jeu 18 août 2022 - 09:08

L’empathie est le fossoyeur potentiel de l’universalisme !

L’empathie est une émotion vue comme très positive par notre monde contemporain. A témoin, les millions de vidéos de gestes de soutien dont regorgent les réseaux sociaux. Mais un mécanisme psychologique de « vase communicant » favorise les communautarismes au détriment de l’universalisme. Voyons cela et comment lutter.  

Nous les maçons l’entendons en permanence : nous devons faire preuve d’empathie, bienfaisante source de tant de conséquences positives . On peut citer la  fraternité, la rassurante cohésion du groupe, la solidarité/charité, etc. Si la méthode maçonnique fonctionne depuis si longtemps, c’est dû à ses deux « jambes » .  D’une part le travail individuel, sur soi donc, avec la connaissance puis l’action, et d’autre part le travail collectif. L’une des forces du collectif est de permettre de surmonter l’aveuglement que nous avons quasiment tous sur nos faiblesses.   

Steven Pinker voit dans l’empathie le moteur qui présentement permet au progrès sociétal de continuer son œuvre civilisatrice. Il le nomme « élargissement du cercle de l’empathie ». Exemple : là où anciennement nous n’avions que mépris pour la condition animale, les études sur la conscience animale et la perception de la souffrance associée sont en plein développement.  

Fort bien, mais les scientifiques ont pris notre empathie bien-aimée sous la loupe, et fait quelques découvertes peu réjouissantes.  

Elles ne concernent pas notre comportement individuel, qui est plutôt orienté vers le progrès comme indiqué par Pinker. Ce qui est concerné est notre comportement en groupe : le niveau sociologique, donc. Et il existe des mécanismes créant une « étanchéité » entre le niveau individuel et le niveau du groupe.

Le premier à avoir décortiqué les relations entre les deux niveaux est René Girard. Tout d’abord, observant les religions, il note que le sacré a pour fonction, entre autres, de détourner la violence interne des groupes humains vers une victime expiatoire. Secundo, ce mécanisme est inconscient :  les individus croient fermement agir à la demande de leur dieu(x), mais en fait ils agissent afin de décharger leur propre violence.

A notre époque, il est plus difficile de glisser nos pulsions négatives sur le dos de notre dieu, mais les boucs émissaires existent toujours : pourquoi donc ?

Pour commencer, les neurologues ont détecté par mesures que la zone orbito-frontale du cortex est très impliquée dans l’empathie…ou son manque : les psychopathes, eux, montrent une très faible activité dans ces zones. Même résultat lorsque la « fibre » assurant la communication entre ces zones et l’amygdale ( centre émotionnel ) présente des dysfonctionnements.

Il ne faut certes pas confondre une activité cérébrale avec un état mental tel que l’empathie. Néanmoins, la corrélation existe et les mesures objectives permettent l’observation pendant diverses expériences.   

L’équipe des psychologues de Lisa DeBruine à l’université de Glasgow a ainsi trouvé une corrélation entre l’intensité de l’empathie et la ressemblance entre la personne sujet de l’ expérience et celle objet de l’empathie .

Ce n’est pas vraiment une surprise : l’humain est un être très mimétique, il suffit de voir les enfants agir pour s’en persuader.

Ce mimétisme nous vient bien sûr du fond des âges, et il a dû sacrément aider à la survie de l’espèce. Dans le laboratoire, il suffit que l’on retouche des photos afin que les personnes ressemblent un peu plus à la personne sujet de l’expérience pour que le score d’empathie grimpe . Ce mécanisme est bien entendu très antérieur à l’espèce humaine et est très présent chez les primates.

La mauvaise nouvelle c’est qu’en cas de dissemblance l’empathie s’effondre rapidement. Et voilà la racine de tous les génocides :  une différence réelle ou alléguée permet de considérer l’autre comme moins humain ou non humain, et toutes les violences deviennent permises.

L’empathie se comporterait donc comme un système de vases communicants, se concentrant sur les membres du groupe, du clan ou de la nation, et permettant l’animosité envers tous les autres.

On comprend pourquoi les problèmes du bout du monde ont du mal à émouvoir « chez nous ». Aime ton prochain se fait au détriment du lointain.

Ce mécanisme explique tous les racismes, vu la facilité de discriminer sur base de la couleur de peau. Il explique aussi pourquoi les groupes se créent rapidement des signes et symboles de reconnaissance . Les maçons n’ont rien inventé de ce côté. Tous les clivages sont possibles puisque les différences créées artificiellement peuvent servir à exclure, et plus. En groupe, les humains peuvent devenir insensibles, c’est à garder à l’esprit.

Bref, ce mécanisme renforce les communautarismes au détriment de l’universalisme.

Nous les maçons, qui tenons tant à notre universalisme, sachons qu’il est menacé en permanence par cette empathie que nous admirons si ardemment.  

Descartes, professant que les animaux étaient comme des machines, a pour longtemps tué l’empathie possible envers les animaux. Une des difficultés à faire naître le respect de l’environnement vient également de là.  L’humanisme, ou sacralisation de l’humain, a permis de progresser vers la pacification, mais au détriment de la nature. 

Alors que faire ? Eh bien, pour te défendre, renseigne-toi sur ton ennemi et trouve ses faiblesses.  

Plus haut nous indiquions que l’aveuglement sur nos turpitudes est un peu moins tenable dans notre monde actuel.

Le procès de Nuremberg a bien montré que le déni reposait sur l’organisation hiérarchisée, permettant aux exécutants d’ «éteindre » leur empathie à la pensée du devoir d’obéissance absolue, qui les déresponsabilise. De leur côté, les décideurs ont maintes fois pu affirmer ne pas savoir, n’ayant pas vu l’horreur de leurs propres yeux.

Une première action est donc de veiller à ce que les individus aient toujours connaissance directe des conséquences de leurs actes, fussent-ils ou non les décideurs.  

Ensuite, rappelons nous que le comportement du groupe est proche de celui du psychopathe . D’où d’ailleurs le titre «  Human Psycho » attribué par Sébastien Bohler à un de ses derniers livres. Inspirons nous des actions possibles face aux psychopathes.

Primo : la contrainte par la loi, au sens large, au risque d’écorner un peu la liberté. La souffrance de la victime doit induire une forme de souffrance du bourreau.

Secundo : l’éducation qui apporte connaissance et est le meilleur outil de prévention . Nul ne doit ignorer les côtés sombres de l’humain. Tous doivent aussi savoir que nos défauts sont universels, et que nul n’est au-dessus des lois. N’hésitons pas à promouvoir une « police intérieure de la pensée ».

Tertio : la tendance à l’action compulsive, sans réflexion sur les conséquences à moyen-long terme, est également à combattre. Le principe de responsabilité aide en cela. Associée à cette responsabilité, nous trouvons les notions de réputation, de contractualisation, de consentement. Décourageons la tendance à manipuler l’autre : l’autre doit toujours être une fin et jamais un moyen.

Quarto : le bien commun doit pour chacun être une notion claire et respectée. Sans cette notion et l’entr’aide, notre espèce aurait disparu depuis longtemps.

Comme la franc-maçonnerie, l’humanité a besoin de sa composante collective autant que de sa partie individualité.  

Patrick Van Denhovehttps://www.lebandeau.net
Après une carrière bien remplie d'ingénieur dans le secteur de l'énergie, je peux enfin me consacrer aux sciences humaines ! Heureux en franc-maçonnerie, mon moteur est la curiosité, et le doute mon garde-fou.

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5 Commentaires

  1. Savoir cerner un défaut potentiel est une qualité rare.Patrick a raison d’alerter sur une possible dérive de la fraternité inhérente à tout groupe soudé par exemple par un combat ou un danger partagé.

  2. Désolé mais voilà encore un article qui colle au moule académique et universitaire = 88% de copié-collé (avec si possible quelques noms d’auteurs… ça fait toujours bien) et le reste en phrases de liaison… Si encore la thèse soutenue tenait la route, on serait tenté de supporter cette forme et son style.
    L’empathie ne se commande pas ! la messe est dite ! L’empathie n’a aucune frontière. ni religieuse ni raciale ni géographique, ni de classe sociale ni de valeurs ni autre. Elle surprend parfois même son auteur. Comment dès lors peut-elle glisser vers un quelconque communautarisme qui suppose des valeurs, idées, concepts, croyances, autour desquels les personnes se regroupent ?
    De plus -nous dit on- pour éviter cette empathie ou la renforcer (comme si ça dépendait de nous) il faut faire ceci ou cela : des « recommandations » du type « Sois spontané !… A tchao bon dimanche

    • Bjr frère oui emphatie est une force naturel à cultivé dans nos propre prairie naturel dans Humain à préserver bien sûr comme une graine aux font de nos expris fraternel.

    • cher M. Râleur, merci de votre « bienveillante » recension de mon humble papier. Je crains que, emporté par votre impressionnante vitesse de lecture, vous n’ayez pas capté que tout se passe au passage de l’empathie individuelle, à propos de laquelle rien de négatif n’est à signaler, vers le comportement du groupe qui, lui, peut ressembler à celui d’un psychopathe. Le mécanisme est expliqué avec bien plus de détails dans  » Human Psycho » de Sébastien Bohler. A tchao.

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