, par exemple, est un élément clé : blanc et simple pour l’apprenti, il devient plus orné, souvent brodé de bleu et de rouge, pour le Vénérable Maître. Ces distinctions visuelles soulignent l’importance de la hiérarchie dans l’ordre maçonnique, où chaque grade – apprenti, compagnon, maître – correspond à un niveau de maîtrise des symboles et des rituels.

Une démarche d’ouverture dans un contexte de suspicion

L’ouverture des portes du temple rochelais s’inscrit dans une volonté plus large de démystifier la franc-maçonnerie, souvent entourée de fantasmes et de suspicions. Comme le souligne un article de Sud Ouest datant de 2024, à propos d’une initiative similaire à Rochefort, « expliquer le travail que l’on fait dans nos loges permet d’éviter le côté suspicion ». Cette démarche est d’autant plus pertinente à La Rochelle, une ville où la franc-maçonnerie a joué un rôle politique et social majeur. Un article de L’Express de 2013 révélait que plusieurs maires de la région, dont ceux de La Rochelle et de Rochefort, étaient francs-maçons, illustrant l’influence de l’ordre dans la vie publique locale.

Pourtant, cette influence a parfois alimenté des clichés. Les loges sont souvent accusées d’être des sociétés secrètes manipulant les affaires publiques dans l’ombre, une vision que les francs-maçons rochelais cherchent à déconstruire. En ouvrant leur temple, ils invitent les profanes à découvrir une réalité bien différente : celle d’une communauté qui se réunit pour réfléchir, débattre et progresser dans une quête de sens. Les discussions menées lors des tenues, qu’elles portent sur des enjeux philosophiques, sociétaux ou politiques, visent à « progresser dans la maîtrise », comme le note Hugo Marsault. Cette maîtrise passe par une compréhension approfondie des symboles, mais aussi par un engagement dans des valeurs humanistes comme la tolérance, l’égalité et la laïcité.

La franc-maçonnerie à La Rochelle : un héritage vivant

La Rochelle n’est pas seulement un bastion historique de la franc-maçonnerie ; elle est aussi un lieu où l’ordre continue d’évoluer. Les six loges du GODF, qui regroupent environ 300 membres, travaillent selon le Rite Français, un rituel qui met l’accent sur la laïcité et l’engagement républicain. Mais d’autres obédiences sont également présentes dans la région, comme la Grande Loge Mixte Universelle, qui a organisé une journée d’échanges à Rochefort en mars 2024 pour célébrer son 50e anniversaire. Cette diversité reflète la pluralité de la franc-maçonnerie contemporaine, qui oscille entre tradition et modernité.

L’histoire de la franc-maçonnerie à La Rochelle est aussi marquée par des figures emblématiques. Au XVIIIe siècle, des notables comme Jean-Baptiste Nairac, un négociant protestant, ont joué un rôle clé dans le développement des loges locales, malgré l’hostilité des autorités religieuses et politiques. L’évêque de La Rochelle, Mgr de Crussol d’Uzès, dénonçait en 1788 l’Édit de Tolérance comme une « loi qui semble confondre et associer toutes les religions et toutes les sectes », tandis que l’intendant de Guyenne s’opposait à l’anoblissement de Nairac en raison de sa foi réformée. Ces tensions illustrent le contexte dans lequel la franc-maçonnerie s’est implantée à La Rochelle, en s’affirmant comme un espace de résistance et de dialogue.

Un pas vers la transparence

L’ouverture du temple Salvador Allende ce dimanche 30 mars 2025 a été bien plus qu’une simple visite guidée : elle a offert une fenêtre sur un monde souvent mal compris, où les symboles, les rituels et les valeurs humanistes se conjuguent pour former une voie initiatique unique. À La Rochelle, la franc-maçonnerie continue de porter un héritage tricentenaire tout en s’adaptant aux enjeux contemporains, comme en témoigne cette démarche d’ouverture. En invitant les profanes à pénétrer dans leur temple, les francs-maçons rochelais ont non seulement démystifié leur pratique, mais aussi rappelé leur engagement dans la construction d’une société plus juste et plus fraternelle. Alors que le 275e anniversaire de la franc-maçonnerie à La Rochelle approche, cet événement marque une étape importante dans le dialogue entre l’ordre et la cité.

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