lun 27 juin 2022 - 23:06

Endymion, la question du jour ?

Dans la mythologie antique, Endymion est un adolescent à la beauté légendaire. Son nom est fameux, son histoire courte et son destin singulier.

Théocrite, un poète du IIIe siècle, dit de lui :

Endymion le berger

Fut aperçu par Séléné, la Lune.
Elle le vit et l’aima.
Elle descendit des cieux

Jusqu’à la grotte de Latmos,

Elle l’embrassa et s’étendit près de lui.
Que son sort est fortuné ;

Sans un geste, immobile,

À jamais il sommeille

Endymion le berger.

Sur des sarcophages de l’époque chrétienne, chez les Romains, le mythe de Séléné et Endymion se retrouve fréquemment : il représente l’espoir d’une vie après la mort. Mais il dit aussi la peine, la peine éternelle qui s’exhale en de nombreux soupirs et se cache au creux du cœur.

Plus largement l’état d’Endymion, figé dans un sommeil le préservant de tous les outrages du temps, est le symbole des rêves et des projets chimériques qui occupent habituellement nos esprits.

Endymion figure le dormeur éternel : celui ou celle qui passe sa vie à espérer un bonheur merveilleux, l’un et l’autre ensevelis dans un continuel sommeil de l’âme. Une mise à l’écart voulue pour éviter les affres du changement et les périls d’un réel mordant, barbare et jugé trop affligeant ?

Certains murmurent que ce serait Endymion qui aurait demandé lui-même à Zeus de le faire dormir éternellement pour préserver sa beauté. Ainsi reposerait-il, étendu sur le flanc de la montagne, aussi lointain et immobile que dans la mort, mais si chaud et vivant qu’il est couvert de baisers par ses amantes ou ses amants !

Si Endymion a préféré le sommeil profond, « un abyme sans fond », était-ce par crainte du tourbillon de la vie ? A-t-il préféré abolir tout imprévu, toute surprise, et devenir à jamais l’homme-objet offert à la concupiscence de l’astre lunaire ? Dérangeant, en somme, le geste voluptueux de la Lune sur le corps d’Endymion ! Certes, la poésie le transfigure et l’imagination n’embarque pas d’interdits…

Dans le livre « Les Belles endormies » de l’écrivain japonais Kawabata, Eguchi le vieillard, vient chercher dans un lieu retiré – une chambre secrète où le temps semble suspendu ou du moins ralenti – apaisement et consolation en caressant la beauté…. Ici, des petites filles, nues, dociles, « endormies comme on coule au fond de l’eau ». Dans ce roman sensoriel et onirique, la frontière paraît, comme dans le mythe antique, floue entre le pur et l’impur ; la tension nouée entre le désir d’Éros et la mort y est pareillement exposée. Pouvoir hypnotique de l’ombre … nostalgie de la vie qui passe… quête maladroite de la sérénité…

Dans l’atmosphère feutrée de nos lieux à couvert, où le noir et le blanc s’imposent, où la lune et le soleil encadrent le delta de la connaissance, du discernement, de la lucidité, est-on sûr de tous les sentiments qui agitent secrètement les cœurs ? Qui sait si l’emprise d’une Tradition tenue pour belle et intemporelle n’épuise pas la violence de conjurer le néant inquiétant du chaos en maintenant des âmes dans une utopique extase ? Que faire ? Quelles possibilités ?  Rêver sa vie ou l’accomplir ?

Claude Laporte
Cursus universitaire en Droit public, Organisation du travail, et Sociologie Politique. (Maîtrise en Droit Public (1972), à la Faculté de Bordeaux. Chargée de cours sur la « Sociologie Politique et des Institutions Internationales » aux élèves de 1ère Année de Droit (1972/1973). Puis, intégration professionnelle au sein de l’Assurance Maladie. Dernier poste occupé : Responsable de la Communication à la Direction des Systèmes d’Information à la CNAMTS. Autres diplômes : DESS Systèmes d’Information; DEA «Communication, Technologies et Pouvoir » (Université Paris-Sorbonne). Par ailleurs : des engagements dans le domaine associatif et culturel. Depuis mars 2020 une activité écriture/publications avec la création et l’animation du blog EMEREKA, journal d’opinions et d’humeurs ..

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1 COMMENTAIRE

  1. Une nouvelle fois, Claude Laporte a puisé dans l’inconnu commun avec sa vaste érudition grecque, elle nous le ramène après un détour auprès d’un prix Nobel.Elle nous demande si l’horreur de l’abus sensuel et:ou sexuel sur enfant, au fond de toute violence, ne peut-être voilé par la poésie ou par les épopties de nos rituels à différents degrés.

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