sam 23 octobre 2021 - 10:10

Le Grand Orient de Belgique : une rentrée maçonnique sous le signe de la mixité et pas seulement

La pandémie aura eu des effets inattendues. En Belgique, la covid-19 a éclipsé la révolution opérée au sein du Grand Orient de Belgique, à savoir l’entrée des femmes dans une obédience jusque là masculine. La reprise des travaux se fera donc à la rentrée, sous le signe de la mixité. A condition que le variant indien, par exemple, ne provoque pas une autre vague.

Après plusieurs années de travaux et de débats, ses statuts ont été modifiés, et chacune des 118 loges qui font partie du Grand Orient de Belgique, pourra intégrer au choix la fédération masculine, ou la fédération mixte. Une fédération féminine pourra accueillir de nouvelles loges strictement féminines. Pour le Grand Orient de Belgique (GOB), c’est une révolution ou une évolution.
Le dimanche 16 février 2020, lors d’une assemblée générale extraordinaire historique réunissant tous les députés de loge, le Grand Orient de Belgique vote à une majorité de 67% la modification de ses statuts et règlements. Dès lors, l’obédience est devenue, comme elle l’annonce, une confédération formée d’une fédération masculine, d’une fédération mixte et d’une fédération féminine. La décision est entrée dans les faits à l’issue de l’installation du nouveau conseil de l’ordre qui a pris ses fonctions, voilà à peine six mois, le dimanche 15 novembre 2020.

Le débat a fait rage

Intégrer les femmes ? Au Grand Orient, les frères s’interrogent depuis de nombreuses années. Le débat a fait rage depuis une décennie, provoquant le départ de certains. L’écrivain, Jean Somers, initié depuis près de 60 ans au sein du Grand Orient de Belgique (GOB), se montrait sévère envers ses membres, dans l’un de ses ouvrages : ” Ils vivent dans la mollesse comme les Romains antiques. Ils se conduisent comme des clients, comme des abonnés à un spectacle, comme des consommateurs du service qui leur est fourni en échange de leur cotisation. ” L’hebdomadaire LeVif estimait même que l’auteur n’y allait “pas de main morte“, décrivant “une maçonnerie homogène et conservatrice. Notamment au détriment des femmes.”


De l’autre côté de la frontière, le Grand Orient de France (GODF), depuis 2010 déjà, accorde à ses loges la liberté d’initier les femmes, une liberté réclamée alors depuis des décennies, mais pour laquelle jamais une majorité, avant 2010, ne s’était dégagée, malgré que des loges aient procédé à des affiliations sauvages depuis 1990 — s’attirant en retour les foudres de l’Obédience. “Néanmoins, il faut le préciser, cela ne suffit pas que, pour autant, dans le cas du Grand Orient de Belgique, comme pour le Grand Orient de France, l’on puisse à proprement parler d’obédiences mixtes. En réalité, dans le cas belge, le Grand Orient de Belgique réaffirme la liberté et la souveraineté des loges, lesquelles pourront dorénavant en toute indépendance décider si elles affilient ou initient des femmes, ou si elle demeurent en l’état et restent donc masculines” précise Jean Philippe Schreiber.

La solution choisie , estime le professeur de philosophie l’Université Libre de Bruxelles, serait “une solution de compromis acceptable“. La crainte était manifestement forte qu’une décision trop tranchée conduise à un divorce, mettant l’Obédience en péril. L’ancien directeur du Centre interdisciplinaire d’Étude des Religions et de la Laïcité (CIERL) rappelle que le Grand Orient de Belgique a connu “une scission importante en 1959”, laquelle a durablement marqué sa mémoire. Le schisme a conduit à la création de la Grande Loge de Belgique par cinq loges aspirant à plus de « régularité », emmenant dans leur sillage le Suprême Conseil de Belgique qui, un an plus tard, en 1960, rompit ses relations avec le Grand Orient de Belgique.
La Grande Loge de Belgique, qui compte aujourd’hui 3 500 membres masculins environ, répartis sur 70 loges, fut elle-même affectée en 1979 par le départ de neuf loges qui s’en sont allées créer la Grande Loge régulière de Belgique, seule obédience belge actuellement reconnue par la Grande Loge unie d’Angleterre, mentionne le directeur de recherches.

Les enjeux à venir

Dans le même temps, les graines de l’apaisement comme celles d’une discorde seraient présentes. La décision du Grand Orient de Belgique peut créer, en effet, un bouleversement du paysage maçonnique. L’on pourrait imaginer que des loges entières déjà existantes au sein d’autres obédiences rejoignent avec maçons et décors le GOB désormais “modernisé”, ce qui rendrait probable des conflits potentiels entre le Grand Orient et des obédiences qui pourraient en être victimes — il se dirait que d’ores et déjà des demandes de création de loges féminines au Grand Orient de Belgique auraient été déposées.
L’hypothèse défendue par Jean Philippe Schreiber: le Grand Orient de Belgique espère sans doute relancer son recrutement, en stagnation depuis plusieurs années, et stopper l’hémorragie — toute relative — provoquée par le départ de certains de ses membres vers des Obédiences qui pratiquent la mixité. Cependant il y a là aussi d’autres évènements qui pourraient bouleverser à terme le paysage maçonnique belge, à savoir ceux d’une future réunion des diverses obédiences libérales au sein d’une même structure coupole.
Interrogé par la RTBF, “A court ou moyen terme, je pense qu’une fourchette de 10 à 15% des loges du Grand Orient de Belgique pourrait passer à la mixité, déclare Henry Charpentier, Grand Maître du Grand Orient de Belgique. Nous pourrions aussi avoir des demandes d’affiliation de la part de Frères et de Sœurs d’autres obédiences, que ce soit le Droit humain ou la Grande loge féminine de Belgique. Il y aura peut-être aussi des loges entières qui voudront venir chez nous“.
Actuellement, le Grand Orient de Belgique compte quelque 10.000 francs-maçons masculins répartis en 118 Loges. L’assemblée générale extraordinaire, début 2020, a adopté à une majorité de 67% la modification de ses statuts et règlements. Dès lors, le GOB est devenu une confédération formée d’une fédération masculine, d’une fédération mixte et d’une fédération féminine. 
La rentrée de septembre s’annonce sous plusieurs auspices: celui du changement en profondeur du fonctionnement de l’obédience et celui d’une sortie de crise sanitaire tant attendue, synonyme de normalité dans la reprise des travaux.

Mathieu Arouet
Journaliste professionnel durant 15 ans, j’ai écrit pour un quotidien régional du Sud-Est de la France, et ce dans différentes rubriques dont les informations générales. Depuis plus de 25 ans, je m’intéresse à l’univers de la spiritualité, de la franc-maçonnerie, des traditions occidentales, moyen-orientales et asiatiques. Passionné par l’Histoire, je ne cesse d’en décrypter tous les aspects, avec une affection particulière pour Le Siècle des Lumières, d’où mon pseudo en hommage à Voltaire.

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1 COMMENTAIRE

  1. C’est compliqué à comprendre !
    N’est ce pas plutôt une institutionnalisation en terme de gestion : trois fédérations sous une même houlette …. et chaque fédération semble garder son pré carré?
    Ou des capacités de prédominance locale d’une loge sur d’autres avoisinantes seraient elles actualisables pour éviter des démissions et relancer le travail initiatique avec plus d’enthousiasme et moins de sectarisme ?
    Affaire à suivre par 450FM, non ??

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