mer 29 mai 2024 - 14:05

Franc-maçonnerie italienne du Rite Écossais Ancien et Accepté entre Loges « couvertes » et Ésotérisme (1968-1983)

De notre confrère italien corrispondenzaromana.it – par le Père Paolo M. Siano

Après avoir examiné le pouvoir du Gelli-P2 entre les services secrets et l’ésotérisme (voir ici), j’ai présenté ensuite le résumé d’une de mes études déjà publiée en deux volets dans la revue « Fides Catholica » N° 1/2015 et N° 2/2015.

La Commission parlementaire d’enquête sur la Loge P2 (Commission présidée par l’Honorable Tina Anselmi, en activité du 10 novembre 1981 au 11 juillet 1983 ) ne s’est pas limitée à l’objet principal de ses investigations, à savoir la Loge « Propagande 2 », dite simplement “P2”, mais a également examiné d’autres groupes maçonniques italiens, à savoir les Obédiences (Grandes Loges ou Grands Orients) et les Rites des Hauts Degrés, en particulier le Rite Écossais Ancien et Accepté (RSAA), qui retenaient en leur sein des Loges “couvertes”, c’est-à-dire des Loges dont les membres n’étaient pas connus des autres Maçons de la même Obédience mais seulement du Grand Maître et éventuellement des autres dirigeants de la même Obédience ou Rite.

Par ailleurs, j’ai découvert que certains francs-maçons mentionnés dans les actes de la commission d’enquête parlementaire sur P2 étaient également auteurs de textes ésotériques (non cités par ladite commission) que je cite et résume dans mon étude dans le but de montrer à quel point l’appartenance à la franc-maçonnerie comporte en soi à la fois l’action dans le monde profane et la formation ésotérique du franc-maçon.

De l’enquête de la Commission Parlementaire, qui, à travers la Police Judiciaire, a saisi des documents de divers quartiers maçonniques (Obéissance et Rites du Palais Giustiniani, Place du Gesù, Palais Vitelleschi …), il ressort que la Loge P2 (GOI) n’était pas la seule « forme couverte » de la Franc-maçonnerie dans laquelle il existe un lien spontané et automatique entre le recrutement des élites et « un régime particulier de confidentialité » (cf. Note éditoriale , dans Chambre des Députés – Sénat de la République – IXe Législature – Commission Parlementaire). Enquête sur la Loge maçonnique P2 – Pièces jointes au rapport – Série II , Tome I, Doc XXIII Documentation recueillie par la Commission Tome IV Autres formes maçonniques couvertes: n  .

Le 28 avril 1983 , lors d’une séance de la Commission parlementaire d’enquête sur P2, l’hon. Tina Anselmi annonce deux opérations de Police Judiciaire : la première, au siège de la Franc-Maçonnerie de Rite Écossais Ancien et Accepté (RSAA) liée à l’Obédience du Grand Orient d’Italie – Palazzo Giustiniani (GOI), et la seconde à la Franc-Maçonnerie de RSAA liée à la Grande Loge d’Italie de Piazza del Gesù – Palazzo Vitelleschi (GLDI) : « La première opération trouve sa base dans les documents envoyés à la Commission […] et dans les documents qui m’ont été envoyés personnellement […], à partir desquels elle peut être déduite du lien étroit existant entre le Grand Orient et le Rite Écossais de son émanation dans la couverture et la protection de la loge P2 et des activités des Gelli, même à des époques pas trop lointaines. […]. La deuxième opération naît de l’information qui m’est parvenue à deux reprises, et appuyée par la bonne fiabilité des sources, que le matériel qui nous intéresse était disponible à la franc-maçonnerie de la Piazza del Gesù, qui y était arrivé du Palais Giustiniani, à l’époque de nos opérations pour saisir les listes maçonniques. Je dois ajouter qu’outre l’évaluation de ces sources, j’ai pris en considération tous les éléments circonstanciels et documentaires qui démontrent à mon sens combien l’archipel maçonnique est plus complexe qu’il n’y paraît au profane et comment les éléments de connexion et la division semble souvent ne pas correspondre exactement à ce qui apparaît en surface » (CPIP2, Doc. XXIII n. 2- quater /4/I, op. cit., Rome 1984, p. 17).

Le député Anselmi déclare : « L’examen des documents trouvés par la Commission au siège central de l’organisation du « rite écossais » de la franc-maçonnerie au Palazzo Giustiniani a révélé l’existence de structures couvertes, avec des noms divers, qui ont persisté jusqu’en 1982 » (CPIP2, Doc. XXIII n. 2- quater /4/I, op. cit., Rome 1984, p.

1. Le GLDI entre Loges « couvertes », Église, Ésotérisme…

Avec une lettre du 7 mai 1968 , protocole n° 08/68 – GB, et la mention « Secret », alors Grand Maître Giovanni Ghinazzi (« Grande Loge d’Italie des Anciens Maçons Acceptés Libres », GLDI-ALAM, ou simplement GLDI) écrit entre autres au franc-maçon Pietro Papalia (alors Grand Inspecteur Provincial pour l’Est de Turin) : « En ce qui concerne le R.·.L.·. Couverte “MINERVE”, comme pour toutes les Loges Couvertes de la Communion – qui sont considérées comme des sections périphériques de la seule Loge Couverte Nationale gouvernée par le Grand Maître -, je tiens à vous informer que la nomination du Vénérable Maître relève de ma compétence exclusive. ” (CPIP2, Doc. XXIII n. 2- quater /3/I, Rome 1984, p.

Dans la lettre Prot. 08/342 G/r , datée « GO de Rome, 7ème jour du deuxième mois de AVL 5979 » ( 1979 ), adressée à Pietro Leonardis « ex MV de RL Cop. « MINERVA » (Or. de Turin), le Grand Maître Giovanni Ghinazzi mentionne « le Div. Général Augusto DE LAURENTIS qui est devenu ces derniers jours [écrit Ghinazzi] Commandant Général Adjoint de la Guardia di Finanza ». Ghinazzi ajoute : « Cette personnalité semble appartenir à notre Famille et, en fait, à une liste de la Loge Nationale Couverte n° 1. J’ai eu l’occasion de lui téléphoner à plusieurs reprises, lorsqu’il dirigeait l’Inspection de l’Alta Italia à Milan. J’ai toujours reçu des réponses sur des tons froids et détachés. Et ce n’est pas dans mon caractère de le tolérer. Je vous envoie une photocopie du formulaire que j’ai rempli pour lui à l’époque, afin que vous ayez l’amabilité de pouvoir me dire si les signatures apposées dans le document préfacé et répétées de la même manière dans les différents serments prêtés par lui jusqu’au 9ème Degré inclus sont autographes ou non. En vous assurant du plus grand secret à ce sujet, je vous remercie par avance et vous adresse une chère triple accolade .Frère abbr .» (CPIP2, Doc. XXIII n. 2- quater /3/I, Rome 1984, p. 14).

Avec lettre prot. 08/48 Gr , datée (selon le calendrier maçonnique) « 4ème jour du II mois de AVL 5980 » ( 1980 ), le Grand Maître Ghinazzi répond au « Frère » Sergio Lupo, alors Vénérable Maître de la Loge Couverte « Minerva » de Turin, qui, par lettre du 19 mars 1980, avait demandé si sa Loge couverte pouvait entretenir des relations avec des Loges étrangères, peut-être du même type, c’est-à-dire “couvertes”. Ghinazzi répond ainsi à propos des loges couvertes : « Très cher Lupo, ta lettre attentionnée du 19 mars 1980 EV m’est maintenant parvenue. Le schéma couvert est caractéristique uniquement de la franc-maçonnerie italienne. Le Palazzo Giustiniani l’a également, bien qu’il s’appelle autrement ” (CPIP2, Doc. XXIII n. 2- quater /3/I, Rome 1984, p. 16). 

Ghinazzi poursuit à propos du projet des loges « couvertes » : « Il constituait une nécessité – qui ne me plaisait pas beaucoup – par rapport à l’état politico-religieux de l’Italie. Il s’agit d’une structure anormale ou, comme je l’appelle, « atypique ». Et, comme tout ce qui est anormal, il présente des avantages et des inconvénients, qui doivent être pris dans leur ensemble, sans possibilité de divisions. La possibilité de contacts avec des Loges Étrangères n’a jamais été envisagée, également parce que les « Loges Couvertes » ne sont pas des Loges au sens rituel du terme, mais des sections détachées de la « Loge Couverte Nationale N°1 ». En effet leurs Vénérables Maîtres ne sont pas électifs. , mais de nomination Magistrale » (CPIP2, Doc. XXIII n. 2- quater /3/I, Rome 1984, pp. 16-17).

Le franc-maçon Dr Comm. Vittorio Tirapani (de Bologne, courtier en assurances ), par une lettre du 9 mars 1981 , déclare au Grand Maître Giovanni Ghinazzi (GLDI) qu’il se considère déjà “en sommeil”, suite à la déclaration par laquelle le Saint-Siège [17-2-1981] a réitéré et confirmé l’excommunication des catholiques inscrits dans la franc-maçonnerie. Tirapani en est très attristé, témoignant de son estime pour les francs-maçons et la franc-maçonnerie… Après avoir consulté deux prêtres dominicains qu’il connaît depuis plus de trente ans (et qui lui ont donné des «éclaircissements appropriés», «au confessionnal»), conformément avec sa foi catholique et le serment prêté comme Chevalier du Saint-Sépulcre avant de devenir franc-maçon, Tirapani a désormais décidé de quitter la franc-maçonnerie (cf. CPIP2, Doc. XXIII n. 2- quater /4/II, Rome 1985, p. 292 ).

Par une lettre datée du 27 avril 1981 , le Grand Maître Ghinazzi écrit à Tirapani qu’il souhaite s’adresser à lui davantage en ami qu’en Grand Maître… Tout d’abord, Ghinazzi informe Tirapani qu’il a consulté différents francs-maçons de son obédience (GLDI ) qui étaient catholiques comme lui (Ghinazzi), y compris où “un Père Gardien d’un Ordre, catholique par excellence” et tous – écrit Ghinazzi – révèlent en confession qu’ils sont francs-maçons et tous sont absous… Certains francs-maçons ont parlé “avec Ordinaires et cela avec des Prélats ayant juridiction effective” et ont assuré que cette Déclaration de l’ancien Saint-Office (qui inquiète tant Tirapani) n’ajoute rien de nouveau… Ghinazzi écrit qu’il a lui aussi accompli le précepte pascal, s’est confessé, s’est révélé à le confesseur (un des Pères Jésuites de la Paroisse de S. Roberto Bellarmino à Rome) d’être franc-maçon, fut absous et autorisé à recevoir les sacrements.

C’est pourquoi Ghinazzi reproche à Tirapani d’avoir été trop hâtif en suivant cette Déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Puis Ghinazzi, laissant transparaître une certaine dureté, écrit : « Sûrement, dans la crainte illogique et gratuite de rompre deux serments (envers l’Église et envers l’Ordre du Saint-Sépulcre), vous en avez transgressé au moins trente envers nous. J’espère toujours, cher Vittorio, que vous souhaiterez réexaminer votre décision avec plus de sang-froid et de sérénité, pour lesquelles je serais à votre disposition. C’est aussi la raison pour laquelle, en tant que Grand Maître, je ne fais pas encore de déclaration » (CPIP2, Doc. XXIII n. 2- quater /4/II, Rome 1985, p. 294).

Après cet « avertissement », la lettre se termine par l’habituelle « étreinte fraternelle » maçonnique…

En 1978 , Romolo Lepore, membre de la loge couverte « Adriano Lemmi » (GLDI), dirigée par le Vénérable Maître Giuseppe Quaratino 32°, a obtenu le 30e degré RSAA (cf. CPIP2, op. cit., Doc. XXIII n. 2- quater /4/II, Rome 1985, p. D’une lettre datée de juin 1979, il ressort que Giuseppe Quaratino, encore Vénérable Maître de la Loggia couverte « A. Lemmi »est le 33ème degré RSAA (p. 906).

Tommaso Palamidessi [1915-1983] faisait également partie de la loge couverte “Adriano Lemmi” (GLDI) (cf. extrait du rapport sténographique de l’audition de Giovanni Ghinazzi devant la Commission , le 6 octobre 1983, devant la Commission parlementaire d’enquête sur la loge maçonnique P2 , op. cit., Doc. XXIII n.2- quater /4/II, Rome 1985, p. Palamidessi était un ésotériste, occultiste, spiritualiste, théosophe, intéressé par l’Alchimie, l’Astrologie, le Yoga tantrique… Depuis 1960 Palamidessi était membre de l’Ordre Franciscain Séculier (sans renoncer à sa passion ésotérique), défenseur d’un Esotérisme “chrétien”, fondateur de l’Archéosophie ou de l’Association Archéosophique (ici : http://it.wikipedia.org/wiki/Tommaso_Palamidessi ).

2. Le Chapitre national « confidentiel » du RSAA au Palazzo Giustiniani (1978)

Je rapporte quelques passages du document fondateur du Chapitre National RSAA (Palazzo Giustiniani), Décret n. 91/MC du 2 juillet 1978 : « NOUS Manlio CECOVINI 33ème Souverain Grand Commandeur du Conseil Suprême du 33ème et dernier Degré de la RSAA pour la Juridiction Maçonnique d’ITALIE PAR LES POUVOIRS NOUS CONFÉRÉS et en vertu de la résolution prise par le Conseil Suprême au Couvent Réservé du 2 JUILLET 1978 EV NOUS AVONS DÉCRÉTÉ ET NOUS DÉCRETONS

art. 1 Le CHAPITRE NATIONAL du RSAA est fondé

art. 2 Il comprend les membres effectifs du SC d’ITALIE, et les francs-maçons reconnus comme MAÎTRES réguliers par le GM du GO D’ITALIE, sont récompensés dans la hiérarchie rituelle d’un degré non inférieur à celui du Prince ROSE CROIX (I8ème) mais n’appartiennent à aucune chambre rituelle. L’adhésion à la section nationale n’est pas compatible avec l’adhésion à un organisme dépendant du SC de la RSAA.

art. 3 Le Chapitre National est gouverné par le GRAND COMMANDEUR SOUVERAIN, dans les fonctions de SAGE, assisté dans les différents rôles rituels par les MEMBRES du CONSEIL SC.

art.4 La liste des bas de page du CHAPITRE NATIONAL est tenue exclusivement par le Grand Secrétaire Chancelier du SC qui correspond directement avec tous les membres individuels. […]»

(Manlio Cecovini 33°, Souverain Grand Commandeur, Décret n° 91/MC , 2 juillet 1978, dans CPIP2, Doc. XXIII n° 2- quater /4/I, Rome 1984, pp. 37-38, capitalisation du texte ) .

Le Chapitre National susmentionné du RSAA sera dissous par le SGC Cecovini 33° par décret n. 335/MC du 3 octobre 1982 (voir p. 39).

Parmi les membres du Chapitre National du RSAA, convoqués à la réunion du dimanche 28 septembre 1980 (au siège de Piazza del Gesù, 47), il y a « Frugoni Cesare, […] Rome » (p. 44), qui est présent à la réunion du 22 novembre 1980 au cours de laquelle furent également discutés «Cabalà» et «Rosa + Croce» (voir pp. 45-47).

Lors de la séance du 21 février 1981 , il s’agit des Loges du 4e au 18e degré RSAA. Le thème annoncé pour la prochaine rencontre (4/11/1981) est : « le gardien du seuil » (cf. pp. 49-50).

Par lettre Prot/ CN/ n° 27 du 16 mars 1981, Carlo Stievano (Grand Secrétaire Chancelier du Conseil Suprême RSAA de Palazzo Giustiniani) annonce aux membres du Chapitre National que la réunion prévue pour le samedi 11 avril (1981) est reportée. au samedi 16 mai (1981) toujours sur le thème « LE GARDIEN DU SEUIL » (p. 51).

Je ne connais pas le texte de cette leçon, cependant de la littérature ésotérique il ressort que le Gardien du Seuil peut également être comparé ou identifié au XVème Arcane Majeur du Tarot, c’est à dire le Diable androgyne, considéré comme le Baphomet des Templiers. . Gardien du Seuil, ou Diable, il garde les “trésors”, l’immortalité, la Connaissance supérieure… C’est aussi l’aspect obscur de l’Initié… L’Initié doit rencontrer et assimiler ce côté obscur (cf. Maria Pia Fiorentino, Tarot et chemin initiatique. La procession des Arcanes – attachées les 22 lames des Arcanes Majeurs , Edizioni Mediterranee, Rome 1997, pp. 111-113)… L’Initié doit descendre aux enfers, dans les Ténèbres, il doit rencontrer ce Gardien, le Diable, rencontre dangereuse ou nécessaire pour atteindre l’illumination authentique (cf. pp. 117-118)… 

Avec lettre du 27-2-1980 au F. Carlo Stievano 33° (Grand Secrétaire Chancelier du Conseil Suprême RSAA du Palais Giustiniani), l’avocat. «Franco Cuttica 33°» communique qu’il est franc-maçon «des temps lointains de la Piazza del Gesù», qu’il souhaite régulariser sa position «CONFIDENTIELLE» et joint donc une photocopie de sa carte de membre signée par le Grand Maître et datée du 1 /30/1980. Dans cette fiche, il est précisé que Franco Cuttica est un Maître Maçon (3ème degré) du Grand Orient d’Italie (cf. CPIP2, Doc. XXIII n. 2- quater /4/I, Rome 1984, pp. 462-463 ) .

Dans un formulaire RSAA (du Palais Giustiniani) signé par Franco Cuttica (daté du 27-2-1980 et saisi par la Commission parlementaire d’enquête sur P2), il apparaît que Cuttica lui-même a été initié franc-maçon en 1956 dans la Communion de Piazza del Gesù , promu au 3ème rang en 1958, au 4ème rang en février 1959, au 9ème rang en 1960, au 18ème rang en 1962, au 30ème rang en 1963, au 31ème rang en 1965, au 32ème rang en avril 1967 et au 33ème diplôme en novembre 1968 (cf. p. 466).

Par déclaration du 28-2-1980, Carlo Stievano 33ème (Grand Secrétaire Chancelier) et Italo Balice 33ème (Membre honoraire du Conseil Suprême) certifient que Franco Cuttica, franc-maçon de longue date de la Piazza del Gesù, est régulièrement équipé du brevet du 33ème degré RSAA. Stievano et Balice affirment que puisque Cuttica «est en position régulière «réservée» au Grand Orient d’Italie», ils demandent également sa régularisation au RSAA Justinien (cf. p. 467).

Puis avec une lettre du 13 mars 1980, Prot. 18/CN/80, Carlo Stievano 33 (Grand Secrétaire Chancelier RSAA) a communiqué à Franco Cuttica 33 qu’avec le Décret N° 201/MC de 13 cm, le Souverain Grand Commandeur Manlio Cecovini Le 33° accorde sa « régularisation au 33ème degré » et son « inclusion dans le CHAPITRE NATIONAL DU RSAA ». Stievano demande à Cuttica : « chèque de banque à l’ordre du « RSAA » d’un montant de £. 260.000 (£. 200.000 frais de régularisation le 33 £. 50.000 capitation année I980 £. 10.000 Clausen volume), pour pouvoir procéder à la délivrance du nouveau brevet” (p. 468).

Par lettre du 20 novembre 1980, l’avocat. Franco Cuttica communique à Carlo Stievano (« via Giustiniani, 5 – ROME », alors siège de la franc-maçonnerie justinienne du GOI jusqu’en 1985) : « Je vous informe qu’en tant que défenseur du professeur Aldo Semerari, dans le procès concernant le massacre de Bologne , je serai absent de Rome le 22 novembre. Je vous demande donc de me justifier ” (p. 471).

Dans un livre sur Aldo Semerari (1923-1982 ; ici : http://it.wikipedia.org/wiki/Aldo_Semerari ), le psychiatre et écrivain de Salerne Corrado De Rosa affirme que Semerari mangeait du foie cru pendant les rites solstitiels ; attiré par le monde ésotérique, Semerari était ouvertement païen et adorateur du Soleil (cf. Corrado De Rosa, La mente nera. Un mauvais maître et les mystères de l’Italie : l’étrange cas d’Aldo Semerari , Sperling & Kupfer, Milan 2014, p 37 ).

Francesco Siniscalchi et Ferdinando Accornero, deux francs-maçons du GOI hostiles à P2, rapportent qu’Aldo Semerari (ancien assistant universitaire dudit Accornero, neuropsychiatre) est entré dans la franc-maçonnerie (GOI), et a été initié dans la Loge « Pythagore ». Puis, grâce à sa connaissance du Grand Maître Gamberini, Semerari s’approcha de Gelli-P2 (cf. pp. 144-145).

Lors d’une audience (procès) en 1988, Carlo Semerari a déclaré que son frère Aldo était inscrit à la Grande Oriente d’Italia depuis de nombreuses années et avait déménagé au P2 de Gelli (voir p. 146).

En 2011, dans une interview publiée dans l’hebdomadaire Oggi , l’ancien Vénérable Maître de la Loge P2, Licio Gelli, déclarait à la journaliste Raffaella Fanelli qu’Aldo Semerari était « un criminologue très apprécié à l’époque » et « il était membre de P2» ( cf. p. 147).

3. La « CAMEA » et l’ésotérisme

Aldo Vitale, Souverain Grand Commandeur du CAMEA ( Centre d’Activités Maçonniques Ésotériques Acceptées du Rite Écossais – Conseil Suprême du 33ème et dernier degré d’Italie ), adresse la lettre protocolaire no. 22 AV/AM du 4 juin 1981 (sur papier à en-tête de la CAMEA) au juge d’instruction de Palerme de l’époque, Giovanni Falcone (1939-1992), sur une brève histoire de la CAMEA et des francs-maçons Michele Barresi et Giacomo Vitale. CAMEA a été fondée en 1958 à S. Margherita Ligure. Depuis 1974, la CAMEA rejoint la Grande Loge d’Italie – Palazzo Vitelleschi (GLDI) dont elle s’est séparée le 20 avril 1978. Le 9 août 1978, la CAMEA a été officiellement créée par acte notarié. Le professeur. Michele Barresi avec d’autres francs-maçons siciliens a quitté le GLDI et a rejoint la CAMEA et a été régularisé le 31/07/1978. Le 20/01/1979 Michele Barresi a été nommé Délégué Régional de Sicile pour la CAMEA. Le 8-5-1979, Michele Barresi a reçu le 33ème degré et est devenu membre des fonctions suprêmes de la CAMEA. Le 1er septembre 1979, Giacomo Vitale est également élevé au 33e degré (cf. CPIP2, Doc. XXIII n. 2- quater /4/II, Rome 1985, pp. 467-468).

Le 15 juin 1981, à Palerme, la Guardia di Finanza a procédé à une perquisition et à une saisie au domicile de Michele Barresi (cf. CPIP2, Doc. XXIII n. 2- quater /6/XIV, Rome 1987, pp. 82-83 ). Parmi les papiers saisis chez Michele Barresi, nous trouvons diverses notes sur des thèmes initiatiques. J’en citerai quelques-uns très intéressants. «[…] les moments de l’Histoire de la Franc-maçonnerie – Symbolisme – Schéma rituel – ne sont ni séparés ni séparables, mais constituent un tout organique puisque la Franc-maçonnerie est l’institution dans laquelle se matérialisent symbole et rituel » (p. 87).

« Les intelligences d’autres formes d’évolution différentes de la nôtre, si elles entrent en contact avec la vie humaine, peuvent parfois être persuadées d’utiliser ces formes, tout comme un homme enfile une combinaison sous-marine et descend dans un autre élément. Les francs-maçons, membres d’une même Loge, travaillant rituellement de la manière la plus orthodoxe possible, peuvent construire en chœur la forme de manifestation d’une intelligence, généralement un Ange, l’Ange de la Loge. L’exercice est le père de la perfection et dans notre cas, la répétition du rituel est la clé pour construire une forme de manifestation précise et claire. L’Ange synthétise la Loge et chacun développe la conscience de groupe, qui est la base de la véritable fraternité, sans toutefois jamais perdre son identité propre » (pp. 90-91).

Sur papier à en-tête Tribunal de Palerme – Bureau d’Éducation pour les Procès Pénaux, Prot. n° 5078, le juge d’instruction Giovanni Falcone adresse une lettre du 8 novembre 1982 à l’hon. Tina Anselmi, présidente de la commission d’enquête parlementaire sur P2. Le juge Falcone annonce qu’au cours des enquêtes sur les organisations mafieuses siciliennes, il est apparu que certaines personnes “accusées de crimes graves et appartenant à des bandes mafieuses” ont travaillé au transfert de Michele Sindona d’Athènes à Palerme en août 1979. Il s’agit de Giacomo Vitale et Francesco Foderà, tous deux fugitifs et appartenant à la Loge CAMEA (Centre d’Activités Maçonniques Ésotériques Acceptées) susmentionnée. Concernant «les liens entre P2 et l’affaire Sindona», Falcone communique que «il a déjà été constaté que le Dr Giuseppe Miceli Crimi, également franc-maçon et l’une des personnes les plus impliquées dans cette affaire, a eu de nombreux contacts avec Licio Gelli au cours de Michele Le séjour de Sindona à Palerme” (cf. CPIP2, Doc. XXIII n. 2- quater /4/II, Rome 1985, pp. 465-466).

La Grande Loge CAMEA est entrée en hibernation en 1982 suite à l’implication de ses membres dans diverses affaires imputables aux hommes de la Loge P2. En 2003, le Conseil Suprême RSAA de la CAMEA a été réveillé par son fondateur Aldo Vitale 33° (1925-2004 ; voir ici : http://it.wikipedia.org/wiki/Gran_Loggia_Madre_C.AMEA . ; et ici : http://www .supremoconsigliocamea.com/chi-siamo.html ).

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Alice Dubois
Alice Dubois
Alice Dubois pratique depuis plus de 20 ans l’art royal en mixité. Elle est très engagée dans des œuvres philanthropiques et éducatives, promouvant les valeurs de fraternité, de charité et de recherche de la vérité. Elle participe activement aux activités de sa loge et contribue au dialogue et à l’échange d’idées sur des sujets philosophiques, éthiques et spirituels. En tant que membre d’une fraternité qui transcende les frontières culturelles et nationales, elle œuvre pour le progrès de l’humanité tout en poursuivant son propre développement personnel et spirituel.

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