mar 25 juin 2024 - 20:06

Société secrète… Illuminés de Bavière

Les Illuminés de Bavière (ou parfois Illuminati de Bavière) (en allemand Illuminatenorden) sont une société secrète allemande du xviiie siècle qui se réclamait de l’Aufklärung et plus généralement de la philosophie des Lumières. Fondée le 1er mai 1776 par le philosophe et théologien Adam Weishaupt à Ingolstadt, elle eut à faire face à des dissensions internes avant d’être interdite par un édit du gouvernement bavarois en 1785 et de disparaître peu après.

De nombreux mythes et théories du complot ont prétendu que l’ordre survécut à son interdiction et qu’il serait responsable, entre autres, de la Révolution française, de complots contre l’Église catholique romaine ainsi que de la constitution du nouvel ordre mondial.

Histoire

Création

Symbole des Illuminés de Bavière, 1776, avec la chouette de Minerve

Cette société, mouvement éphémère de libres penseurs, rationalistes et progressistes, la mouvance la plus radicale du siècle des Lumières1 a été fondée le 1er mai 1776 par Adam Weishaupt, professeur de droit canonique à l’université d’Ingolstadt, dans le royaume de Bavière, où l’Électeur conservateur Charles Théodore succéda en 1777 au progressiste et éclairé Maximilien III Joseph. Weishaupt avait l’idée de créer un Ordre où le savoir serait partagé et où des connaissances ésotériques pourraient être transmises aux membres des grades les plus élevés. Tout d’abord École secrète, le groupe fut d’abord baptisé Bund der Perfektibilisten (Cercle des Perfectibilistes) puis Illuminatenorden (Ordre des Illuminés).

Le but de cette société était d’encourager le perfectionnement de l’humanité selon les principes de liberté, d’égalité et de fraternité. D’après l’historien Stéphane François, Adam Weishaupt avait pour objectif, dans une Allemagne catholique « dominée par l’ordre des Jésuites, très conservateur, qui formaient les futures élites de l’État », de « devancer [les] forces conservatrices en formant une élite progressiste », et en particulier de lutter contre la Rose-Croix d’or d’ancien système, société secrète « paramaçonnique de nature conservatrice ».

Adam Weishaupt, fondateur des Illuminés de Bavière.

Organisation
Cette organisation pyramidale ne se réclame pas de la franc-maçonnerie, que son fondateur observe avec un certain dédain. Weishaupt y porte le titre de « général » et est assisté par un « Conseil suprême » formé de ses premiers compagnons, qu’il appelle « aréopagites ». Seule la direction de l’organisation connaît ses secrets et ses objectifs matérialistes et anticléricaux. Les nouveaux recrutés, les « Novices » doivent observer une période probatoire d’environ deux ans avant d’accéder au grade de « Minerval » après une initiation qui reprend des thèmes et des dénominations de l’antiquité. Le recrutement reste limité à la Bavière et ne dépasse pas quelques dizaines de membres jusqu’en 1780, date à laquelle Weishaupt décide de renforcer son organisation en reprenant certaines formes maçonniques et en infiltrant quelques loges allemandes, notamment la loge « A la Prudence » dans laquelle il entra en février 1777 bien qu’elle défendît des conceptions mystiques très différentes des siennes, et la loge « Théodore au Bon Conseil » de Munich à laquelle s’affilièrent deux autres membres dirigeants de son ordre.

Réorganisation : apport de Knigge

Adolf von Knigge

Alors que le projet n’attire d’abord que « peu de personnes, surtout des proches et d’anciens élèves » d’Adam Weishaupt, le baron Adolf von Knigge, membre des Lumières, rejoint le mouvement en 1780. Franc-maçon depuis 1773, il réorganise l’ordre des illuminaten en trois classes :

Première classe – Pépinière :
Cahier préparatoire
Noviciat
Minerval
Illuminé Mineur
Deuxième classe – Franc-maçonnerie :
Apprenti
Compagnon
Maître
Illuminé majeur ou Novice écossais
Illuminé dirigeant ou Chevalier écossais
Troisième classe – Mystères :
Petits Mystères – Prêtre
Petits Mystères – Régent ou Prince
Grands Mystères – Mage
Grands Mystères – Roi
Knigge donne à l’ordre une direction philosophique moins anticléricale et plus rousseauiste, fondée sur un idéal d’ascétisme et de retour de l’homme à l’état de nature.

De plus, « il décide qu’il faut investir les loges maçonniques pour y recruter de nouveaux membres », et « cible non pas de futurs fonctionnaires, mais des personnes qui sont déjà en poste », stratégie qui permet aux Illuminés de passer « de quelques dizaines de membres à plus de 1500 ».

Le 25 octobre 1782 est constituée une Grande Loge provinciale. La société atteint alors son apogée, se répandant dans les pays rhénans, en Autriche et en Suisse. Cependant, le conflit entre Knigge et Weishaupt s’envenime, et le premier, que le second accuse de « fanatisme religieux » se retire en avril 1784 en publiant un mémoire condamnant les conceptions anticléricales de Weishaupt et de la majorité des dirigeants de l’ordre.

Répression

Charles Théodore de Bavière, prince-électeur et duc de Bavière. Il approuva l’édit ordonnant la dissolution des Illuminés de Bavière.

À partir de 1782, « certains francs-maçons hostiles aux Illuminés dénoncent leur présence au sein des loges ».

En 1784, Joseph Marius von Babo, dans sa lettre Ueber Freymaurer, a accusé l’ordre bavarois des Illuminés de Bavière de vouloir commettre un complot contre l’État, et a été l’une des premières raisons de l’interdiction officielle et de l’autodissolution de l’ordre et de la persécution de ses membres.

Le 22 juin 1784, l’électeur de Bavière, Charles Théodore, bannit toutes les sociétés secrètes, ce qui inclut les Illuminati et la franc-maçonnerie. En février 1785, Weishaupt est destitué de sa chaire universitaire et banni de Bavière. Il se réfugie alors à Gotha, sous la protection du duc de Saxe, l’électeur Frédéric-Auguste III, (que Napoléon fera Frédéric-Auguste Ier, roi de Saxe).

C’est alors le journaliste Johann Bode qui devient de fait le chef de l’ordre. En 1787, il se rend en France, à Strasbourg, puis à Paris, où il rencontre des membres des « Philalèthes ». Selon son « Journal de voyage », certains d’entre eux constitueront alors un noyau secret de « Philadelphes », ressemblant aux Illuminaten allemands.

Traqués, assimilés à des criminels, les Illuminés de Bavière disparaissent totalement du Sud de l’Allemagne dès 1786, seuls quelques foyers résistent en Saxe jusqu’en 1789.

Membres

D’après une liste complète des membres sûrs et supposés de l’ordre des Illuminés de Bavière (ne sont donnés ici que les noms de membres sûrs)

Membres des Illuminés de Bavière

Simon Mayr, compositeur

Johann Georg Schlosser

Franz Schmelzer, alias Manetho, chanoine et vicaire à Mayence.

Freiherr Philipp von Schmid, alias Horatius, chanoine à Straubing.

Euloge Schneider (1756-1794), moine franciscain, devenu accusateur auprès du tribunal criminel de Strasbourg pendant la Révolution française22.

Freiherr Friedrich von Schröckenstein, alias Mahomet, chanoine à Eidistatt.

Franz Thomas von Schönfeld (1753-1794), de son vrai nom Moses Dobruška23.

Valentin Schumann, alias Gustav Wasa, chanoine à Mayence.

Comte Joseph Anton von Seeau, alias Apollo, intendant à Munich.

Prosper Seifert, alias Liviusaugustin à Brunn.

Comte Max Joseph von Seinsheim (1751-1803), alias Alfred, vice-président du gouvernement de l’Oberland à Munich.

Xaver Fernand Semer, alias Cortez, professeur à Ingolstadt.

Johann Friedrich Simon, alias Hazon, professeur à Neuwied puis à Strasbourg.

Nikolaus Simrock (1751-1832), alias Jubal, éditeur de musique et musicien de la cour à Bonn.

Joseph Socher (1755-1834), alias Hermes Trismegistos. inspecteur scolaire à Landsberg/Haching.

Joseph von Sonnenfels (1732-1817), alias Fabius – Numa Pompilius romanus, juriste et écrivain. Il quitta l’ordre en 1786.

Ludwig Th. Spittler (1752-1810), alias Bayle, professeur et historien à Göttingen, plus tard ministre d’état.

Freiherr Friedrich Lothar von Stadion (1761-1811), alias Romulus, plus tard ministre plénipotentiaire à Munich.

Comte Johann Martin zu Stolberg-Rossla (1728-1795), alias Ludovicus Germanicus/Campanella de Neuwied.

Maximilian Stoll (1742-1788), médecin.

Comte Alois Ludwig von Taufkirch, alias Agesilaus, commandant à Wasserburg.

Comte Anton von Törring zu Seefeld (1725-1812), alias Ulysses, président de la chambre de la cour, conseiller secret à Munich.

Marquis Donato Tommasi (it) (1761-1831), alias Giano Gioviano Pontano, franc-maçon, fondateur de la Loge de Naples Philantropia, premier ministre du Royaume des Deux-Siciles.

Ernst Leopold Tropenegro, alias Coriolanus, conseiller de commerce à Munich.

Joseph von Utzschneider (1763-1840), alias Hellenicus Lesbius, professeur et conseiller de la cour à Munich, secrétaire intime de la duchesse-mère de Bavière.

Comte Philipp Franz von Waldersdorf (1739-1810), alias Walsingham, chanoine à Trèves, puis évêque de Spire.

Adam Weishaupt (1748-1830), alias Spartacus, professeur de droit canonique à l’université d’Ingolstadt, fondateur, en 1776, du Bund der Perfektibilisten, préfiguration de l’Illuminatenorden, plus tard conseiller de la cour à Gotha.

Johann Georg Wendelstadt, alias Eucharius, conseiller de la cour et médecin à Neuwied.

Erasmus von Werner, alias Menelaus, conseiller de révision à Munich.

Johann von Wlaskowitz, alias Aurelius Cotta, premier lieutenant à Brünn.

Franz Xaver Woschika alias Astiages, musicien à Munich.

Gottfried Würschmidt, alias Abraham, chanoine et curé à Mayence.

Karl Kasimir Wundt (1744-1784), alias Raphael, professeur à Heidelberg.

Franz Xaver von Zwack (1755-1843), alias Cato, président du gouvernement de Munich et Spire, aréopagite de l’ordre.

Théories conspirationnistes

Malgré la faible durée de vie de l’organisation (une décennie), les Illuminati de Bavière ont toujours eu une image ténébreuse dans l’histoire populaire, à cause des écrits de leurs opposants. Les allégations lugubres de théories conspirationnistes qui ont façonné la vision de la franc-maçonnerie ont pratiquement occulté les Illuminati. En 1798, l’abbé Augustin Barruel publia les Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme qui soulignaient la théorie d’une grande conspiration regroupant les Templiers, les Rosicruciens, les Jacobins et les Illuminati. Simultanément et de manière indépendante, un Maçon écossais et professeur d’histoire naturelle, John Robison sortait en 1798 Les Preuves d’une conspiration contre l’ensemble des religions et des gouvernements d’Europe. Quand il vit le travail similaire réalisé par Barruel, il ajouta une multitude de notes pour compléter son essai. Robison prétendait montrer la preuve d’une conspiration des Illuminati œuvrant au remplacement de toutes les religions par l’humanisme et de toutes les nations par un gouvernement mondial unique.

La génèse de la théorie du complot s’appuie principalement sur :

Dès 1786, Ernst August von Göchhausen, dans son livre Révélations sur le système politique cosmopolite, dénonça un complot maçonnique sous infiltration des Illuminés de Bavière manipulés par les jésuites et prédit d’« inévitables révolutions mondiales » trois ans avant le déclenchement de la révolution française.
En 1789, Jean-Pierre-Louis de Luchet, marquis de La Roche du Maine, dit aussi « le marquis de Luchet », publie son Essai sur la Secte des Illuminés où il dénonce les dirigeants des Illuminés de Bavière comme contrôlant l’espace maçonnique européen en général et français en particulier.
En 1798, l’abbé Augustin Barruel publia les Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme qui soulignaient la théorie d’une grande conspiration regroupant les templiers, les rosicruciens, les francs-maçons, les jacobins et les illuminati. Barruel attribue la paternité de la société des Illuminati autant à Adam Weishaupt qu’à Emmanuel Swedenborg, mystique suédois ; il affirme qu’elle existe toujours, qu’elle demeure très influente sur la franc-maçonnerie et qu’elle a pour projet la destruction de tout ordre et de toute religion. Jean-Joseph Mounier lui apporte une réponse en 1801 en publiant De l’Influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés sur la Révolution de France ; il se voit accusé par Barruel d’être un agent des Illuminati.
En 1798, simultanément et de manière indépendante, un franc-maçon écossais, professeur d’histoire naturelle, John Robison sortait Les Preuves d’une conspiration contre l’ensemble des religions et des gouvernements d’Europe. Quand il vit le travail similaire réalisé par Barruel, il ajouta une multitude de notes pour compléter son essai. Robison prétendait montrer la preuve d’une conspiration des Illuminati œuvrant au remplacement de toutes les religions par l’humanisme et de toutes les nations par un gouvernement mondial unique.

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Guillaume Schumacher
Guillaume Schumacher
Guillaume SCHUMACHER a été initié au GODF à l’Orient d’Épinal. Il participe également, quand il le peut, aux Imaginales Maçonnique & Ésotériques d'Épinal organisées aussi par son atelier. Avant d'être spéculatif, il était opératif. Aujourd'hui, il sert la nation dans le monde civil. Passionné de sport et de lecture ésotérique, il se veut humaniste avec un esprit libre et un esprit laïc.

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