sam 20 avril 2024 - 06:04

01/02/1954 : L’abbé Pierre lance « L’insurrection de la bonté ». Qu’en est-il 70 ans après ?

Henri Grouès, dit l’abbé Pierre (1912-2007), prêtre catholique français, ancien résistant et à la Libération, élu député (MRP) de Meurthe-et-Moselle. Il est connu pour être le cofondateur du mouvement Emmaüs, une organisation non confessionnelle de lutte contre l’exclusion comprenant la Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés et de nombreuses autres associations, fondations et entreprises de l’économie sociale et solidaire en France.

Le 1er février 1954, il lance un appel historique sur les ondes de Radio Luxembourg, marquant un moment crucial dans l’histoire sociale de la France. Cet appel est devenu célèbre sous le nom de « L’insurrection de la bonté ».

Durant cet hiver particulièrement rigoureux, l’abbé Pierre a été profondément touché par la misère et le nombre croissant de sans-abris à Paris. En réponse à cette crise, il a utilisé sa notoriété et son accès aux médias pour sensibiliser le public à la détresse de ces personnes. Son appel passionné demandait aux citoyens d’offrir des couvertures, de la nourriture, et tout ce qui pourrait aider ceux qui étaient sans abri et souffraient du froid. Il a également exhorté les autorités à prendre des mesures plus efficaces pour résoudre la crise du logement.

La réponse à cet appel fut extraordinaire. Des milliers de personnes ont réagi, offrant de l’aide sous diverses formes, ce qui a mené à la création d’Emmaüs, une organisation caritative qui continue de lutter contre la pauvreté et l’exclusion aujourd’hui. L’appel de l’abbé Pierre est considéré comme un moment déterminant dans la prise de conscience sociale en France, et il a joué un rôle crucial dans le développement ultérieur de politiques sociales plus inclusives et humaines.

Aujourd’hui, quelles sont les initiatives en faveur des sans-abris en France. Aperçu général…

Abbé Pierre, Studio Harcourt.

Les politiques et initiatives en faveur des sans-abris en France ont souvent inclus des efforts qui ont été faits pour augmenter le nombre de places dans les centres d’hébergement d’urgence, en particulier pendant les mois d’hiver.

Par ailleurs, côté concept Housing First (Logement d’Abord), une approche innovante dans la lutte contre le sans-abrisme, de nombreux efforts, en France, restent encore à réaliser.

Plutôt que de suivre les modèles traditionnels où les sans-abris doivent souvent passer par plusieurs étapes (comme le traitement de la toxicomanie ou des problèmes de santé mentale) avant de se voir offrir un logement, le modèle Housing First inverse cette logique. Voici les principes clés de cette approche en fournissant aux personnes sans abri un accès direct à un logement permanent sans conditions préalables. Cela signifie qu’il n’est pas nécessaire de répondre à des exigences telles que la sobriété ou l’emploi avant d’obtenir un logement.

Il faudrait aussi renforcer les services d’aide sociale pour aider les sans-abris à accéder aux soins de santé, à l’emploi et à d’autres services essentiels et mettre en place des programmes pour aider les sans-abris à trouver un emploi et à se réinsérer dans la société.

Pour se faire, il faut encourager les initiatives communautaires et les partenariats entre les secteurs public et privé pour lutter contre le sans-abrisme. Et pendant ce temps-là, où sont les améliorations législatives et politiques ? Avec la mise en œuvre de lois et de politiques pour protéger les droits des sans-abris et promouvoir des solutions durables…

Rappelons aussi que le seuil de pauvreté en France, comme dans la plupart des pays européens, est généralement fixé à 60 % du revenu médian national. En 2023, cela signifiait que les individus vivant avec moins de cette limite étaient considérés comme vivant sous le seuil de pauvreté.

La crise économique, liée aussi à la pandémie de Covid-19, a également mis en lumière et parfois exacerbé les inégalités existantes en France, avec une attention particulière sur les disparités en termes d’accès aux soins de santé, à l’éducation, et aux opportunités économiques.

Que font les francs-maçons pour lutter contre la misère sociale ?

Les francs-maçons, connus pour leur engagement envers les principes de fraternité, de solidarité et d’amélioration sociale, participent activement à diverses initiatives pour lutter contre la misère sociale. En 2023, bien que les détails spécifiques des actions des frères et des sœurs puissent varier selon les loges et les juridictions, plusieurs activités clés sont généralement associées à leur engagement social.

Les loges maçonniques soutiennent souvent des œuvres de bienfaisance et des projets humanitaires, que ce soit par des dons financiers ou des actions bénévoles. Ces projets peuvent inclure l’aide aux sans-abris, le soutien aux banques alimentaires, ou l’assistance aux personnes en situation de précarité.

L’éducation est un pilier central de la philosophie maçonnique. Les maçons peuvent parrainer des bourses d’études ou des programmes éducatifs destinés aux jeunes issus de milieux défavorisés. Mais aussi, faciliter toutes initiatives en faveur des étudiants et doctorants (prix de thèse du Suprême Conseil de France (SCDF), prix de l’Institut d’études et de recherches maçonniques (IDERM), etc.).

Les loges peuvent aussi contribuer au financement de services de santé, notamment en soutenant les hôpitaux et les cliniques, ou en finançant la recherche médicale.

Les bâtisseurs du XXIe siècle que sont les maçons d’aujourd’hui s’engagent souvent dans des initiatives visant à promouvoir l’égalité et la justice sociale. Cela peut inclure le soutien à des causes liées aux droits de l’homme, à l’égalité des sexes, et à la lutte contre les discriminations. Ils peuvent collaborer avec d’autres organisations caritatives, ONG, ou institutions pour amplifier leur impact social.

Les loges maçonniques peuvent également participer à des campagnes de sensibilisation et de plaidoyer sur des questions sociales importantes, en utilisant leur influence pour promouvoir des changements politiques ou sociaux. Les questions à l’étude des loges (QEL) sont un bon moyen de participer, de façon intellectuelle, à la recherche de solution en faveur de la lutte contre la misère sociale.

Normalement, les actions des maçons peuvent ne pas toujours être largement publicisées.

Même si certaines structures claironnent sur les réseaux sociaux toutes leurs actions en faveur de telles ou telles causes – dans l’espoir de faire venir à eux de nouveaux adhérents ? –, rappelons qu’en raison de la nature discrète de certaines de leurs actions, les maçons préfèrent généralement rester dans l’anonymat.

Citons Matthieu 6:3-4 : « Mais quand ta main droite donne quelque chose à un pauvre, ta main gauche elle-même ne doit pas le savoir. Ainsi, il faut que ce don reste secret; et Dieu, ton Père, qui voit ce que tu fais en secret, te récompensera.»

Deux associations maçonniques très actives…

Au Grand Orient de France

Depuis 1987, la Fondation du Grand Orient de France, reconnue d’utilité publique, participe à la solidarité universelle, grâce aux actions humanitaires qu’elle promeut. Elle soutient, par des subventions, des associations sur le territoire national et à travers le monde. Visiter la Fondation.

À la Grande Loge de France

« Porter au dehors l’Œuvre commencée dans le Temple », telle est la devise du fonds de dotation.

« Fraternité & Humanisme ». Il a pour but essentiel « de mettre en œuvre la solidarité qui doit relier et unir tous les êtres humains, notamment par le soutien d’actions favorisant la prise en charge de personnes fragilisées dans leurs conditions de vie, de favoriser la vie culturelle, notamment par la présentation, la diffusion, et la promotion des valeurs éthiques de la Franc-Maçonnerie, en conformité avec celles de la République Française, définies par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen, et les préambules de ses Constitutions de 1946 et 1958… » Fraternité & Humanisme : Rétrospective des actions du Fonds de dotation de la GLDF.

Alors, selon vous, depuis 1954, la situation des personnes en itinérance, pour parler vrai les sans-abris, a-t-elle vraiment changé ? L’épisode de grand froid qui a touché très récemment encore la France a été particulièrement difficile pour les sans-abris. Au moins deux sans-abris ont trouvé la mort en France depuis lundi 8 janvier 2024… et, en 2022, 611 personnes sont mortes dans la rue, selon les chiffres du Collectif Les Morts de la rue. 

2 Commentaires

  1. « J’ai désiré faire le bien mais je n’ai pas désiré faire du bruit, car j’ai senti que le bruit ne faisait pas de bien et que le bien ne faisait pas de bruit. » (Louis-Claude de Saint-Martin).

    Ne pas omettre de citer aussi la Fondation des Femmes que de nombreuses Loges de la Grande Loge Féminine de France soutiennent !
    Bien fraternellement

    • Un très grand merci ma chère Martine de citer le Philosophe inconnu, un des penseurs français les plus profonds !
      Merci aussi d’avoir rappeler que la Grande Loge Féminine de France (GLFF) dispose d’un fonds de dotation dénommé “Femmes Ensemble” ayant pour objet toute action d’intérêt général réalisée selon les valeurs éthiques de la franc-maçonnerie en général et de la franc-maçonnerie féminine en particulier, contribuant à la solidarité, notamment en faveur de femmes fragilisées et de leurs enfants, à la défense des droits des femmes et au rayonnement des valeurs défendues par la franc-maçonnerie féminine.
      Nous nous souvenons tous de l’action concréte, notamment en 2016, menée par Marie-Thérèse Besson, grande maîtresse d’alors, et du soutien apporté à l’association Gynécologie sans frontière qui vient en aide aux femmes migrantes en détresse.

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti est directeur de la rédaction de 450.fm. Il a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du Compagnon de l’Union Compagnonnique des Compagnons du Tour de France des Devoirs Unis (UC) Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire, membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France (IMF) et médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie (Musée de France), il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour plusieurs revues obédientielles dont « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France et « Perspectives » de la Fédération française de l’Ordre Mixte International Le Droit Humain ou encore « Le Compagnonnage » de l’UC. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en a été le commissaire général. En 2023, il est fait membre d'honneur des Imaginales Maçonniques & Ésotériques d'Épinal (IM&EE).

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